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Lifestyle - Rencontre

Pierre Terzian, « journaliste très spécialisé »

« Je suis ce qu’on appelle un expert en géopolitique pétrolière et gazière. » Mais pour définir Pierre Terzian, PDG de Pétrostratégies, il faudrait aussi parler de sa nostalgie pour un Liban qui a changé, des actions qu’il ne cesse de déployer pour l’Arménie, des conseils, analyses, conférences qu’il donne à des gouvernements et des pays souvent très différents. Et de l’écriture, sa passion première.

En réunion, dans l’avion présidentiel, en compagnie de Nicolas Sarkozy.

Il a quelque chose de Brassens, la moustache, peut-être, la pipe qu’il a longtemps affectionnée, le sourire éclairé, le regard, tendre mais acéré, et une révolte intérieure qui continue de le remuer quand il s’agit d’injustices, de gaspillage de notre nature, et de sa douce Arménie. Résidant en France depuis de longues années, Pierre Terzian confie, à l’occasion d’un de ses passages au Liban : « Quand je suis loin et que je pense à ce pays, j’y pense avec nostalgie. À peine arrivé, j’y pense avec douleur. Je l’ai sillonné du Nord au Sud, d’Est en Ouest en sac à dos, je suis horrifié de constater tous les changements provoqués par le béton. Parfois, lors de séjours au sud de la France, j’arrive à saisir des arômes que je ne retrouve plus ici... »
Aujourd’hui PDG de la société Pétrostratégies, qui, comme son nom l’indique si bien, s’occupe d’ériger un pont entre les deux domaines, Terzian a été également cofondateur du Petro-Money Report, sous-directeur du Centre arabe d’études pétrolières et enseignant à l’Université de Grenoble. « J’aime ces trois notions de politique, d’économie et de droit qui se rejoignent dans mes activités. »

Parcours et hasard
Né à Bourj-Hammoud lorsque cette dernière n’était encore qu’une ville extrêmement modeste, envahie certains jours d’hiver par un fleuve débordant de colère et par des marécages, Pierre Terzian se souvient avec une grande précision de ces années de jeunesse, la « pédagogie très avant-gardiste des Frères maristes de Jounieh » où il poursuit une partie de sa scolarité, son amour pour la philosophie, abandonnée au profit d’études en sciences économiques, qui étaient enseignées de manière « moins livresque » et plus adaptées aux années 70. « Je suis tombé par hasard dans le pétrole », confie-t-il. Alors qu’il prépare sa licence, les premières négociations se font sous l’égide de l’OPEP. Un nouveau monde et un nouvel or, noir, envahissent le monde. « Attiré par le domaine, raconte-t-il, j’ai rédigé mon mémoire sur le sujet et j’ai envoyé un exemplaire à Édouard Saab, alors rédacteur en chef de L’Orient-Le Jour qui l’a publié. » 2 semaines plus tard, Nicolas Sarkis, directeur du Centre arabe d’études pétrolières, le contacte et l’engage. « Je suis ainsi devenu rédacteur du bihebdomadaire Pétrole et gaz arabes puis directeur du département pétrole aux FMA. » Une opportunité entraînant l’autre, il crée, en coopération avec le Financial Times et Lucien George, un hebdomadaire spécialisé dans les pétrodollars, qu’ils baptisent Petro-Money Report.
Mais nous sommes en 1975, et la guerre du Liban qui vient de démarrer fait exploser le pays et son infrastructure. Les bureaux des représentants des grandes compagnies internationales se vident. « Pendant 13 mois, poursuit-il, j’ai bougé et changé de pays tous les 2 jours au Moyen-Orient. Au Liban, nous vivions souvent à l’hôtel. Ces années, très formatrices, m’ont permis de bien connaître les pays arabes du Golfe, qui n’étaient alors qu’une immense étendue de sable, et les personnalités influentes. » Pour fermer, provisoirement, cette parenthèse, le jeune journaliste décide de préparer sa thèse de doctorat à Paris. C’est en travaillant sur son sujet, les contrats d’exploration et de production, que, horrifié par la colonisation dans ces pays producteurs de pétrole, il décide de créer une méthode, résumée en une formule mathématique « qui facilite à ceux qui n’en ont pas les moyens scientifiques l’analyse des contrats ». La thèse, publiée, deviendra un manuel d’enseignement en Arabie saoudite.

Académique et humanitaire
La suite du parcours de Pierre Terzian peut sembler logique et conséquente à sa philosophie et ses objectifs. Auteur de plusieurs ouvrages, enseignant à l’Université de Grenoble, organisateur de conférences internationales et intervenant, PDG de Pétrostratégies, une société d’études stratégiques et de la presse pétrolière, il est également consultant auprès des gouvernements lorsqu’il s’agit de signer des contrats d’exploitation de gaz ou de pétrole. La Grèce, la France, le Japon, la Belgique, l’homme au sourire affable, sans accepter de compromis, qui sait faire souffler le chaud et le froid, s’adapte aux mentalités, aux marchés qui diffèrent, aux nouvelles énergies et aux soucis écologiques. « Nous nous dirigeons vers un monde avec, à long terme, moins de fossiles et plus d’énergies renouvelables et propres. Les habitudes doivent changer. »
Concerné par le monde, il est aussi et surtout impliqué dans « le volet arménien ». Dès 1969, il publie ses révoltes dans un journal très contestataire qu’il cofonde : Jeune Arménien. « Écrire fait partie de ma personne de manière intime », avoue-t-il. Après l’indépendance de l’Arménie en 1991, il cofonde également le Fonds arménien de France dont il devient le président, participant ainsi à la construction et à la réhabilitation de logements, d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures dans l’ensemble de l’Arménie, et plus particulièrement dans les régions nord sinistrées par le séisme du 7 décembre 1988. Ainsi, depuis ses débuts, le Fonds a permis la création de 424 logements sociaux pour plus de 960 familles, 476 km de routes, 517 km de canalisations d’eau potable desservant 70 sites, 334 écoles et centres d’éducation, 71 institutions de santé, 53 centres sportifs et culturels, 71 km de lignes électriques et 144 km de gazoducs, ainsi que la rénovation de nombreux ponts, l’installation de réseaux de télécommunication et d’Internet, la distribution de semences et de carburant aux agriculteurs ou encore le soutien à des chercheurs, des étudiants, des écrivains et des artistes. « C’est très bon pour mon équilibre », précise-t-il enfin. Et de conclure : « Le Liban doit s’apprêter dès maintenant à produire du pétrole. C’est une chance et un danger. Une chance si cet argent est géré en toute transparence et investi dans l’avenir, les infrastructures et l’éducation. » Alors, gare... au danger.
Il a quelque chose de Brassens, la moustache, peut-être, la pipe qu’il a longtemps affectionnée, le sourire éclairé, le regard, tendre mais acéré, et une révolte intérieure qui continue de le remuer quand il s’agit d’injustices, de gaspillage de notre nature, et de sa douce Arménie. Résidant en France depuis de longues années, Pierre Terzian confie, à l’occasion d’un de ses passages au Liban : « Quand je suis loin et que je pense à ce pays, j’y pense avec nostalgie. À peine arrivé, j’y pense avec douleur. Je l’ai sillonné du Nord au Sud, d’Est en Ouest en sac à dos, je suis horrifié de constater tous les changements provoqués par le béton. Parfois, lors de séjours au sud de la France, j’arrive à saisir des arômes que je ne retrouve plus ici... » Aujourd’hui PDG de la société...
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