Affiche de l’OMS à l’occasion de la Journée mondiale de la santé placée cette année sous le thème de l’hypertension artérielle.
La Journée mondiale de la santé, célébrée le 7 avril, a été placée cette année sous le thème de la prévention et de la lutte contre l’hypertension artérielle (HTA). Et pour cause. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 1,4 milliard de personnes adultes sont hypertendues (un adulte sur trois). Chaque année, 8,5 à 9 millions de personnes décèdent des complications liées à ce problème de santé. Le point avec le Dr José Khabouth, président de la Société libanaise de néphrologie et d’hypertension artérielle.
Question – Qu’est ce que la pression artérielle ?
Réponse – On distingue la pression artérielle systolique, qu’on appelait la maxima, et la diastolique, qu’on appelait la minima. Chacune de ces pressions constitue une partie des phases du battement cardiaque. Elles ont un effet sur le cœur, les reins et les autres organes. Dans le temps, on disait que la diastolique était plus importante à contrôler que la systolique, et puis vice versa, mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que la pression systolique est celle qui provoque le plus de dégâts. Il n’en reste pas moins que les deux pressions doivent être normales et qu’il ne faut négliger aucune d’entre elles.
Selon les recommandations internationales, la tension artérielle de toute personne adulte doit être inférieure à 140/90 mm Hg. Les personnes qui ont/ont eu un problème cardiaque et/ou rénal, qui ont eu un accident vasculaire cérébral doivent maintenir leur tension artérielle inférieure à 130/80 mm Hg, quel que soit leur âge.
Qu’est-ce que l’hypertension artérielle et quelle est son origine ?
L’HTA est une maladie de la paroi vasculaire, le sang exerçant une forte pression contre la paroi des artères. Les gens ont tendance à penser qu’il existe une cause organique à l’HTA et que, par conséquent, celle-ci peut être réglée chirurgicalement. Or, cela n’est vrai que dans moins de 2 % des cas. Dans le reste des cas, l’HTA est essentielle, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de cause chirurgicalement curable, mais est d’origine rénale.
Quels sont les symptômes de l’hypertension artérielle ?
Pendant des années, l’hypertension reste complètement asymptomatique, ce qui lu a valu le surnom de « tueur silencieux ». Contrairement à ce que les gens pensent, moins de 5 % des personnes hypertendues ressentent des maux de tête, des vertiges ou des bourdonnements dans les oreilles. Donc, dans la majorité des cas, les personnes hypertendues ignorent leur état. Et c’est un grave problème parce qu’une hypertension non diagnostiquée et par conséquent non traitée va entraîner des dégâts particulièrement graves au niveau des gros et des petits vaisseaux. Au niveau des gros vaisseaux, les complications de l’HTA se traduisent par une hémiplégie, un accident vasculaire cérébral, un infarctus, une atteinte des membres inférieurs. L’atteinte des petits vaisseaux est plus sournoise, notamment au niveau de la rétine et des reins. Il est donc impératif de diagnostiquer et de traiter une HTA le plus tôt possible.
Quelles sont donc les mesures à prendre ?
Il est impératif que chaque personne connaisse sa pression artérielle. Mesurer sa tension est un acte très simple que l’on peut accomplir chez soi, d’autant que les tensiomètres qui existent sur le marché sont bien médicalisés. Pour bien mesurer sa tension, il faut :
– se reposer au moins une demi-heure après un effort physique intense ;
– être à distance d’un repas ;
– que la vessie soit vide ;
– être assis dans un fauteuil depuis au moins cinq minutes, le dos bien droit.
Une fois ces conseils respectés, une personne peut mesurer sa tension. Il faut toutefois utiliser un brassard adapté pour éviter d’avoir de fausses mesures. Les brassards existent en fait en plusieurs tailles : les petits utilisés en pédiatrie, les moyens ou les standards qu’on trouve sur le marché et qui sont utilisés couramment, et les larges. Ceux-ci sont indiqués pour les personnes qui ont de gros bras, qui affichent une obésité massive ou un surpoids excessif, comme pour les sportifs qui ont des bras volumineux.
Y a-t-il d’autres mesures à prendre ?
Oui, il faut :
– adopter une bonne hygiène de vie, d’autant que l’HTA peut, en plus des dégâts vasculaires, déclencher un diabète. Ces deux maladies sont souvent associées et leur association est morbide. Les deux éléments capitaux dans ce cadre restent une consommation réduite de sel et l’arrêt du tabac. On doit apprendre à manger peu salé. Or, la consommation sodée ne provient pas uniquement du sel de table. Il existe en fait des aliments excessivement riches en sel, en particulier les boissons gazeuses et l’eau gazeuse, le
« junk-food »... En ce qui concerne le tabac, il faut savoir qu’on fume où on enfume. Un non-fumeur respire la fumée de tabac autant que le fumeur, même s’il est à distance de lui ;
– avoir une activité physique régulière ;
– faire une visite médicale de routine chez un généraliste à partir de 35 ans ;
– s’assurer du taux de micro-albuminurie. C’est un examen d’urine qui devrait, à mon sens, être effectué chez tous les patients sans exception. Ce test permet en fait de détecter à un stade précoce l’atteinte hypertensive, notamment au niveau des petits vaisseaux.
Quid du traitement ?
Selon les recommandations internationales, une personne hypertendue doit être mise sous traitement médicamenteux quel que soit son âge. Il est donc important de bien poser le diagnostic, d’autant que le traitement doit être pris à vie. Il ne faut absolument pas l’interrompre sous n’importe quel prétexte (aujourd’hui, on a une tension basse à titre d’exemple). Il ne faut pas non plus alterner la prise du médicament (un jour sur deux). Celui-ci doit être pris tous les jours et de préférence à la même heure.

