Des sunnites et des chiites priant ensemble, après que Nouri al-Maliki eut appelé à des prières conjointes pour éviter les divisions confessionnelles. Ali al-Saadi/AFP
Pour Crispin Hawes, directeur du service Moyen-Orient au sein d’Eurasia Group, la faute incombe en grande partie au Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, qui n’a cessé de pousser les sunnites aux confins de l’isolation politique et sociale. En proie à un sentiment d’abandon, voire de marginalisation, la minorité sunnite s’est « radicalisée », note M. Hawes. « En gros, depuis que le dernier soldat américain a quitté le pays (fin 2011), Maliki s’en est pris à un politicien sunnite après l’autre », explique-t-il. Il y a d’abord eu l’appel, infructueux, au départ du vice-Premier ministre Saleh el-Moutlak, un ténor sunnite, lancé le jour du départ des Américains. Puis le mandat d’arrêt délivré contre le vice-président Tarek el-Hachémi, lui aussi très influent auprès des sunnites. M. Hachémi, qui a quitté l’Irak, a depuis été reconnu coupable à Bagdad d’avoir commandité des attentats et condamné à mort. Mais le chef du gouvernement a également limogé des « officiers sunnites et s’est lancé dans une campagne de militarisation des provinces majoritairement sunnites de l’ouest et du nord-ouest de l’Irak », relève M. Hawes. « La pression n’a cessé de s’accroître sur cette communauté. Son rôle dans la vie politique s’est progressivement restreint », note-t-il.
Au quotidien, les sunnites estiment que cette stigmatisation s’exprime en particulier dans l’utilisation systématique de l’arsenal législatif antiterroriste à leur encontre. À bout, ils ont lancé fin décembre un vaste mouvement de protestation antigouvernemental qui se poursuit aujourd’hui, en particulier dans les hauts lieux du sunnisme que sont les provinces d’al-Anbar et de Ninive. Le gouvernement a certes lâché du lest en libérant des prisonniers et en augmentant le salaire des milices sunnites anti-el-Qaëda, mais sur le fond, les causes sociales de la frustration sunnite n’ont pas été éradiquées. La marginalisation des sunnites est « exacerbée par une frustration liée au manque d’emplois et à des conditions de vie qui ne s’améliorent pas », insiste John Drake, spécialiste de l’Irak au sein du cabinet de consultants en risques AKE Group. Du coup, les groupes armés sunnites puisent un motif supplémentaire pour intensifier leurs attaques : « En s’en prenant au gouvernement et aux forces de sécurité, ils pourraient bien gagner la sympathie des sunnites », estime M. Drake.
Les insurgés sunnites, dont fait partie la branche irakienne d’el-Qaëda, sont derrière nombre d’attaques. De leur côté, les groupes armés chiites ont fait la paix avec le gouvernement, mais certains seraient toujours actifs, bien que de façon plus discrète. Pour Crispin Hawes, le risque d’un conflit, voire d’une implosion de l’Irak, est tout à fait plausible, mais il est, selon lui, tout de même plus probable que les violences débouchent sur « une version plus musclée de ce que connaît l’Irak à l’heure actuelle ». « Les violences vont rester concentrées au niveau local », assure pour sa part Maria Fantappie, spécialiste de l’Irak au sein de l’International Crisis Group. « Les factions armées issues des mouvements de protestation sont très nombreuses et n’entretiennent que peu de contacts d’une province à l’autre », explique-t-elle.
(Source : AFP)

