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Liban

Téhéran et Damas s’éclipsent, Riyad revient en force

La situation Tammam Salam, pressenti par le 14 Mars et Walid Joumblatt, est assuré d’être nommé Premier ministre à l’issue des consultations qui débutent aujourd’hui.
05/04/2013

Après trois ans d’absence, l’Arabie saoudite revient en force sur la scène libanaise à la veille des consultations parlementaires que doit entamer aujourd’hui le président de la République, Michel Sleiman, pour la désignation d’un Premier ministre.


Ce retour s’opère avec d’autant plus d’assurance que pour l’instant, il ne rencontre pas de résistance réelle dans le pays, le camp hostile à l’influence saoudienne, le 8 Mars, paraissant contraint d’avancer en rangs dispersés à cet égard.
Les tractations en cours depuis quelques jours à Beyrouth et à Riyad ont débouché hier sur le soutien du 14 Mars et du bloc joumblattiste à la candidature de Tammam Salam, député de Beyrouth et fils de l’une des figures les plus emblématiques du Liban politique d’avant-guerre, Saëb Salam, plusieurs fois Premier ministre lui-même.
S’il n’est pas membre du bloc parlementaire du Futur, M. Salam n’en est pas moins un proche du camp haririen et, bien entendu, de la monarchie saoudienne, avec laquelle son père entretenait d’excellents rapports.


C’est donc fort de la bénédiction du chef du courant du Futur, Saad Hariri, qu’il est allé hier rencontrer à Riyad, et du soutien de l’Arabie saoudite – il aurait selon certaines informations été reçu également par le prince Bandar ben Sultan, numéro un de la sécurité dans son pays – que M. Salam aborde la phase des consultations à Baabda. Celles-ci doivent s’achever demain.


Aussitôt après son retour d’Arabie, le député de Beyrouth s’est joint à la réunion élargie du 14 Mars qui se tenait à la Maison du Centre, à Wadi Abou Jmil, sous l’égide du chef du bloc du Futur, Fouad Siniora. À l’issue des discussions, ce dernier a annoncé la ratification de la candidature de M. Salam « à l’unanimité » des participants.
« Nous souhaitons que M. Salam puisse bénéficier du plus large soutien national de la part de l’ensemble des forces politiques au Liban », a ajouté M. Siniora, reflétant ainsi l’espoir assez répandu d’une forme de consensus autour du prochain gouvernement.


Le nom du prince Bandar a été évoqué aussi hier soir par le chef du PSP, Walid Joumblatt, dans le cadre des tractations qui ont débouché sur le soutien à M. Salam. Sauf que M. Joumblatt s’est employé à se présenter comme étant lui-même la cause du ralliement à M. Salam. Interrogé par Marcel Ghanem, de la LBC, le chef druze a affirmé que jusqu’à la fin, M. Hariri était resté attaché à la candidature de l’ex-directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, qui vient de prendre sa retraite, au poste de Premier ministre.

 

(Lire aussi : Le PSP présente ses candidats aux législatives sur la base de la 1960)


« Malgré toute mon amitié pour le général Rifi, je ne pouvais avaliser ce choix, parce qu’il aurait été perçu comme une provocation (par le 8 Mars) », a souligné M. Joumblatt qui a loué la « modération » de M. Salam et annoncé par la même occasion son refus de participer à un cabinet « monochrome », qu’il soit du 14 ou du 8 Mars, et son soutien à un gouvernement d’ « union nationale » qui aurait pour tâche d’ « organiser le désaccord » entre les Libanais.
Se présentant toujours comme étant au « centre », le député du Chouf semble ainsi vouloir essentiellement amortir le choc de ce qu’il faut bien considérer comme étant son retour dans le giron de l’ancienne majorité. Il cherche ainsi à ne pas rompre avec le Hezbollah ni, bien sûr, avec le président de la Chambre, Nabih Berry.


Mais, fondamentalement, au sujet de l’avenir du Hezb, le chef du PSP ne parvient plus à se distinguer du 14 Mars que sur le timing de ce qui, au final, doit être accompli à ses yeux, c’est-à-dire la mise de son arsenal sous contrôle de l’État. En revanche, il ne se prononce pas sur l’adoption par le prochain cabinet de l’équation armée-peuple-résistance, chère au Hezbollah, et vante les vertus de la déclaration de Baabda, qui se situe aux antipodes de cette trilogie.
Troisième manifestation en une journée du retour en force de Riyad dans la politique libanaise, aux dépens de l’axe irano-syrien, les contacts tous azimuts entamés par l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, Ali Awad Assiri, reçu hier par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, par le président de la Chambre, Nabih Berry, et par le Premier ministre sortant, Nagib Mikati.


