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La "trompette arabe" de Nassim Maalouf, passerelle méditerranéenne

"On me disait dans mon village du Liban que je jouais faux quand je soufflais dans ma trompette les mélodies arabes traditionnelles": Nassim Maalouf peut se targuer d'avoir renouvelé la musique arabe en inventant il y a 40 ans sa trompette à quatre pistons.

Jeudi soir, accompagné de son fils cadet, Tarab, 11 ans, il laisse filer des improvisations arabes qu'il fait naître dans un fondu subtil de notes de musique baroque, face à 200 personnes en liesse dans le palais ottoman d'El-Menzeh au coeur de la Casbah d'Alger.

Depuis les remarques de ses compatriotes de Kafarakab, en plein coeur du Mont-Liban, d'où vient également son cousin l'écrivain Amine Maalouf, membre de l'Académie française, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts.

Issu d'un milieu paysan, Nassim Maalouf a rajouté en 1976 un 4e piston à sa trompette, une énorme invention qui lui permet de jouer les quarts de ton, essentiels dans la musique arabe.

Depuis, ce virtuose a légué son art à ses quatre garçons, dont Ibrahim, 33 ans, aujourd'hui mondialement connu.

Nassim et Tarab, pantalons et chemises noirs, sont applaudis à tout rompre dans le patio central d'El-Menzeh, décoré de mille lampes chatoyantes. Aux premières loges, la doyenne de cette cité des hauteurs d'Alger, Ouardia Hamadou, âgée d'"un siècle et quatre mois", drapée dans un haïk, long voile blanc cassé, le visage recouvert d'une voilette de dentelle.

Pour son premier voyage en Algérie, à l'invitation de Institut français et d'une association chargée de faire revivre la culture dans la Casbah, l'Association des Amis de la Rampe Louni Arezki, Nassim Maalouf est ému.

"Je veux transmettre tout cet art de la musique exprimée via un instrument occidental et récupérée par notre culture arabe", dit-il à l'AFP.

Il a d'ailleurs visité l'Institut supérieur de Musique d'Alger pour évoquer avec les étudiants un "vieux rêve": une classe de trompette arabe.

Le montagnard libanais qui a séduit Maurice André

Le trompettiste classique français "Maurice André disait avec une sagesse prophétique que mon invention avait un demi-siècle d'avance", affirme ce musicien franco-libanais, faisant allusion à l'engouement pour la musique arabe qui a depuis gagné l'Occident.

Ensemble, ils participent à une émission télévisée de Jacques Chancel en 1980, faisant alors découvrir sa trompette à quatre pistons à des milliers de téléspectateurs.

Pourtant le combat a été ardu pour ce montagnard "débarqué à Paris en 1964, sans le sou, sans parler le français avec un niveau de certificat d'études dans l'espoir de poursuivre ses études de musique", dit-il.

"Je reprochais à mes parents sans argent de ne pas m'avoir envoyé assez longtemps à l'école, se souvient-il. Mon oncle, pour me consoler, m'a offert un oud (luth oriental) avant que je ne découvre la trompette au Conservatoire de musique de Beyrouth".

A Paris à 23 ans, Nassim Maalouf écoute son maître Maurice André qui lui conseille vivement de "ne pas trop s'éloigner de la musique européenne", sans "jamais perdre de vue la culture originelle".

Il rentre au Liban avant de repartir à la fin des années 70, déchiré par la guerre.

Soliste à ses heures, il poursuit alors son but d'"arabiser" les cuivres en leur ajoutant un quatrième piston pour créer "un style nouveau et personnel".

A 73 ans, Nassim Maalouf avoue perdre "un peu son souffle", mais se dit confiant dans l'avenir de sa trompette arabe: Ibrahim son aîné, mène une brillante carrière internationale. Le patriarche nourrit le même espoir pour Tarab, Mawal, 10 ans, et Tartyl, 9 ans.

Tarab, les yeux remplis d'enthousiasme, veut "suivre les pas" de son père.
"On me disait dans mon village du Liban que je jouais faux quand je soufflais dans ma trompette les mélodies arabes traditionnelles": Nassim Maalouf peut se targuer d'avoir renouvelé la musique arabe en inventant il y a 40 ans sa trompette à quatre pistons.Jeudi soir, accompagné de son fils cadet, Tarab, 11 ans, il laisse filer des improvisations arabes qu'il fait naître dans un fondu subtil de notes de musique baroque, face à 200 personnes en liesse dans le palais ottoman d'El-Menzeh au coeur de la Casbah d'Alger.Depuis les remarques de ses compatriotes de Kafarakab, en plein coeur du Mont-Liban, d'où vient également son cousin l'écrivain Amine Maalouf, membre de l'Académie française, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts.Issu d'un milieu paysan, Nassim Maalouf a rajouté en 1976 un 4e piston à sa trompette, une énorme...