Les commissions parlementaires vont tenir une première réunion conjointe ce matin pour essayer, sur base des travaux de la sous-commission ad hoc qui était chargée de plancher sur la réforme électorale, de rapprocher les points de vue sur ce plan et de dégager une formule de loi électorale consensuelle. Dans l’après-midi, le Conseil des ministres tiendra une réunion extraordinaire pour examiner, approuver et transmettre au Parlement la nouvelle grille des salaires dans le secteur public, assortie d’un paquet de propositions de recettes censées la financer sans accabler la population.
Deux réunions : deux crises en perspective. Étant donné les divergences de vues profondes qui continuent de marquer le débat sur la division des circonscriptions électorales et le mode de scrutin, il est à craindre que le résultat des réunions des commissions conjointes soit identique à celui de la commission ad hoc. Celle-ci a déclaré forfait samedi, au terme d’une dernière journée marathon de débats. Elle doit soumettre aujourd’hui son rapport à la réunion élargie des commissions qui se sont donné quatre jours – à raison de deux séances par jour – pour approuver une nouvelle loi électorale.
Les pronostics sont cependant très pessimistes, notamment dans les rangs de l’opposition. « Comment plusieurs commissions vont-elles réussir à s’entendre en quatre jours sur une même formule alors qu’il n’a pas été possible à dix députés qui ont passé une centaine d’heures à délibérer de s’approcher d’une ébauche de solution ? » s’est ainsi interrogé le député Serge TerSarkissian, pendant que le député Marwan Hamadé soulignait que les contacts se poursuivent entre les pôles du 14 Mars en vue d’une entente sur une même proposition de loi électorale.
Mais rien n’est moins sûr, les avis étant toujours divergents entre les composantes de l’opposition au sujet de la formule optimale à adopter, comme l’ont montré les discussions de samedi en sous-commission.
À partir de demain, les commissions plancheront ainsi, en présence des députés du bloc du Futur – qui est revenu sur sa décision de boycotter les réunions des commissions conjointes, à cause de la présence de représentants du gouvernement –, sur cinq propositions de loi électorale, « en tête desquelles celle du Rassemblement orthodoxe », a tenu à préciser le président de la Chambre, Nabih Berry, en convoquant les commissions.
Selon des sources parlementaires, la proposition orthodoxe a de nouveau la cote depuis que le climat politique s’est de nouveau envenimé à cause de plusieurs facteurs, dont le dernier échange acerbe Hariri-Nasrallah et les positions en flèche de Michel Aoun, qui a assuré qu’il n’accepte que le projet orthodoxe.
Quoi qu’il en soit, le temps presse. Le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a averti hier que si « une loi n’est pas votée d’ici à dix jours, il ne sera pas possible d’organiser les élections dans les délais », sans expliquer cependant ce qui empêcherait le Parlement d’organiser la consultation populaire sur base de la loi actuelle.
Selon certains observateurs, un report des élections, bien que rejeté par le président Michel Sleiman, trouve un écho favorable auprès de plusieurs composantes de la Chambre qui scrutent avec intérêt l’évolution du dossier régional à la faveur des tractations prévues dans les semaines à venir au sujet des dossiers syrien et iranien. On sait que le secrétaire d’État américain, John Kerry, qui a pu discuter hier avec son homologue russe, Serguei Lavrov, au sujet de la crise en Syrie, est attendu dans la région la semaine prochaine, suivi par le président Barack Obama.
Selon les mêmes sources, un report des élections serait même bénéfique au Hezbollah sur lequel les pressions s’accentuent. Après l’affaire de Burgas, la mort de trois combattants du parti de Dieu, hier, dans des affrontements avec l’ASL en territoire syrien, près de la frontière libanaise, risque d’avoir un retentissement international, dans la mesure où elle confirme l’implication du Hezbollah dans la guerre en Syrie, surtout à l’heure où l’Union européenne s’apprête à prendre position au sujet du rôle du Hezbollah dans l’attentat de Bulgarie.
Dans les milieux officiels libanais, on s’est abstenu hier de commenter la mort des trois combattants du Hezbollah en Syrie, en estimant qu’« il s’agit jusqu’à présent d’informations de presse ». Mais de mêmes sources, on indique que le parti de Dieu a effectivement pris position dans les villages syriens frontaliers où des Libanais vivent, pour combler le vide laissé par le retrait des forces syriennes de toute cette zone et éviter ainsi qu’elle ne tombe dans les mains de l’ASL.
Crise entre le Sérail et les organismes économiques
Côté du gouvernement, on avance aussi sur un champ miné avec la nouvelle grille des salaires à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres extraordinaire, aujourd’hui. Face à la menace de la grève, que la CGTL veut ouverte à partir de demain, le chef du gouvernement, Nagib Mikati, a « opté pour une solution de facilité » en proposant un règlement « qui risque cependant de coûter cher, à long terme, au pays ». Du moins, tel est l’avis des organismes économiques qui ont crié samedi « au complot », accusant le Premier ministre de les avoir trahis en « agissant unilatéralement », alors qu’il avait promis de « les associer aux prises de décisions ayant un impact sur l’économie du pays, notamment la mise en place d’un mécanisme adéquat pour financer la nouvelle échelle des salaires, sans passer par de nouvelles taxes, l’établissement d’un plan de réforme administrative et de nouvelles lois pour amender le régime de retraite et freiner le déficit budgétaire ».
(Pour mémoire : La grille des salaires lundi au Parlement, les organismes économiques menacent...)
Les organismes économiques, qui ont tenu samedi une réunion extraordinaire, ont annoncé avoir décidé de boycotter les séances de dialogue économique qui se tenaient au Sérail, en s’interrogeant sur l’opportunité de transmettre une nouvelle échelle des salaires à un Parlement « qui vit ses derniers jours et qui se prépare aux nouvelles élections ».
Dans les milieux proches de M. Mikati, on assure cependant que le chef du gouvernement avait informé lundi dernier les organismes économiques qu’il comptait soumettre la nouvelle grille des salaires au Conseil des ministres, après une révision des sources de financement, de sorte que les nouvelles recettes prévues n’accablent pas la population et constitueront même un stimulateur économique. Déplorant « des motivations politiques » à l’origine de la position des organismes économiques, on ajoute au Sérail que la principale source de financement des nouveaux salaires dans le public sera l’accroissement du coefficient d’exploitation dans le secteur immobilier. Celui-ci drainerait un milliard de dollars annuel, selon les mêmes sources.
Toujours est-il que le chef du gouvernement compte proposer aujourd’hui au Conseil des ministres, qui se tiendra à Baabda, un projet complémentaire, fondé sur les chiffres corrigés du premier texte. Ces chiffres seront fournis aussi bien par le ministère des Finances que par la Direction de l’urbanisme, qui tiendra ce matin une dernière réunion, avant de soumettre son rapport au Sérail.
Et si les organismes économiques redoutent le fardeau que représenteraient à long terme les indemnités de fin de service, de source proche de M. Mikati on explique que des garde-fous clairs et sévères ont été établis pour éviter les abus similaires à ceux qui sont actuellement repérés.
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