Aussitôt connu le soutien de la nouvelle majorité recomposée à M. Salam, M. Mikati devait annoncer en quelque sorte le retrait de sa propre candidature, surtout pour ne pas paraître incarner le choix du 8 Mars, lequel s’est retrouvé hier soir sans candidat.


À en croire des sources proches du gouvernement sortant, les désaccords persistent au sein de ce camp sur la marche à suivre. Chaque groupe s’avance pratiquement tout seul. Ainsi, le bloc de M. Berry serait tenté de se rallier explicitement à la candidature de M. Salam. Le Hezbollah, de son côté, enverrait son bloc parlementaire à Baabda et ne s’opposerait pas à cette candidature, sans toutefois y souscrire de façon expresse. Quant au bloc du Changement et de la Réforme, il s’orientait clairement hier vers l’annonce d’un boycottage des consultations. Des pressions de dernière minute l’auraient amené à reporter sa décision à aujourd’hui.


Selon les sources précitées, le Hezb tenterait de persuader le bloc aouniste de mettre de l’eau dans son vin, jusqu’à accepter de participer au prochain gouvernement sous une forme « adoucie », « non provocante », c’est-à-dire excluant les ministres du type Gebran Bassil.


Si cette information se confirmait, cela signifierait essentiellement que le Hezbollah a déjà procédé, quant à lui, à une petite retraite tactique. Cela n’empêche pas certains de ses porte-voix habituels, comme l’ancien conseiller présidentiel Mohammad Obeid, de prévenir qu’un refus d’entériner la « trilogie » dans la prochaine déclaration ministérielle serait assimilé par le Hezb à un casus belli.


Ce sera probablement l’enjeu de la prochaine bataille autour du gouvernement.

 

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SAKR LEBNAN

Développements négatifs en Syrie et Menaces Israéliennes OBLIGENT !

GEDEON Christian

Le titre ma fait vraiment marrer...les uns s'en vont, les autres reviennent....ahlan wa sahlan, faites comme chez vous, excusez nous d'exister...walaw, beté beytak,vous le saviez déjà?.bon alors si c'est comme çà...amrak,
ya hala,3a rassé...vous avez quoi je ne supporte plus ce langage obséquieux qui a perdu toute sa spontanéité...maintenant çà tient plus de Pavlov...

GEDEON Christian

ET pendant ce temps là, le Qatar a tranquillement acheté le Printemps, à Paris....çà y est....les français ont leur printemps arabe!

Sabbagha Antoine

A chacun à son tour . Hier l’Iran aujourd’hui l’Arabie saoudite vive le suivisme aveugle de nos politiciens qui obéissent comme des moutons sans aucune initiative .




Antoine Sabbagha

Ali Farhat

Il était temps que l'on redonne un tantinet e semblant de rôle à ces démocrates arabes sinon il nous faisait un étron nerveux wahhabisé. Ca apaiserait un peu la situation au nord qui devenait insupportable par leur soutien aux terroristes salafistes. Et puis... on a bien après tout envoyer paitre leur concitoyen saksouké local auquel ils veulent préparer un retour (très difficile) à la tête de grand sérail.. Eh soyons claires, il s'agit juste d'une période de transition pour calmer un peu le jeu.

GEDEON Christian

Epatant...et nous voilà repartis pour un tour ou plutôt un retour...après tout pourquoi pas?Tout ce petit monde se connaît depuis si longtemps...l'essentiel étant d'épargner au Liban des soubresauts aussi inutiles que sanglants...je ne sais pas si certains se rappellent de cette pièce qui s'appelait Salam Use...avec les inévitables de l'époque...ce qui est sûr c'est que la marque Salam est inusable...l'oeillet est de retour...c'est mieux que des chrysanthèmes!

SAKR LEBNAN

Souhaitons bonne chance à Tammam Salam. Le Hezb noyé dans le conflit syrien jusqu'à la barbe va mettre trop d'eau dans sa LIMONADE ( VIN... ), les jours du régime syrien étant comptés aux dernières analyses de la situation sur le terrain et de son appel à des mercenaires du monde entiers ( PAYÉS ) pour le défendre. SEULE VOIX DISCORDANTE, comme toujours, le généralocaporalissime qui sera réduit à sa réelle dimension dans tout prochain gouvernement.

Halim Abou Chacra

"Conseiller présidentiel" de quel président ce monsieur Mohammad Obeid, qui lance cette menace effrontée à toutes les forces politiques : ou vous acceptez la trilogie(-mensonge) peuple-armée-résistance ou le Hezbollah renversera toutes les tables et fera un coup d'Etat?? On voit bien que ce devait être un président laquais des régimes iranien et syrien et qui n'avait rien de libanais.

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