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Liban

C’est son bien que le patriarche Raï a été chercher en Argentine

Le chef de l’Église maronite a été reçu hier par la présidente Cristina Kirchner.

Le père Hannoun Andraos, auteur d’une fabuleuse banque de données généalogiques.

Avec ses 2 millions d’Orientaux, dont 1,2 million de chrétiens venus principalement, à l’origine, du Mont-Liban, l’Argentine (45 millions d’habitants, dont 15 à Buenos Aires et son immense banlieue) est l’un de ces eldorados de l’émigration où les chercheurs d’origine sont assurés de retrouver de précieux filons et de creuser de très longues galeries de portraits d’un Orient disparu.
Le P. Hannoun Andraos, de l’ordre des missionnaires libanais, fait partie de ces pionniers. C’est avec un téléphone et un ordinateur qu’il a été sur place. Nommé curé de la paroisse Saint-Maron à Buenos Aires, fondée en 1901 et restée sans église digne de ce nom, cet homme a réussi le tour de force de construire une église avec des pierres venues du Liban en ayant recours à une demi-douzaine de maîtres maçons de diverses souches religieuses venus sur place montrer aux gauchos ce qu’un paysan libanais sait faire. La chapelle a été inaugurée en 2001 par le patriarche Nasrallah Sfeir, au cours d’une visite pastorale en Argentine.
Mais le plus beau, c’est que pour chacune des 70 mille pierres qui ont servi à la construction de l’église Saint-Maron, dont les arcades, à la libanaise, ont fait l’admiration des architectes argentins, le P. Hannoun dispose de quatre à cinq noms de Libanais d’origine, et qu’il s’est ainsi constitué une banque de données qui ferait pâlir d’envie l’inventeur de Facebook.
Le P. Hannoun, qui a roulé sa bosse à la Voix de la Charité, en Afrique du Sud, en Argentine (et au Paraguay maintenant) – et dont on aimerait retrouver le sourire entreprenant et plein de gentillesse au Liban un de ces jours – a établi un fichier contenant non moins de 450 000 noms de Libanais d’ascendance, résidents et émigrés à la fois. Entre eux, il a patiemment tissé, en interrogeant des milliers de personnes, les liens de parenté de sorte qu’un arbre généalogique du Liban chrétien s’est formé à la longue.

Mémoire d’un autre âge
« Tout a commencé, raconte-t-il, quand j’ai retrouvé en Argentine la trace du frère de mon grand-père, Richa Andraos. Grâce à des recoupements, j’ai pu remonter à cet homme qui, au moment où je l’ai retrouvé, avait 98 ans, mais disposait d’une mémoire intacte et était bien le seul de sa famille à parler encore l’arabe. J’ai été étonné de constater qu’il se rappelait encore de moi et qu’il me revoyait encore à 7 ans, en short kaki et chemise blanche, servir la messe du matin à Mahmerch, mon village. » En remontant à partir de ce bout de fil découvert providentiellement, Hannoun Andraos a remis en contact entre eux des dizaines de milliers d’Argentins de souche libanaise, qui s’étaient eux-mêmes perdu de vue.
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. » L’interjection de la Samaritaine, transposée, vient à l’esprit en entendant le P. Hannoun égrener les uns après les autres les membres de chaque famille libanaise résidente ou émigrée, les oncles, grands-oncles, leurs descendants, les cousins éloignés, le frère décédé du cousin de son grand-père... Voilà un homme qui connaît toutes les femmes de mon village, depuis Katbé, Chaaniné et Milia, jusqu’à Halloun et Agiah, Marroun et Chahidé, des noms d’un autre âge, des noms d’une autre mémoire, et dont le souvenir affleure à nouveau comme un coffret de bijoux de famille que l’on n’ouvrirait que devant les intimes.
C’est le trésor que vient découvrir le patriarche en Argentine et dans les autres pays d’Amérique du Sud dont il foulera le sol, à la recherche de son bien, ce patrimoine oriental dilapidé depuis le XIXe siècle, la Première Guerre mondiale et les guerres qui ont suivi, comme un grand corps blessé perd son sang, sans que personne ne l’assiste, et qui pourrait bien mourir au bord de la route, dans quelques heures ou durant une nuit plus froide que les autres.

Brebis perdue
Oui, c’est son bien que le patriarche Raï vient réclamer en Argentine, la brebis perdue qu’il vient porter sur ses épaules, pour la ramener vers son enclos ; ce Liban qui, décidément, comme une perle, refuse de perdre son Orient. Il l’a redit hier devant des journalistes argentins venus l’interroger. Il le redira dans quelques heures à la présidente Cristina Kirchner, qui le reçoit. Il l’a dit au pape venu d’ici, ce François argentin disciple de saint Ignace et compagnon de Jésus, qui devrait bien le comprendre, lui qui suit Jésus à la trace et qui vient de prononcer une phrase historique, en réponse à un homme qui lui demandait s’il compte parler du Christ aux pauvres vers lesquels il se porte. « J’en parlerai s’il le faut, en paroles ! » Probablement qu’il le faudra, mais maintenant, parlons du Liban.

Avec ses 2 millions d’Orientaux, dont 1,2 million de chrétiens venus principalement, à l’origine, du Mont-Liban, l’Argentine (45 millions d’habitants, dont 15 à Buenos Aires et son immense banlieue) est l’un de ces eldorados de l’émigration où les chercheurs d’origine sont assurés de retrouver de précieux filons et de creuser de très longues galeries de portraits d’un...

commentaires (3)

Etait-ce l'heure d'un tel périple ? Le pays est livré au gré des conjonctures internationales et régionales, comme aux caprices de certains des deux bords, et au lieu d'être sur place pour "essayer" D'UNIR "si possible" les Médécins ? aux Caporaux ?, on se trimballe d'un coin à l'autre du globe. Au moins, si on ramassait de l'argent pour soutenir les chrétiens du Liban et de la Région, on le comprendrait certes.

SAKR LOUBNAN

10 h 48, le 16 avril 2013

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Commentaires (3)

  • Etait-ce l'heure d'un tel périple ? Le pays est livré au gré des conjonctures internationales et régionales, comme aux caprices de certains des deux bords, et au lieu d'être sur place pour "essayer" D'UNIR "si possible" les Médécins ? aux Caporaux ?, on se trimballe d'un coin à l'autre du globe. Au moins, si on ramassait de l'argent pour soutenir les chrétiens du Liban et de la Région, on le comprendrait certes.

    SAKR LOUBNAN

    10 h 48, le 16 avril 2013

  • Merci Monseigneur Rai pour tous les efforts que vous faites...

    Michele Aoun

    09 h 18, le 16 avril 2013

  • C est beau les legendes et les belles histoires.. A boire comme du petit lait.

    Cadige William

    08 h 29, le 16 avril 2013

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