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Nos lecteurs ont la parole

I.- La guerre d’Espagne comme leçon pour la révolution syrienne

Par Sagi SINNO
Le 15 mars 2013, la révolution syrienne entamera sa troisième année d’existence. La troisième année dans la vie d’une révolution en marche est souvent une année cruciale, voire l’année charnière pendant laquelle le conflit trouve finalement une issue dans un sens ou dans un autre, notamment par la victoire de l’un des deux camps (voir par exemple la guerre civile russe : 1918-1921 suite à la révolution bolchevique de 1917 ; la révolution cubaine : 1956-1959). Tout devrait être mis en œuvre pour épargner à la révolution syrienne le triste sort qu’a réservé la troisième et dernière année de la guerre d’Espagne au mouvement républicain et aux espoirs de liberté et de démocratie qu’il suscitait, ainsi que les conséquences politiques qui allaient en découler pour l’Espagne pendant plusieurs décennies à suivre. La guerre d’Espagne, ou guerre civile espagnole, a opposé en Espagne, également pendant trois ans (17 juillet 1936-1er avril 1939), le camp des républicains à celui des nationalistes. Le camp des républicains était formé globalement par la gauche espagnole, c’est-à-dire les forces régulières loyales au gouvernement républicain légalement établi, appuyés par les travailleurs (les ouvriers et les paysans), les socialistes, les anarchistes et les communistes. Le camp des nationalistes, quant à lui, qui a été mené progressivement par le général Francisco Franco, regroupait les forces conservatrices du pays : les forces régulières putschistes, les milices de droite et d’extrême droite, notamment les phalanges dans lesquels les carlistes furent intégrés de force. La guerre d’Espagne se termina par la victoire des nationalistes, la fin de la IIe République et l’instauration d’une dictature qui durera 36 ans en Espagne (voir, par exemple, Antony Beevor, La guerre d’Espagne, Poche, 2008).
Certes il est bien délicat de faire des comparaisons entre une actualité brûlante, d’une part, et un épisode historique concernant un autre pays dans une autre région du monde, d’autre part. Il existe de toute évidence un grand nombre de divergences qui opposent les deux cas de figure. Cependant, il serait peut-être permis de relever certaines similitudes qui restent étonnantes vu la grande ressemblance qui existe entre les deux révolutions sous certains aspects, surtout en ce qui concerne le rôle de la politique internationale et des interventions étrangères dans les deux conflits.
Un des facteurs majeurs qui a causé la défaite du camp républicain a été l’asymétrie de l’aide étrangère, notamment militaire, apportée aux deux camps belligérants, et plus exactement la faiblesse de l’aide étrangère apportée à la révolution républicaine. Cette réticence étrangère à aider le camp républicain a été surtout le résultat d’une phobie qui a été minutieusement orchestrée par le camp nationaliste et ses alliés fascistes en Europe contre la révolution espagnole, phobie obtenue grâce à l’exagération mensongère de l’importance de la place qu’aurait occupée une certaine idéologie dans cette révolution, en l’occurrence le communisme.
En réalité, notamment au début de la guerre d’Espagne, les communistes ne jouaient qu’un rôle secondaire dans la révolution républicaine, bien loin derrière les socialistes et surtout les anarchistes, qu’ils combattront d’ailleurs farouchement par la suite. Pourtant la dimension du communisme dans la révolution espagnole a été exagérée de façon intentionnelle par les nationalistes et leurs alliés européens, de manière à faire croire à l’opinion publique qu’une éventuelle victoire du camp républicain signifierait une victoire du communisme, ce qui constituerait par suite une menace pour l’Espagne et toute l’Europe. L’affirmation de l’historien français François Furet résume bien les véritables buts qui se cachaient derrière l’orchestration d’une telle phobie : « Dans le cas espagnol, la menace communiste inexistante est le prétexte à une contre-révolution de type classique. » (Le Passé d’une illusion, Poche, 2003).
Dans le cas syrien actuel, c’est l’exagération de la menace islamiste qui sert de prétexte au régime pour mener une contre- révolution. Une campagne de désinformation, voire plusieurs sont savamment menées par le régime et ses alliés régionaux afin de transformer l’image d’une révolte populaire légitime en une sorte de rébellion idéologique et dangereuse. La méthode utilisée consiste à focaliser médiatiquement toute l’attention sur l’idéologie islamiste, et la présenter comme occupant une place prépondérante au sein de la révolution syrienne. Le but est de créer l’amalgame entre une éventuelle victoire de la révolution syrienne et le triomphe de l’islamisme au Proche-Orient. Il s’agit d’installer progressivement une phobie dans l’opinion publique régionale (minorités) et internationale à l’encontre de la révolution syrienne elle-même.
(À suivre)
Le 15 mars 2013, la révolution syrienne entamera sa troisième année d’existence. La troisième année dans la vie d’une révolution en marche est souvent une année cruciale, voire l’année charnière pendant laquelle le conflit trouve finalement une issue dans un sens ou dans un autre, notamment par la victoire de l’un des deux camps (voir par exemple la guerre civile russe : 1918-1921 suite à la révolution bolchevique de 1917 ; la révolution cubaine : 1956-1959). Tout devrait être mis en œuvre pour épargner à la révolution syrienne le triste sort qu’a réservé la troisième et dernière année de la guerre d’Espagne au mouvement républicain et aux espoirs de liberté et de démocratie qu’il suscitait, ainsi que les conséquences politiques qui allaient en découler pour l’Espagne pendant plusieurs...
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