Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Révolte

Rare consensus au Conseil de sécurité pour condamner l’attentat de Damas

Assad promet de « nettoyer » le pays des « terroristes » ; l’UE divisée sur la levée de l’embargo sur les armes.

Des jeunes rebelles ont manifesté contre le régime, vendredi, à Alep, alors que les violences ont fait au moins 81 morts.  AFP PHOTO/BULENT KILIC

Le Conseil de sécurité des Nations unies a surmonté ses désaccords sur la Syrie hier pour parvenir à un rare consensus et rédiger un communiqué condamnant l’attentat-suicide qui a fait près de 50 morts dans une mosquée de Damas jeudi, dont un important dignitaire religieux sunnite prorégime, cheikh Mohammad Saïd al-Bouti, ainsi que son petit-fils. Le Conseil exprime aussi sa « profonde sympathie et ses sincères condoléances aux familles des victimes de cet acte haineux, et au peuple de Syrie ». Ban Ki-moon a lui aussi condamné l’attentat « dans les termes les plus forts », selon son porte-parole Martin Nesirky. Ce dernier a souligné que pour le secrétaire général, de telles attaques contre des civils « constituent un crime de guerre ». « Le secrétaire général estime que cette dernière atrocité, de même que toutes celles qui l’ont précédée, doit faire l’objet d’une enquête. Les responsables doivent être traduits en justice », a ajouté M. Nesirky. Même son de cloche pour l’Algérie, qui a qualifié hier l’attaque d’« acte criminel, consternant et intolérable ».
L’Iran, principal allié régional du régime syrien, a lui aussi condamné l’attentat dans un communiqué publié par l’agence Fars. « Le martyre du cheikh Mohammad Saïd al-Bouti, connu pour ses positions en faveur de la résistance islamique contre le régime sioniste, fera la pleine lumière sur le complot des États-Unis, du régime sioniste et de leurs agents régionaux qui aident et arment les groupes terroristes syriens pour créer des divisions interreligieuses », ajoute le texte.
Ces réactions suivent celle du président syrien Bachar el-Assad qui, dans la nuit de jeudi à vendredi, a condamné l’attentat, avant de s’engager à « nettoyer » le pays des extrémistes. « Ils t’ont tué croyant faire taire la voix de l’islam et la foi dans le pays (...), ils t’ont tué pour avoir élevé la voix face à leurs idées obscurantistes visant à détruire les principes de notre religion clémente », a indiqué M. Assad dans son message. « Je jure au peuple syrien que ton sang, celui de ton petit-fils et de tous les martyrs de la patrie n’auront pas coulé en vain, car nous serons fidèles à tes idées en anéantissant leur obscurantisme et leur incroyance jusqu’à ce que nous en nettoyons le pays », a-t-il poursuivi.

 

(Lire aussi: « Tambours de l’amour »*, une fenêtre romanesque sur la révolution syrienne)

Bientôt Hassoune ?
Mais des manifestants antirégime ont conspué hier ce dignitaire religieux. « Que ton âme soit damnée Bouti », scandaient certains à Idleb alors que d’autres dans la région de Homs promettaient un sort identique au mufti sunnite de Syrie, lui aussi proche du pouvoir, cheikh Ahmad Badreddine Hassoune, qui avait appelé à soutenir l’armée régulière. « Ton tour viendra Hassoune », criaient certains à Talbissé. Les funérailles de cheikh al-Bouti auront lieu aujourd’hui après la prière de midi à la mosquée des Omeyyades, l’un des lieux les plus prestigieux de Damas. Les autorités ont décrété un jour de deuil national en Syrie, selon l’agence officielle SANA.
Parallèlement, les combats entre rebelles et soldats continuaient de faire rage à travers le pays, où les violences ont fait hier 81 morts au moins selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Fillon et Poutine
Sur le plan diplomatique, l’ancien Premier ministre François Fillon a affirmé que la Russie « gagnerait beaucoup à jouer le rôle principal dans la sortie de crise » en Syrie, hier au cours d’une conférence de presse à Moscou, affirmant avoir répété au président russe Vladimir Poutine que « cette affaire syrienne est une crise majeure qui peut avoir des conséquences sur l’économie mondiale et la situation stratégique. Il faut en parler, il faut trouver une solution pour éviter que l’ensemble de la région du Moyen-Orient ne s’embrase ». « Il faut trouver une personnalité capable d’assumer la transition » à Damas, la chute du régime étant « inéluctable » selon lui, et « mettre toute la pression nécessaire sur l’entourage du président Assad », a-t-il affirmé.
L’ancien Premier ministre a également exprimé son opposition totale à la levée de l’embargo proposée par les gouvernements français et britannique : « Il s’agit, à mon sens, d’une erreur profonde – on parle tout de même de millions d’armes antiaériennes ! – C’est une mesure qui justifie l’escalade, elle alimente une guerre civile qui durera très longtemps », a-t-il martelé.

 

(Lire aussi: Les idées de Paris sur une aide militaire à l’ASL)


À ce sujet, les pays européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord hier sur l’envoi d’armes aux rebelles syriens, une initiative franco-britannique jugée trop risquée par la plupart des autres capitales de l’UE. Réunis à Dublin, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont eu « des discussions utiles, mais les différences de point de vue demeurent profondes », selon une source proche de la présidence irlandaise semestrielle de l’UE.
Le Britannique William Hague a pourtant jugé que l’aggravation du conflit en Syrie plaidait « fortement pour une levée de l’embargo à la fin mai, ou, a minima, pour de sérieux amendements ». La France soutient également qu’il est nécessaire de « faire évoluer le rapport de force sur le terrain en faveur de l’opposition » pour pousser le régime et ses alliés à accepter le lancement d’un processus politique.
Pour lever l’embargo, « il faudrait des garanties sur la traçabilité (des armes) et les risques de prolifération. Pour l’instant, nous n’avons pas de telles garanties », a toutefois estimé le ministre belge, Didier Reynders. Pour des raisons similaires, son homologue allemand Guido Westerwelle a indiqué qu’il restait « très réticent ».
Enfin, Malte a annoncé hier sa décision de reconnaître la Coalition nationale de l’opposition syrienne comme seul représentant du peuple syrien.
(Sources : agences)

 

Lire aussi

Front uni Obama-Abdallah à Amman sur la question syrienne


Entre 20.000 et 30.000 chrétiens ont quitté Alep

 

Pour mémoire

Assad : « C’est quoi un jet lag ? »

 

Le Conseil de sécurité des Nations unies a surmonté ses désaccords sur la Syrie hier pour parvenir à un rare consensus et rédiger un communiqué condamnant l’attentat-suicide qui a fait près de 50 morts dans une mosquée de Damas jeudi, dont un important dignitaire religieux sunnite prorégime, cheikh Mohammad Saïd al-Bouti, ainsi que son petit-fils. Le Conseil exprime aussi sa « profonde sympathie et ses sincères condoléances aux familles des victimes de cet acte haineux, et au peuple de Syrie ». Ban Ki-moon a lui aussi condamné l’attentat « dans les termes les plus forts », selon son porte-parole Martin Nesirky. Ce dernier a souligné que pour le secrétaire général, de telles attaques contre des civils « constituent un crime de guerre ». « Le secrétaire général estime que cette dernière atrocité, de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut