Les relations franco-libanaises traversent une période de refroidissement quand Hariri est écarté par le nouveau président, Émile Lahoud, à qui l’Élysée reproche de bloquer les réformes économiques prévues par les conférences internationales sur le soutien au Liban (voir Paris I et Paris II) tenues à l’initiative de la France. Avant la fin de son second mandat, le président de la République fait de la conférence Paris III qui doit se tenir en novembre 2002 une de ses priorités. Et Paris jouera un rôle moteur dans l’adoption de la résolution 1559 de l’ONU du 2 septembre 2004 demandant le retrait syrien du Liban.
L’impact des deux mandats présidentiels de Jacques Chirac sur le renouveau des relations franco-libanaises est très important. Le total des échanges franco-libanais a plus que triplé, et le Liban représentait en 2001 le quatorzième excédent commercial de la France et son troisième excédent au Proche et au Moyen-Orient. Elle est le pays qui a remporté le plus grand nombre de grands contrats liés à la reconstruction. Au niveau culturel, le budget de coopération avec le Liban est le plus important de la région.
Les relations économiques depuis 2005
À partir de 2005, la France, qui a largement contribué au retrait syrien, jouit d’un regain d’influence au Liban. Mais l’économie libanaise est plombée pas les dissensions politiques internes, et la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah lui porte un coup dévastateur. Après des années de turbulences, l’accord conclu à Doha le 21 mai 2008 et l’élection du général Michel Sleiman à la présidence de la République se traduisent par une remarquable reprise économique.. Bien que le Liban ait perdu sa place de partenaire économique privilégié de la France au Moyen-Orient, il reste une vitrine importante pour les produits et l’art de vivre français. Et les hommes d’affaires et les cadres libanais établis dans la région y apportent une contribution non négligeable à la présence économique et culturelle française. Depuis 2008, les échanges commerciaux franco-libanais sont en constante progression. Cette année-là, les exportations françaises vers le Liban ont dépassé pour la première fois le cap du milliard d’euros. Hors pays arabes, la France est l’un des premiers investisseurs au Liban. La coopération financière bilatérale reste soutenue. Depuis 1999, le Liban est intégré dans la zone de solidarité prioritaire définie par la France. Celle-ci est un des principaux bailleurs de fonds du Liban à qui elle a accordé un milliard d’euros de prêts lors des conférences de Paris II et Paris III. D’autres accords ont été également signés en 2008 : en premier lieu, le document-cadre de partenariat (DCP) dont l’objectif est de définir les priorités stratégiques de la coopération franco-libanaise pour la période 2008-2012, atour de la francophonie, de l’éducation et de la santé, du développement des infrastructures. L’étroitesse des liens entre les deux pays se reflète également à travers l’importante diaspora libanaise en France et le nombre de visiteurs français au Liban, le plus élevé parmi les touristes non arabes.
Conclusion
Bien que le taux d’utilisation de l’anglais ait sensiblement augmenté au cours de la dernière décennie, cette progression s’est moins faite au détriment qu’en complément de la langue de Molière et comme une langue internationale supplémentaire. En gros, l’anglais est plutôt une langue outil, et le français, davantage une langue de culture à portée identitaire, ce qui garantit son enracinement au Liban.
Cependant, les relations économiques entre la France et le Liban sont moins liées que par le passé à leur proximité culturelle et linguistique ; sauf dans deux domaines : celui de la coopération et de l’aide au développement, et celui des industries culturelles. Il est incontestable que la contribution de la France à la reconstruction du Liban, notamment à travers les conférences Paris I, II et III, est autant due à des raisons politiques et à l’amitié indéfectible entre les deux pays qu’à des considérations économiques, celles-ci ayant toutefois permis aux entreprises françaises de décrocher en contrepartie d’importants contrats d’équipement. Au niveau des industries culturelles, les produits et services français continuent de dominer certains marchés. Celui du livre et de la presse étrangèrs, ainsi que ceux où le label made in France et l’art de vivre français conservent un certain prestige auprès de la bourgeoisie : le luxe, la mode, la parfumerie, les cosmétiques, les arts de la table, le vin ou la gastronomie. Mais dans la plupart des secteurs, la concurrence est de plus en plus vive. Celle de l’Italie, premier fournisseur du Liban, et celle des États-Unis qui bénéficient de la fascination des jeunes pour la culture de masse américaine. Certaines marques françaises détiennent également des parts importantes sur des marchés où le facteur culturel ne joue presque pas, comme l’automobile. Mais la percée des importations coréennes et chinoises montre que les affaires sont sans doute davantage une question d’intérêts et de compétitivité que d’affinité culturelle.
Ibrahim TABET

