Est-ce possible ? L’Aéroport « international » de Beyrouth ressemble à un aéroport de province. Quand on pénètre dans les grands aéroports mondiaux, les vols au départ et à l’arrivée s’étalent sur des surfaces impressionnantes pour afficher plusieurs heures. Même l’ancien Aéroport international de Beyrouth, construit sous le mandat du président Camille Chamoun, avait des panneaux géants d’information de vol et une belle voix de femme pour vous informer dans trois langues des heures de départ et d’arrivée. Mais l’âge d’or est malheureusement déjà loin.
Ayant surmonté cet obstacle et avant d’arriver aux portes de l’aérogare, en sortant, on vous tombe dessus de toutes parts pour vous proposer un taxi, et si vous refusez les offres, vous sentez que vous les offensez. Vous sortez pour aller prendre votre voiture au parking, les passages piétons sont envahis par une foule de voitures garées juste là où vous avez le droit de passer, et si par bonheur vous réussissez à vous faufiler, les voitures vous foncent dessus alors qu’elles devraient respecter le passage piétons.
Dès que vous sortez du parking, qui est vraiment un havre de paix en comparaison avec ce qui vous attend, vous allez affronter la plus terrifiante expérience de votre vie : la conduite sur les routes libanaises. Personne ne respecte les priorités à droite ou encore le recours au clignotant pour passer d’un couloir à un autre. Le Libanais croit qu’en utilisant son clignotant, il est en train de céder une partie de son honneur. Par ailleurs il y en a qui, par parfaite ignorance, foncent pour empêcher un automobiliste, qui a mis son clignotant, de passer ou de traverser. On éviterait tellement d’accidents en annonçant son intention de changer de couloir et en respectant la volonté de l’autre de passer. Vous arrivez au pont qui relie la route de l’aéroport à l’autoroute qui vous mène au centre-ville. Il y a des voitures qui trouvent que vous ne roulez pas assez vite et qui essaient de vous dépasser sur un pont qui est fait pour une voiture à la fois... Arrivé à l’autoroute sur laquelle la vitesse est limitée à 80 kilomètres, je mets tout le monde au défi de trouver une voiture qui n’essaie pas de vous dépasser à plus de cent à l’heure – que dis-je, quelquefois à plus de 180 à l’heure, avec des appels de phares qui vous éblouissent et qui sèment la terreur parmi vos passagers ahuris qui ont atterri il y a quelques minutes venant de Paris.
Tout cela se passe en essayant d’éviter les pièges des regards mal égalisés avec les chaussées et les joints de dilatation des ponts qui ont disparu, qui vous coupent les pneus et qui vous détruisent, à la vitesse grand V, vos amortisseurs et vos tambours de moteur.
Arrivés au centre-ville, place des Martyrs, c’est un cauchemar : les voitures déboulent de toutes parts pour vous ravir la place ; qui à vos côtés, qui devant vous, qui derrière vous, collé à l’arrière de votre automobile pour vous dépasser de quelques centimètres en vous pourrissant la vie. Et si par bonheur vous vous en sortez sans accrochage et vous arrivez sur ce qu’on appelle l’« autostrade », vous êtes aussitôt confronté aux automobilistes qui veulent s’arrêter à tout prix sans crier gare, qui pour acheter du poisson, qui pour acheter du pain, qui pour acheter un parfum sans qu’il y ait aucune voie locale pour laisser à ceux qui le veulent la possibilité de poursuivre leur chemin en toute quiétude. Si, par miracle, vous arrivez indemne pour emprunter la bretelle vers une route de montagne, vous vous retrouvez sur les voies de la mort, parsemées de trous assassins et qui ne sont ni séparées dans leur milieu, au risque de vous faire percuter de plein fouet par des automobilistes conduisant comme des fous furieux, ni présentant des sorties sécurisées qui sont synonymes de tous les dangers...
À chaque prise de volant, c’est une aventure qui commence et qui ne se termine avec succès qu’à l’arrivée à bon port.
Il est impératif d’éduquer et de sévir pour faire du Liban un pays touristique.


OU PLUTÔT " BALISTIQUE "!
20 h 21, le 23 mai 2013