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Ultimatum de Hollande aux Européens pour armer les rebelles syriens

Syrie-Révolte L’UE tentera de prendre une position commune ; pas de répit pour les violences au second anniversaire du soulèvement.
OLJ
16/03/2013

Le président François Hollande s’est livré à un coup d’éclat à Bruxelles en réclamant la levée de l’embargo sur les armes pour l’opposition syrienne, alors que le dossier syrien n’était même pas à l’ordre du jour du sommet européen. Le président français a mis le sujet sur la table jeudi soir déjà, prenant de cours nombre de dirigeants de l’UE. « Nous souhaitons que les Européens lèvent l’embargo (...) Nous sommes prêts à soutenir la rébellion, donc nous sommes prêts à aller jusque-là. Nous devons prendre nos responsabilités », a-t-il lancé dans une première déclaration à la presse. Et hier, il a enfoncé le clou : « Des armes sont livrées par des pays, dont la Russie, à Bachar el-Assad et son régime. Nous devons en tirer toutes les conclusions et l’Europe doit prendre sa décision dans les prochaines semaines », prévenant que « si d’aventure, il devait y avoir un blocage d’un ou de deux pays », la France pourrait passer outre. « Le plus grand risque, ce serait de ne rien faire, de laisser faire (...) Ce serait le chaos (...) Le plus grand risque, c’est l’inaction », a argué le président français. Dans cette opération coup de poing il a, une fois n’est pas coutume, fait alliance avec le Premier ministre britannique David Cameron.

 

(Pour mémoire : La Ligue arabe dit oui à l’aide militaire aux rebelles)


François Hollande a dans la foulée balayé les critiques de l’opposition qui, à Paris, l’accusait hier matin de jouer aux « apprentis sorciers » en voulant livrer des armes à l’opposition syrienne au risque qu’elles ne tombent dans les mains de groupes islamistes. « À peine étais-je élu qu’on me demandait de faire pour la Syrie une aide qui n’avait pas été prévue jusque-là », et « certains qui me demandaient de livrer des armes déjà à cette époque sont les mêmes qui aujourd’hui s’interrogent ou s’alarment », a répliqué le chef de l’État français. Alors que son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait soutenu l’opposition syrienne, M. Hollande a plaidé pour la « cohérence » et la « continuité qui doit aussi, au-delà des alternances, être respectée ». Il a ajouté que l’opposition syrienne avait donné « toute garantie » que les armes qui lui seraient livrées ne seraient pas détournées par des groupes jihadistes et a précisé qu’une assistance militaire serait fournie pour s’en assurer.

 

(Lire aussi : La crise syrienne risque de déboucher sur un conflit régional, avertit l’ONU)


L’Union européenne a donc décidé hier de tenter de trouver une « position commune » sur cette question en fin de semaine prochaine lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Dublin.
En réaction, le président du Parlement européen Martin Schulz a critiqué hier Londres et Paris pour avoir rouvert le débat sur l’embargo. « J’aimerais que nous ne fassions pas de nouveau la même erreur au sein de l’UE que nous voyons souvent, c’est-à-dire que des pays parlent individuellement avant les autres », a ainsi jugé le social-démocrate allemand. « Nous devons discuter tranquillement (pour savoir) si la levée de l’embargo peut atteindre l’objectif de remplacer enfin Assad par un gouvernement démocratique », a-t-il ajouté.

« Nouvelle Syrie »
Parallèlement, les principaux opposants et rebelles hostiles au régime du président Bachar el-Assad se sont engagés hier à poursuivre le combat jusqu’à l’instauration de la liberté et de la démocratie en Syrie. Dans un communiqué publié à l’occasion du second anniversaire de la révolte contre le régime, la Coalition nationale de l’opposition souligne que « notre seul choix est de poursuivre sur le chemin de la vérité, de s’armer de patience et de poursuivre la lutte entamée par ceux qui ont sacrifié leur vie pour faire aboutir notre vision ». Reconnue par des dizaines de pays et organisations comme le représentant légitime du peuple syrien, la coalition ajoute : « Les importants défis qui sont encore devant nous augmentent notre détermination à renverser le régime d’Assad et à mettre sur pied une nouvelle Syrie. »
Pour sa part, le général Sélim Idriss, chef de l’Armée syrienne libre (ASL), a assuré dans un message vidéo posté sur Internet que les insurgés combattront le régime jusqu’à sa chute. « Nous sommes sûrs que le régime tombera. Nous allons tout faire pour que la bataille soit la plus courte possible et pour limiter les destructions et le nombre des victimes », a-t-il affirmé. « Nous appelons le monde libre à nous soutenir avec des armes, des munitions, et des aides humanitaires et médicales afin de mettre un terme aux tueries et construire un pays libre et démocratique pour tous les Syriens », a-t-il plaidé. L’un des principaux opposants Georges Sabra a également rendu hommage à la rébellion. « Les révolutionnaires et notre ASL avancent vers la victoire, qui n’est plus très loin », a déclaré le chef du Conseil national syrien (CNS), principale composante de la coalition.

Violence généralisée
Sur le terrain, de violents combats faisaient rage, notamment autour des trois premières villes de Syrie hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans la province de Damas, où les rebelles ont installé leurs bases arrière en vue de pénétrer dans la capitale, les bombardements violents du régime ont tué au moins 23 personnes à Daraya, Douma, Mouadamiyat el-Cham, Hamouria et Saqba, a indiqué l’OSDH. À Damas même, le régime a bombardé les quartiers d’Assali et de Qaboune, alors que de violents accrochages faisaient rage.
Dans la ville de Homs, surnommée « capitale de la révolution », des combats ont eu lieu à la périphérie des quartiers de Khaldiyé et du Vieux Homs, entre rebelles et forces régulières. Selon l’OSDH, l’armée bombardait ces secteurs dans le même temps « dans une nouvelle tentative d’en prendre le contrôle ». L’armée de l’air a en outre mené des frappes meurtrières dans la région de Houla, où six personnes dont un enfant ont péri, et de Dabaa, dans la province de Homs. À Idleb, l’aviation a mené plusieurs raids sur Salqine et Sarmine, indique l’OSDH.
À Alep, les bombardements ont visé les quartiers est et des accrochages ont eu lieu dans la vieille ville. Dans la province éponyme, des combats « meurtriers » se poursuivent entre soldats et rebelles dont ceux des jihadistes du Front al-Nosra qui cherchent à s’emparer des dépôts de munitions dans la localité de Khan-Toumane, selon l’OSDH, qui fait état de la mort d’au moins onze soldats. Selon un bilan provisoire de l’OSDH, au moins 151 personnes ont été tuées hier à travers le pays.

 

(Chronologie : Deux ans de conflit)


En ce jour anniversaire, des manifestations ont également eu lieu dans de nombreuses villes à l’appel de militants antirégime, avec pour mot d’ordre « Deux ans de sacrifice pour la victoire », dans la guerre contre le pouvoir.
Par ailleurs, une source de sécurité à Damas a affirmé hier que la Syrie soupçonne la Jordanie d’avoir ouvert récemment sa frontière pour laisser entrer dans le sud du pays des jihadistes et des armes. « Nous déplorons le changement d’attitude de la Jordanie qui a ouvert depuis une dizaine de jours sa frontière et laisse passer des jihadistes et des armes croates achetées par l’Arabie saoudite. Cette attitude ne peut que durcir le conflit et faire plus de victimes », a indiqué cette source.
(Sources : agences)

 

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