Au lendemain de la clôture des inscriptions pour le scrutin, les grands journaux réformateurs, Etemad, Arman, Shargh, Aftab et Bahar, présentent l’ancien président de la République comme le « sauveur », sous des titres évocateurs : « Le retour de Hachémi » qui lance « un début extraordinaire » de la course à la présidentielle. « L’inscription de M. Rafsandjani est un événement historique. Le pays est confronté à une situation particulière. Il y a d’abord la question économique et la vie quotidienne des gens. Ensuite, la question nucléaire et les restrictions imposées par l’Occident doivent aboutir à un résultat clair pour éviter un renforcement des sanctions », écrit Ahmad Khoram, ex-ministre réformateur des Transports, dans Shargh. M. Rafsandjani qui a obtenu samedi soir le soutien du Conseil consultatif des réformateurs, bénéficie aussi selon M. Khoram du soutien d’une grande partie des conservateurs « inquiets pour l’avenir du pays ».
Face à lui, les journaux gouvernementaux se rangent derrière le proche collaborateur de Mahmoud Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Mashaïe, qui a promis de « poursuivre le chemin » emprunté par le président sortant. Le quotidien Khorshid (Soleil) publie une grande photo des deux hommes accompagnée du titre « Vive le printemps », appelé à devenir leur slogan de campagne.
Pour les médias conservateurs toutefois, l’élection ne doit pas se réduire à ce duel de personnes. L’important est que le « courant de la révolution » batte le « déviationniste » (Mashaïe) et la « sédition » (Rafsandjani). « Le principal message du scrutin est qu’il y a d’un côté Hachémi et Mashaïe, qui forment le courant hostile aux valeurs (de la révolution islamique), et de l’autre le courant qui regroupe l’ensemble des principalistes », écrit l’éditorialiste du quotidien ultraconservateur Vatan Emrooz, un proche du candidat surprise Saïd Jalili, le chef des négociateurs nucléaires et proche du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Il en appelle au « devoir critique » du Conseil des gardiens de la Constitution, contrôlé par les ultraconservateurs et chargé d’approuver les candidatures. « L’expérience des présidences Hachémi (1989-1997), Khatami (1997-2005) et Ahmadinejad (2005-2013) ont montré que le poste de président de la République est trop sensible pour être attribué à n’importe qui », souligne l’éditorialiste.
M. Jalili, 47 ans, est depuis 2007 le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale. Connu pour sa fermeté dans les discussions avec le groupe 5+1 (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne), il espère rassembler derrière lui les électeurs traditionnels du régime. Ce vétéran de la guerre Iran-Irak (1980-88), qui a perdu une partie de sa jambe droite en 1986, a créé la surprise en présentant sa candidature.
En tout, 686 personnes, dont 30 femmes, ont fait acte de candidature pour la présidentielle, selon le ministère de l’Intérieur. En 2009, le Conseil des gardiens n’avait avalisé que quatre des 450 inscrits. Dans le camp conservateur figurent Ali Akbar Velayati, chef de la diplomatie de 1981 à 1997 et conseiller pour les affaires internationales de M. Khamenei, Mohammad Baqer Qalibaf, maire de Téhéran, Mohsen Rezaï, ex-commandant des gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime, et Manouchehr Mottaki, ex-chef de la diplomatie.
M. Ahmadinejad, qui a eu des relations difficiles avec le guide suprême et le Parlement, ne peut pas briguer un troisième mandat successif selon la Constitution. Son successeur héritera d’une situation économique en nette détérioration en raison des sanctions occidentales liées au programme nucléaire de l’Iran soupçonné malgré ses dénégations de chercher à fabriquer l’arme atomique.
(Source : AFP)

