Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Dis grand-mère, à quoi ressemblait Beyrouth ?

Par Lamia SFEIR DAROUNI
- Quand tu étais petite téta, y avait-il des arbres dans Beyrouth ? Tu entendais les oiseaux gazouiller ? Tu voyais un peu le ciel ? Tu respirais l’air pur ? Elle était belle Beyrouth ?
Des questions posées innocemment mais qui font si mal !
- Oui, ma grande. Je vais te raconter Beyrouth telle qu’on l’a vécue. Beyrouth telle qu’elle était. On l’appelait la Suisse du Moyen-Orient. Elle faisait notre fierté et attirait le monde entier. On y respirait l’air pur et on y vivait heureux. On entendait le gazouillis des oiseaux sur les arbres, assis sur nos balcons aux petites balustrades en fer forgé. On regardait le ciel et la mer, de nos balcons fleuris de petits pots de géraniums plantés amoureusement par nos mamans. On buvait le café et s’imprégnait des bruits de cette petite ville grouillante. On promenait nos enfants dans ces espaces verts, entre les jolies maisons aux tuiles rouges, et on leur contait le nom des fleurs et des arbres, des rues et des petites avenues. Karm el-Zeitoun était un champ d’oliviers et portait bien son nom. Achrafieh était une colline d’arbres où les enfants jouaient et gambadaient. Gemmayzé était si fier de ses échoppes et de ses petites maisons ! On marchait dans le quartier Sursock, qui faisait la fierté des Beyrouthins, en admirant ses villas à la beauté éblouissante et aux détails impressionnants. On se pavanait, heureux, dans nos souks grouillants de sons, d’odeurs et de vie. 0n remplissait notre regard de cette cohue si vive et si particulière. Oui, ma petite, Beyrouth était l’eldorado de la région. Elle faisait des jaloux et des envieux. Aujourd’hui, on t’a privée de tout cela, car ils ont changé la face de Beyrouth, effacé son histoire, rayé son passée. Aujourd’hui, ma petite fille, tu ne connaîtras plus le nom des fleurs et des arbres. Ils ont été remplacés par le béton et la pierre. Tu ne marcheras plus la tête levée vers le ciel. Car même le ciel, ils te l’ont volé, caché par ces tours qui s’élèvent de plus en plus hautes, de plus en plus imposantes, de plus en plus laides. En guise de ciel, tu auras « Sama Beyrouth ». Une tour de plus de 80 étages, grise, sèche, bâtie dans une ruelle minuscule. Tu ne verras plus le musée Sursock, honteusement engloutie par une horrible tour, construite justement par des architectes qui défendaient ces anciennes belles demeures. Tu ne connaîtras plus le charme de ces petites maisons aux toits rouges, aux balcons fleuris et aux fenêtres aux volets en bois. Fini ! Démolies ! Remplacées par des immeubles qui ressemblent à des « gruyères », avec des trous en guise de fenêtres et des balcons en bloc de pierre ou de verre. Tu ne connaîtras plus cette vie qui grouillait au cœur de souk Ayass, souk el-Tawilé, souk el-Sayyaghine. Ils leur ont ôté leur âme, effacé leurs bruits et remplacé par des boutiques aux façades d’un marbre et d’une pierre si froids qui ressemblent à tous ces grands « malls » arabes. Tu ne te promèneras plus dans ces espaces verts, qu’ils ont rayés de la ville, trop soucieux d’en faire des tours et d’en tirer profit.
Tous les jours, en regardant ma ville et en marchant dans ses rues, j’étouffe et j’enrage. J’enrage contre nos responsables qui ont détruit notre passé et englouti nos souvenirs. Je leur en veux d’avoir changé notre « Suisse du Moyen-Orient » en une horrible banlieue de HLM. Je leur en veux de m’avoir ôté cette fierté d’appartenir à la plus belle ville de la région. J’en veux aussi à ces architectes qui ont accepté de sacrifier la beauté et l’art sur l’autel de leurs gains et de leurs propres intérêts. Je leur en veux d’avoir accepté de bâtir ces blocs de béton et de verre, de nous laisser envahir par la laideur. Aujourd’hui, ma chérie, le passé et le présent se côtoient dans une anarchie désolante, un manque d’urbanisation choquant, une laideur écœurante. J’envie ces peuples qui ont su préserver leur patrimoine, leur culture, leur passé.
Tu vois ma chérie, certains ont hérité d’un désert. Ils en ont fait un paradis. Dieu nous a donné un paradis, nous en avons fait une galère. Aujourd’hui, Beyrouth se pare d’une nouvelle face où le passé n’a plus sa place, où la beauté a perdu sa face et où les intérêts personnels ont sévi une fois de plus aux dépens de ceux du peuple.
- Quand tu étais petite téta, y avait-il des arbres dans Beyrouth ? Tu entendais les oiseaux gazouiller ? Tu voyais un peu le ciel ? Tu respirais l’air pur ? Elle était belle Beyrouth ? Des questions posées innocemment mais qui font si mal ! - Oui, ma grande. Je vais te raconter Beyrouth telle qu’on l’a vécue. Beyrouth telle qu’elle était. On l’appelait la Suisse du Moyen-Orient. Elle faisait notre fierté et attirait le monde entier. On y respirait l’air pur et on y vivait heureux. On entendait le gazouillis des oiseaux sur les arbres, assis sur nos balcons aux petites balustrades en fer forgé. On regardait le ciel et la mer, de nos balcons fleuris de petits pots de géraniums plantés amoureusement par nos mamans. On buvait le café et s’imprégnait des bruits de cette petite ville grouillante. On promenait nos...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut