L’actrice, l’auteure et les trois musiciens revisitant les « Mille et Une Nuits » sur la scène du Madina. Photo Nasser Trabulsi
Dans la pénombre du théâtre al-Madina, le silence laisse place aux mots. Deux voix féminines s’élèvent, chaudes et captivantes. « Kan Ya makan, fi qadim el-Zaman...» Et le récit de ces Mille et Une Nuits commence, un peu à la façon de ces poupées russes qui s’imbriquent les unes dans les autres. Des contes divertissants et un peu lestes, qui traversent les temps et les lieux, incorporant à chaque étape de leur voyage de nouvelles histoires ancrées dans la réalité. Hanane el-Cheikh a voulu revisiter ces légendes à sa manière. En bonne connaisseuse de la langue et de la femme, elle sélectionne quatre histoires des textes originaux des Mille et Une Nuits et les façonne dans son propre langage, drôle et frais. Maniant les mots avec beaucoup d’humour et de finesse, elle décrypte les thèmes les plus crus: désir, passion, ébats sexuels, trahison... En duo avec l’actrice Nidal el-Achkar, qui a mis en scène cette version réécrite, elles enchaînent de leurs voix douces et profondes leurs récits en arabe littéraire, traduits en anglais sur fond d’écran. À tour de rôle, elles racontent le monde de Shéhérazade et de ce calife cruel meurtri par les tromperies de sa femme, qui décide de se venger en épousant tous les soirs une vierge, qu’il tue le lendemain. Elles narrent l’histoire de Sindbad et de sa lanterne magique et emportent le spectateur au cœur de ces marchés aux mille effluves et senteurs. Accompagnés du son langoureux du oud, nay et tambourin de Abed Kobeissy, Ali el-Hout et Mohammad Assaf, leurs récits, tantôt saccadés, tantôt doux, interpellent, intriguent, captivent. Le public est sous le charme de ces voix. Il vit et replonge l’espace d’une heure dans la magie unique de ces contes populaires, qui ont longtemps meublé l’imaginaire de générations entières.


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