«Une comédie truculente», clame, à l’unanimité, l’ensemble de la presse parisienne dans une avalanche de critiques élogieuses qui pourraient faire croire que Les Pâtissières tient l’affiche depuis plus d’une saison. Eh bien non ! La première a eu lieu ce 8 janvier au théâtre Les Déchargeurs à Paris, mais le succès a été tel qu’il a fait l’effet d’une traînée de poudre! Et voilà qu’à peine deux mois de planches parisiennes plus tard et avant sa tournée provinciale et belge, l’hilarant trio de Pâtissières déboule à Beyrouth pour quatre représentations au théâtre Tournesol*, à l’invitation de l’Institut français.
Du pur bonheur en perspective pour le public beyrouthin auquel Nabil el-Azan, le metteur en scène franco-libanais de cette pièce, promet «une heure vingt minutes de rire sans aucune grossièreté».
Content, comme à chaque fois qu’il produit ou présente une de ses pièces dans son pays natal (on signalera, entre autres Le Renard du Nord de Noëlle Renaude, L’Émigré de Brisbane de Georges Schéhadé, créée à Baalbeck, Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette au théâtre Monnot et Viva la Diva de Hoda Barakat avec Randa Asmar au théâtre Babel), Nabil el-Azan se dit «surtout très fier de présenter, cette fois, aux Libanais les trois comédiennes qui jouent les pâtissières: Christine Murillo, Christine Guerdon et Chantal Deruaz. Il n’est pas fréquent de voir réunis des talents comme les leurs sur une scène!».
Un talentueux trio
Ces trois grandes comédiennes interprètent, ici, trois sœurs qui viennent d’être dépossédées de leur raison de vivre: leur pâtisserie familiale. Elles reviennent sur le fil des événements, sur les circonstances qui les ont forcées à vendre, retracent le visage d’une époque qui préfère les produits industriels à la qualité du fait main... Et finissent par régler ses comptes au promoteur immobilier, leur grand ennemi, qui a racheté leur maison!
Voici, en gros, le résumé de la pièce. «Qui, en plus d’être une comédie, avec un petit côté “arsenic et vieilles dentelles”, a quelque chose de très intéressant au niveau du temps, matériellement présent dans la pièce comme quelque chose qui se dérobe, qu’on croit saisir et qui échappe en permanence, indique le metteur en scène. Le temps est, d’ailleurs, le sujet principal de cette pièce qui parle d’âge, de changements d’époque, du phénomène d’effacement et des bouleversements liés à la modernité...»
Entre rire et nostalgie...
Cette disparition du produit ancestral et de valeur au profit du fast-food, du ready-made et du zapping qui est évoqué dans Les Pâtissières fait, en quelque sorte, écho à quelque chose que déplore profondément Nabil el-Azan: «La disparition des scènes beyrouthines des œuvres du répertoire classique. Ces tragédies grecques et autres pièces de Shakespeare, Racine et Tchekhov... étaient jouées au Liban dans les années 50, 60 et 70. Elles ne le sont plus, ou alors dans des adaptations qui ne satisfont pas les amoureux des mots, de la langue, de la poésie et de son éclat.»
Le metteur en scène qui revendique son «appartenance à cette tradition» porte, pour sa part, toute son attention «sur le texte et le jeu».
C’est dans cet esprit, qu’à peine avait-il lu, en avril dernier, la pièce que venait de terminer Jean-Marie Piemme, il décide de la créer sur scène. «Jean-Marie Piemme est un très grand auteur belge, on se connaît depuis de nombreuses années. Il y a de l’amitié, du respect, de l’admiration entre nous. Aussi, il a juste suffi que je lui fasse part de mon désir de monter sa pièce et de ma façon de la lire pour que les choses partent toutes seules. Il est venu assister à une répétition, à ma demande, et puis il est venu à la première. Il avait l’air heureux...»
Heureux, Nabil el-Azan l’est aussi. Autant du triomphe parisien de cette œuvre que du fait de la présenter – sur un plateau d’argent par ce délicieux trio de comédiennes – à ses compatriotes. Et de partager avec eux les nostalgiques interrogations qu’elle soulève en lui. Car, dit-il, «cette pâtisserie ancestrale, vue comme métaphore de l’Europe d’aujourd’hui, peut devenir aussi métaphore de l’espace public libanais... Disparu. Pfischt! Où est le Bourj? Où sont nos souvenirs d’enfance? Où est le modèle de coexistence pacifique entre les communautés? Le passé s’efface sous nos yeux...»
Mais trêve de doléances, cette comédie «délicieusement grinçante» (coréalisation Les Déchargeurs et la compagnie La Barraca, que Nabil el-Azan dirige) reste, par-dessus tout, un réjouissant moment de théâtre francophone. Qu’il faut assurément aller goûter!
* Les 7, 8, 9 et 10 mars, à 20h30. Avenue Sami el-Solh, rond-point Tayouneh, 20h30. Réservations au 01/381290. Tickets à 30 000 LL et 20 000 LL.
Le programme
« Le printemps de la francophonie » sous le signe de la jeunesse, de la créativité et de l’inéditDu pur bonheur en perspective pour le public beyrouthin auquel Nabil el-Azan, le metteur en scène franco-libanais de cette pièce, promet «une heure vingt minutes de rire sans...

