Jusqu’ici, Letta, qui vient de passer sans encombre l’écueil du vote de confiance, « offre un point de rencontre acceptable et pragmatique à de vastes secteurs de la politique et de la société », souligne Ugo Magri dans un éditorial publié hier par le quotidien turinois La Stampa.
« Il représente l’unique médiation possible pour tous les partenaires de sa majorité bigarrée. De telle manière que les premiers commentaires sont unanimement favorables », conclut-il.
Des commentaires élogieux qui ont suscité une réaction presque embarrassée du nouveau président du Conseil, qui a déploré hier au Sénat que son discours-programme de la veille à la Chambre ait suscité des « espérances excessives »...
« En lisant la presse ce matin, je me suis rendu compte qu’il y a un grand problème, il y a une espérance excessive par rapport à la fragilité de la situation. Nous sommes dans une situation de grande difficulté », a-t-il souligné en allusion à la récession économique et à la crise sociale qui frappent le pays.
Enrico Letta a annoncé lundi une série de mesures, consistant notamment à suspendre la taxe foncière sur la résidence principale. Des mesures qu’il faudra financer.
Et pas question de revenir dessus : « Nous ne soutiendrons pas un gouvernement qui ne mettra pas en œuvre ces mesures », a mis en garde Silvio Berlusconi hier. « Nous avons pris un engagement auprès des électeurs et nous le maintiendrons », a-t-il martelé.
Un défi qui relève de la quadrature du cercle pour le président du Conseil, qui a parallèlement assuré que l’Italie allait respecter « ses engagements » envers l’UE.
En fait, il espère obtenir « une marge de manœuvre » dans ses négociations avec la Commission européenne pour pouvoir financer ses politiques de relance économique.
Selon le quotidien de gauche La Repubblica, « l’UE craint un relâchement de la rigueur », alors que la route envisagée par le gouvernement est « celle du dépassement contrôlé » qui consisterait à demander un prolongement de deux ans pour rentrer sous le seuil des 3 %, comme l’Espagne et la France.
De cette manière, Letta pourrait trouver la dizaine de milliards nécessaires pour financer sa politique.
Interrogé sur les conséquences des mesures annoncées par M. Letta sur les objectifs de déficits de l’Italie pour 2013, Simon O’Connor, porte-parole du commissaire en charge des Affaires économiques Olli Rehn, a indiqué hier que la Commission avait « pleine confiance dans la détermination du nouveau gouvernement pour atteindre les objectifs fixés pour cette année ».
« Ils ont dit qu’ils restaient engagés à respecter les objectifs européens dans le cadre du pacte de stabilité », a-t-il souligné. « Il est trop tôt pour commenter comment on va réagir. Nous attendons plus de détails dans les jours et les semaines qui viennent », a-t-il précisé.
« Un parcours à obstacles, sans aucun doute », résume Dino Sole dans les colonnes du quotidien économique Il Sole 24 Ore.
Scepticisme aussi du côté de Marco Menegatti, professeur d’économie à l’université de Parme, interrogé par l’AFP : « Letta est resté assez vague (...) on se demande d’où viendra l’argent ». « Beaucoup dépendra de la capacité du gouvernement à persuader l’UE qu’il respectera ses engagements », estime-t-il.
Pour Ugo Magri, « voici peut-être le message le plus significatif adressé au pays : Letta ne fera pas de coups de tête, écoutera tout le monde et jouera les médiateurs pour garantir une longue période de stabilité ».
Même si le Premier ministre l’a déjà dit : s’il ne voit pas de résultats d’ici 18 mois aux réformes ambitieuses qu’il compte engager, il « en tirera les conséquences » et partira.
(Source : AFP)


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