Le lendemain il fit part au directeur ce qui se passa la veille et le directeur convoqua le comptable qui confirma les faits. Il le remercia et l’attaché de direction retourna à son bureau laissant le comptable avec le directeur. Ce dernier a certainement demandé à l’intéressé s’il manquait des billets de banque du coffre-fort et la réponse avait certainement et effectivement été: «Non!»
Depuis ce jour l’idée de confiance est restée liée au souvenir de cet incident. C’est cette confiance mutuelle, bien plus encore que l’honnêteté et le travail, qui rend la marche d’un établissement réussie. Au fond, il en va de même dans notre vie de tous les jours. Est-il possible d’être soi si l’on ne peut se fier à ceux qui nous entourent? Et comme on se sent prisonnier derrière le masque qu’on porte de peur de se trahir! Sans compter que, à rester constamment sur ses gardes, on perd toute énergie morale. Enfin, comment aimer, comment être aimé(e), si l’on n’a pas confiance? L’amour est un acte de foi, et celui qui a peu de foi est capable de peu d’amour.
En retour, quel sentiment de sécurité, de liberté, n’éprouve-t-on pas en présence d’un être qui a foi en vous? Gardiens de nos frères, oui nous le sommes, mais de mille manières, dans les grandes choses et dans les petites. Ne sommes-nous pas aussi, pourrait-on dire, leur formateur? Selon que nous leur donnons ou leur refusons notre crédit, nous modelons différemment leur personnalité.
Souvent, il faut en convenir, nous avons appris à nous méfier dans notre enfance. Comment développer en nous l’aptitude à la confiance? D’abord en prenant de l’assurance. Rien ne nous fait plus peur que les gens qui se méfient de nous. L’être qui se sent inférieur aux autres, qui doute de lui-même, se montre nécessairement méfiant à son tour à l’égard d’autrui. Au reste, être sûr de soi n’implique pas qu’on se croie parfait. De nous-mêmes comme des autres, n’exigeons pas autre chose qu’une grande bonne volonté, et encore point d’infaillibilité. Ensuite, en cultivant le réalisme.
Être confiant, ce n’est pas être naïf. C’est accepter résolument l’autre tel qu’il est, savoir prendre ce qu’il y a de meilleur en lui. C’est, en fin de compte, accepter un pari; miser amour, temps, argent et jusqu’à notre vie, sur nos frères humains. À ce jeu-là, on ne gagne pas à tous les coups, mais, tout compte fait, l’homme confiant se trompe moins souvent que celui qui se méfie. Rien de grand en ce monde ne s’est jamais fait sans confiance ; aucun homme, sans la confiance, n’est jamais parvenu à la grandeur. «Fiez-vous aux hommes, ils vont seront fidèles, a dit Emerson. Soyez généreux, et ils vous le rendront.» Abraham Lincoln en a été un témoin vivant à son époque et le président Barack Obama en est un exemple vivant à notre époque.
Sylvain THOMAS


Merci pour cette très belle réflexion!
21 h 34, le 21 mai 2013