M. Letta, choisi mercredi par le président Giorgio Napolitano, s’est rendu à la Chambre des députés, où il a débuté une série de rencontres avec une délégation du petit parti « Gauche, écologie et liberté ». Ce catholique modéré au nez chaussé de fines lunettes, qui a déjà été trois fois ministre, a rencontré en cours de journée des représentants de tous les autres partis, dont le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et sa propre formation, le Parti démocrate (PD). Il a terminé ses entretiens en fin d’après-midi avec le Mouvement 5 Étoiles (M5S) de l’ex-humoriste Beppe Grillo, opposant irréductible à toute forme d’alliance de gouvernement avec les partis traditionnels. M. Letta, jusqu’ici numéro deux du Parti démocrate (PD, principal parti de gauche), a 46 ans, ce qui ferait de lui l’un des plus jeunes chefs de gouvernement européens s’il mène à bien sa mission. Une mission pour le moins délicate qui consiste à réussir à faire cohabiter au sein d’un même gouvernement des représentants du PD et du PDL qui se détestent cordialement.
« L’alchimie politique de cette expérience est nécessaire mais hasardeuse », estime ainsi Massimo Giannini dans un éditorial publié par le quotidien de gauche La Repubblica. « Après presque vingt ans d’affrontement plus ou moins irréductible avec Berlusconi, la gauche est contrainte non seulement à faire des compromis, mais à gouverner avec son adversaire. » Même tonalité prudente dans les colonnes du quotidien de référence de la péninsule, Il Corriere della Sera : « Les deux principaux partis qui s’apprêtent à s’atteler à un gouvernement présidé par Letta font acte de courage. Ils doivent compter avec l’anxiété de leurs électeurs respectifs qui vivent douloureusement la cohabitation au gouvernement avec des adversaires éloignés et hostiles », écrit Pierluigi Battista. « Ils savent qu’il s’agit de leur dernière chance. Ils savent qu’ils n’ont pas droit à l’erreur », met-il en garde.
Pour ce qui concerne le calendrier, l’objectif de M. Letta, selon les médias italiens, serait d’établir d’ici à demain une liste resserrée des membres du gouvernement (18 ministres dont 12 avec portefeuille) et de présenter mardi le gouvernement au Parlement pour un vote de confiance. Si le gouvernement Letta parvenait à passer cette épreuve, cela permettrait enfin à l’Italie de sortir du blocage politique issu des élections des 24 et 25 février, qui n’ont pas donné de majorité claire de gouvernement au Parlement. La gauche a la majorité absolue à la Chambre des députés, alors que le Sénat, sans lequel il est impossible de gouverner, est divisé en trois blocs : PD, PDL et M5S.
« Nous soutiendrons tout gouvernement en mesure de faire approuver les projets de loi urgents dont l’Italie a besoin », a promis hier M. Berlusconi, qui milite notamment en faveur de l’abolition de l’impôt foncier sur la résidence principale instauré par le gouvernement sortant de Mario Monti. « Je suis très inquiet mais, étant optimiste de nature, je continue à être prêt à combattre », a-t-il ajouté. Enrico Letta s’est engagé pour sa part à former « un gouvernement au service du pays » avec pour objectif « des réformes institutionnelles pour réduire le nombre de parlementaires, modifier le bicaméralisme et une nouvelle loi électorale », à l’origine de l’impasse actuelle.
(Source : AFP)


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