Un rebelle syrien kurde a déposé une fleur dans sa kalachnikov, alors qu’il est en position dans le quartier de Cheikh Maksoud à Alep. Photo AFP
Le secrétaire d’État américain John Kerry a déclaré hier que les États-Unis pensaient détenir une « preuve solide » de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. Au cours d’un dialogue avec des internautes organisé par Google, la télévision NBC et le département d’État, M. Kerry a ainsi dénoncé les « choix terribles qu’a faits le régime Assad par sa volonté de tuer entre 70 000 et 100 000 personnes de son propre peuple, d’avoir recours à des gaz pour lesquels nous pensons avoir la preuve solide de leur utilisation ».
Auparavant, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait estimé dans un entretien à la chaîne de télévision américaine NBC News que la Syrie a utilisé des armes chimiques et a « franchi depuis longtemps » la ligne rouge fixée par les États-Unis. « Il est clair que le régime syrien a utilisé des armes chimiques et des missiles », a ainsi déclaré M. Erdogan sans toutefois donner d’autres détails de lieu ou de date sur l’utilisation de ces armes. Le Premier ministre turc a dans ce contexte appelé les États-Unis à renforcer leur action contre le président syrien Bachar el-Assad. « Nous allons discuter ensemble très prochainement des mesures qu’ils pourraient prendre », a encore dit le dirigeant turc, qui doit rencontrer Barack Obama jeudi prochain. M. Erdogan soutiendrait ainsi une initiative américaine qui mettrait en place une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie.
Le vice-président Joe Biden a souligné de son côté que l’administration américaine actuelle était extrêmement prudente dans le dossier syrien car elle avait à l’esprit les erreurs commises à son sens lors de l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003. Assurant dans un entretien au bimestriel Rolling Stone que l’équipe du président Barack Obama avait restauré l’image des États-Unis dans le monde, M. Biden a expliqué que « nous ne voulons pas tout gâcher comme la précédente administration (de George W. Bush) l’a fait en Irak, en disant armes de destruction massive ».
(Pour mémoire: Rififi au sein de la commission d'enquête autour des armes chimiques et des rebelles syriens)
Cameron et Poutine
Dans le même temps, le Premier ministre britannique David Cameron et le président russe Vladimir Poutine ont discuté des mesures communes possibles pour régler la crise en Syrie, dans un contexte d’intenses tractations diplomatiques pour mettre fin à ce conflit. La visite de M. Cameron à Sotchi, intervenait trois jours après que Moscou et Washington se sont entendus pour rechercher un règlement politique au conflit. Aucune avancée majeure n’a toutefois été annoncée au cours de cette rencontre. « À l’initiative du Premier ministre, nous avons discuté des options possibles pour un développement positif de la situation en Syrie et des démarches concrètes à cet égard », a ainsi déclaré M. Poutine. « Nous avons un intérêt commun, mettre fin rapidement à la violence et lancer un processus de règlement pacifique, conserver l’intégrité territoriale de la Syrie comme État souverain », a-t-il poursuivi. M. Cameron a indiqué pour sa part que ce n’était « un secret pour personne » que les points de vue de la Russie et de la Grande-Bretagne sur le règlement de la crise syrienne différaient, mais que les deux pays cherchaient le même but, mettre fin au conflit et enrayer l’extrémisme dans le pays.
La Russie et la Grande-Bretagne sont toutefois convenues d’œuvrer à la formation d’un gouvernement de transition. M. Cameron a déclaré qu’en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, leurs deux pays s’étaient mis d’accord pour hâter un tel processus. La communauté internationale envisage, a-t-il dit, « non seulement de réunir le régime et l’opposition à la table des négociations, mais de faire en sorte que la Grande-Bretagne, la Russie, les États-Unis et d’autres pays contribuent à l’avènement d’un gouvernement de transition qui sera perçu comme le garant de la protection de tous les Syriens ».
Lavrov : La Russie ne livrera pas des missiles S-300
Au même moment, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a confirmé depuis Varsovie que la Russie poursuivait ses livraisons de missiles de défense aérienne à la Syrie, dans le cadre de contrats signés depuis longtemps, signalant ainsi la persistance de divisions entre le Kremlin et les Occidentaux. « Il s’agit d’une arme défensive pour que la Syrie, qui est le pays importateur, ait la possibilité de se défendre contre des frappes aériennes », a ajouté M. Lavrov. La Russie n’a pas l’intention de vendre des missiles antiaériens S-300 à la Syrie, a précisé le ministre russe, démentant les informations de certains médias à propos d’une telle fourniture. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, parlant au côté de son homologue russe, a réclamé l’arrêt des livraisons d’armes à la Syrie, « pour donner une chance à une solution politique ».
Un chef militaire rebelle syrien a déclaré de son côté avoir rencontré la veille l’ambassadeur américain chargé du dossier syrien, Robert Ford, à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Le département d’État américain a confirmé à Washington que M. Ford avait fait une brève incursion en territoire syrien pour rencontrer le chef d’état-major de l’Armée syrienne libre (ASL), le général Sélim Idriss, et le colonel Abdel Jabbar al-Okaidi, qui commande l’armée rebelle à Alep. « Robert Ford s’est rendu au point de passage frontalier de Bab al-Salamé. Il participait à l’acheminement d’une aide médicale et alimentaire », a affirmé le colonel Okaidi.
La haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a quant à elle appelé à une action internationale urgente pour mettre un terme à l’effusion de sang, après des témoignages de massacres commis récemment par les troupes de Damas et leurs alliés dans la ville de Banias.
Contre le silence international
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au moins 62 corps, dont ceux de 14 enfants, ont été découverts le 4 mai dans un quartier sunnite de Banias, pris d’assaut la veille par les forces du régime syrien et les miliciens qui les appuient. Auparavant, 50 personnes avaient été tuées dans le village voisin de Baida.
Par ailleurs, l’armée syrienne a annoncé avoir appelé hier les habitants de Qousseir, dans le centre du pays, à quitter la ville tenue par les rebelles avant un assaut imminent, mais un militant a assuré qu’il n’existait aucun passage sécurisé pour s’enfuir.
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Parallèlement, vingt-cinq personnes ont été tuées par un bombardement de l’armée syrienne sur la ville de Halfayeh, après la rupture de plusieurs mois de trêve dans ce secteur, a rapporté l’opposition. La ville est tenue par les insurgés depuis plus de cinq mois et les deux camps avaient accepté de suspendre les hostilités afin d’épargner la population civile, a précisé un opposant sur place, Safi al-Hamaoui. Des vidéos amateurs diffusées sur Internet montrent des dizaines de civils qui fuient les bombardements.
Malgré ces violents affrontements, des Syriens ont manifesté à travers le pays pour dénoncer le silence international sur les derniers « massacres » perpétrés. Les manifestants ont défilé sous le slogan « Banias, génocide confessionnel, silence international ». Les protestataires défilaient comme chaque vendredi depuis le début de la révolte populaire en mars 2011, réprimée dans le sang. Leur nombre a cependant baissé après la militarisation du conflit.
« Le silence international, les tueries du régime sont le plus grand danger pour la Syrie », affirmaient des pancartes brandies à Hama par des manifestants. D’autres pancartes dénigraient le Hezbollah.
(Sources : agences)
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Mais.... ne dîtes à personne que nous le savons !
14 h 30, le 12 mai 2013