Certes il est bien délicat de faire des comparaisons entre une actualité brûlante, d’une part, et un épisode historique concernant un autre pays dans une autre région du monde, d’autre part. Il existe de toute évidence un grand nombre de divergences qui opposent les deux cas de figure. Cependant, il serait peut-être permis de relever certaines similitudes qui restent étonnantes vu la grande ressemblance qui existe entre les deux révolutions sous certains aspects, surtout en ce qui concerne le rôle de la politique internationale et des interventions étrangères dans les deux conflits.
Un des facteurs majeurs qui a causé la défaite du camp républicain a été l’asymétrie de l’aide étrangère, notamment militaire, apportée aux deux camps belligérants, et plus exactement la faiblesse de l’aide étrangère apportée à la révolution républicaine. Cette réticence étrangère à aider le camp républicain a été surtout le résultat d’une phobie qui a été minutieusement orchestrée par le camp nationaliste et ses alliés fascistes en Europe contre la révolution espagnole, phobie obtenue grâce à l’exagération mensongère de l’importance de la place qu’aurait occupée une certaine idéologie dans cette révolution, en l’occurrence le communisme.
En réalité, notamment au début de la guerre d’Espagne, les communistes ne jouaient qu’un rôle secondaire dans la révolution républicaine, bien loin derrière les socialistes et surtout les anarchistes, qu’ils combattront d’ailleurs farouchement par la suite. Pourtant la dimension du communisme dans la révolution espagnole a été exagérée de façon intentionnelle par les nationalistes et leurs alliés européens, de manière à faire croire à l’opinion publique qu’une éventuelle victoire du camp républicain signifierait une victoire du communisme, ce qui constituerait par suite une menace pour l’Espagne et toute l’Europe. L’affirmation de l’historien français François Furet résume bien les véritables buts qui se cachaient derrière l’orchestration d’une telle phobie : « Dans le cas espagnol, la menace communiste inexistante est le prétexte à une contre-révolution de type classique. » (Le Passé d’une illusion, Poche, 2003).
Dans le cas syrien actuel, c’est l’exagération de la menace islamiste qui sert de prétexte au régime pour mener une contre- révolution. Une campagne de désinformation, voire plusieurs sont savamment menées par le régime et ses alliés régionaux afin de transformer l’image d’une révolte populaire légitime en une sorte de rébellion idéologique et dangereuse. La méthode utilisée consiste à focaliser médiatiquement toute l’attention sur l’idéologie islamiste, et la présenter comme occupant une place prépondérante au sein de la révolution syrienne. Le but est de créer l’amalgame entre une éventuelle victoire de la révolution syrienne et le triomphe de l’islamisme au Proche-Orient. Il s’agit d’installer progressivement une phobie dans l’opinion publique régionale (minorités) et internationale à l’encontre de la révolution syrienne elle-même.
(À suivre)


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