La Corée du Nord a de nouveau agité hier le spectre d’une « guerre thermonucléaire » et appelé les étrangers en Corée du Sud à envisager leur départ du pays. Le Comité nord-coréen pour la paix en Asie-Pacifique, un organe de propagande, a ainsi exhorté « toutes les organisations étrangères, les entreprises et les touristes à préparer des mesures d’évacuation ».
Pyongyang, qui a récemment installé deux missiles de moyenne portée sur sa côte est, avait annoncé vendredi qu’il ne pourrait plus garantir la sécurité des missions diplomatiques à compter du 10 avril, suggérant l’imminence d’un tir de missile ou d’un essai nucléaire.
Aucun des pays possédant une mission à Pyongyang n’a cependant estimé nécessaire d’évacuer son personnel, rejetant ces menaces comme des gesticulations. « Il n’y a pas de risque immédiat pour les ressortissants britanniques en Corée du Sud », a ainsi indiqué un porte-parole de l’ambassade du Royaume-Uni à Séoul. Paris a également rejeté l’idée d’une évacuation des quelque 2 000 ressortissants français de Corée du Sud. Cette « rhétorique inutile ne sert qu’à faire monter les tensions », a regretté de son côté la Maison-Blanche.
La Corée du Nord a transporté en train, en début de semaine dernière, deux missiles Musudan et les a installés sur des véhicules équipés d’un dispositif de tir, selon Séoul. Avec une portée estimée de 3 000 à 4 000 km, le Musudan aurait la capacité d’atteindre la Corée du Sud et le Japon, voire Guam.
Dans ce contexte, le Japon a indiqué hier avoir déployé des missiles Patriot dans le centre de Tokyo pour faire face à tout tir qui menacerait l’archipel et des batteries d’intercepteurs seront installées sur l’île d’Okinawa. L’armée a reçu l’ordre formel d’intercepter d’éventuels missiles. Les États-Unis n’abattront de missile tiré depuis le Nord que s’il menace leurs alliés ou le territoire américain, a pour sa part affirmé le chef des forces américaines en Asie-Pacifique, l’amiral Sam Locklear. « Cela ne nous prend pas longtemps pour déterminer où il se dirige et où il va tomber », a-t-il expliqué lors d’une audition au Sénat à Washington.
Selon l’agence de presse sud-coréenne, le Nord est désormais prêt à envoyer un missile. « Techniquement, il peut tirer le projectile demain », a confié à Yonhap un haut responsable militaire ayant requis l’anonymat. Le puissant allié chinois de la Corée du Nord, agacé de n’être pas entendu et qui avait voté les dernières sanctions à l’ONU, l’a encore enjointe hier d’apaiser les tensions, expliquant ne pas vouloir « de chaos à sa porte ». Le numéro deux du Pentagone, Ash Carter, pense toutefois que la Chine « pourrait jouer un rôle plus important pour influer sur la Corée du Nord ».
Kaesong
Engagée depuis le début de l'année dans une surenchère verbale et militaire dont nul ne semble savoir où elle s'arrêtera, la Corée du Nord a par ailleurs mis à exécution mardi sa menace de retirer ses 53.000 employés du site industriel intercoréen de Kaesong, situé sur son sol. Souvent présentée comme une expérience modèle de rapprochement intercoréen, la « région administrative spéciale de Corée du Nord », créée en 2004 à Kaesong, est devenue une pièce stratégique sur l’échiquier coréen. Depuis mercredi, le Nord y interdit l’accès au personnel sud-coréen et aux camions de livraison.
Pour l’heure, 13 des 123 entreprises sud-coréennes présentes sur le site ont interrompu leur production faute de matières premières, mais le retrait des ouvriers nord-coréens devrait paralyser très vite l’ensemble du site. La présidente sud-coréenne Park Geun-hye s’est déclarée « très déçue », prédisant que « plus aucun pays ni aucune entreprise n’investirait en Corée du Nord ». Le ministère de l’Unification s’est quant à lui engagé à « garantir la sécurité de ses citoyens et la protection de sa propriété ». Washington a de son côté jugé la mesure « regrettable ».
Un haut responsable européen a par ailleurs confié à Bruxelles que l’Union européenne envisageait la possibilité de durcir les sanctions contre la Corée du Nord si Pyongyang continuait à faire monter la tension et effectuait un nouveau tir de missile ou essai nucléaire.
Pour les spécialistes de la Corée du Nord, cette nouvelle crise n’est pas surprenante, Pyongyang ayant déjà multiplié les menaces par le passé ou pris des décisions similaires de lancer un missile ou de procéder à un essai nucléaire.
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17 h 14, le 11 avril 2013