« Ce système est inefficace puisqu’en dépit des charges financières et sociales qu’il représente pour les entreprises et les bénéficiaires, il ne fournit pas à ces derniers la couverture médicale après l’âge de la retraite », a poursuivit Roger Nasnas. « Il ne fournit pas non plus une pension qui assure un minimum de vie décente (surtout pour les travailleurs et employés ayant dépassé l’âge de la retraite). L’État libanais, malgré de nombreuses tentatives, n’a pas pu assurer la transformation du régime. Dès le lendemain des événements, le secteur privé, conscient des faiblesses de l’indemnité de fin de service, s’est attelé à l’élaboration d’un projet de retraite. Le plus consistant a été celui du Rassemblement des chefs d’entreprise, que j’avais l’honneur de présider à l’époque, qui a établi le jalon d’un régime paritaire, de distribution et de capitalisation », a-t-il ajouté.
Rappelant qu’au début des années 2000, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri s’était attelé à la tâche et qu’une demande d’avis fut adressée au Conseil économique et social, à laquelle il a répondu avant la fin de son mandat en 2002, fondée sur trois piliers, alliant les besoins de la solidarité nationale à travers la répartition à la sécurité du système à travers un régime de capitalisation, en partie obligatoire et en partie facultatif. « Cependant, le gouvernement de l’époque n’a pas endossé l’avis du Conseil économique et social, et a présenté un projet fondé entièrement sur la capitalisation. Ce projet soumis au Parlement la première fois en 2005 n’a cessé de subir des modifications, soit pour réintroduire une partie distributive, soit un minimum garanti par l’État », a déploré M. Nasnas.
Il a également rappelé que le projet avait été retiré du Parlement en 2010 par le ministre du Travail de l’époque, Boutros Harb. S’est ensuivie une année de négociations entre le patronat et les syndicats, mais qui n’avait pas abouti à un projet de loi qui concilie les parties en présence. Néanmoins, a indiqué Roger Nasnas, « il est apparu que les positions ne sont pas contradictoires, mais irréductibles sur certains points :
il n’est pas question pour les syndicats d’accepter un régime sans une partie distributive raisonnable ; il n’est pas question pour le patronat de déterminer les indemnités mensuelles fixes et d’accepter des cotisations variables. Les deux parties insistent pour une caisse entièrement autonome avec un contrôle financier strict, qui pourrait être opéré par la Commission de contrôle des banques à la Banque centrale.
Le ministre Boutros Harb a demandé l’assistance de la Banque mondiale et de l’Organisation internationale du travail. Le projet est en cours d’exécution et se fonde sur les cotisations » notionnelles « qui seront sans doute largement commentées au cours de ce colloque », a-t-il ajouté.
M. Nasnas a en outre souligné que le ministre Sélim Jreissati a donné depuis le début de son mandat la priorité au projet de caisse de retraite et soutenu le travail de l’Organisation internationale du travail et de la Banque mondiale, projet qui a été longuement discuté dernièrement avec le ministère et les acteurs en présence.
« Si l’on se pose la question de savoir pourquoi 20 ans après les événements on n’a pas abouti à un régime acceptable, la meilleure réponse est que l’on n’est pas d’accord sur les prémices. On a trop regardé du côté de l’Europe et, à l’opposé des pays en développement, on n’a pas vraiment considéré le potentiel d’un pays dont le revenu actuel est de dix mille dollars par tête d’habitant. Le modèle est à rechercher dans des économies similaires et/ou dans des économies du temps où elles étaient similaires », a-t-il conclu.


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