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Zeid Hamdan, musicien engagé contre « les forces du mal »

Au grand dam de la censure, la musique de Zeid Hamdan se veut contestataire. Même retenu dans le sous-sol du ministère de la Justice, en juillet 2011, pour son hit « Général Sleiman » – critiquant l’ascension du pouvoir militaire à la tête de l’État –, le jeune musicien porte toujours le flambeau de ses idées.

Zeid. Photo de Gigi Rocati

En 1991, Zeid Hamdan, ne connaissant du Liban que son mirage féerique, débarque dans un pays ravagé par la guerre. «Les maisons beyrouthines éventrées par les roquettes, les murs lézardés et les ruelles fantomatiques s’offraient tragiquement à mes yeux d’adolescent de 15 ans », indique-t-il. Charriant les valeurs de l’Hexagone où il a passé son enfance : la tolérance, la laïcité, le dialogue des cultures, il se promet de diffuser un souffle nouveau dans la société libanaise au travers de sa musique innovatrice.

Les débuts : une musique cathartique
Zeid se souvient de son enfance douloureuse passée en France. «Garçon obèse, j’ai toujours été introverti. Après être devenu la risée de mes camarades de classe et affublé du sobriquet gras double par la fille que j’aimais, j’ai décidé d’aller au-delà de ce que j’étais physiquement et de me révolter à ma manière... avec la musique que je n’ai jamais apprise dans les conservatoires huppés», confie le compositeur de 35 ans. Avec ses amis, il crée à l’âge de 12 ans un groupe «Excès de vitesse» qui attendait à longueur d’année la fête de la musique pour se produire dans les rues parisiennes. «C’était un environnement où la liberté est sacrée. On pouvait à n’importe quel moment installer nos instruments dans une cour d’école ou dans les faubourgs pour jouer de la musique», ajoute-t-il. Son grand souci était la reconnaissance du grand public, tout comme Jim Morrison dans le film Doors d’Oliver Stone: «Ce film a joué le rôle de catalyseur dans mon parcours de musicien», raconte Zeid. Son complexe d’obésité dépassé, il entreprend de rechercher la plénitude dans la musique. « Au début, je copiais les grands compositeurs. Ensuite, j’ai largué les amarres et j’ai entrepris une quête initiatique, celle de la recherche des sensations et de l’unité avec la musique », précise-t-il.

Le retour au Liban
«Venant d’une société très libérale où toutes les classes et les races se confondent, je me trouve parachuté dans le cercle fermé des écoles privées au Liban. C’était une grande frustration pour moi à un âge où l’on a le plus besoin d’ouverture », indique le jeune musicien. Depuis lors, Zeid se cramponne davantage à sa musique, devenue « son unique refuge», «sa bulle isolatrice». Première initiative: Lombrix, groupe formé avec ses cousins Karim et Charif Saad en 1993 et produisant du rock orientalisant. Leur but était de critiquer tout et n’importe quoi, comme tous les adolescents. Leur premier disque: Tracy, sorti en 1994, traduit l’angoisse d’un jeune adolescent – fils d’un père druze et d’une mère orthodoxe – qui n’a jamais compris pourquoi les confessions régissaient le système politique libanais. Son premier cri contestataire se traduit dans la chanson éponyme de l’album, où il dit: Should we always in the name of God be blind? (Devrions-nous, au nom de Dieu, être toujours aveugles?) Son désir de remettre en question les tabous qui handicapent la société libanaise devient si effréné qu’il crée, après ses débuts adolescents, le groupe Soapkills en 1997. «Ce groupe, dont la chanteuse centrale est Yasmine Hamdan, a ciblé par ses chansons tout ce qui ne me laissait pas coi dans la société libanaise. La chanson Lost, par exemple, fustige la cupidité des pays du Golfe et raille leur dépendance au pétrole et à l’argent», signale-t-il.
2004: année charnière. Zeid est consterné par la dégradation de la conjoncture libanaise. Parce qu’un gouvernement à la hauteur du peuple libanais n’est pas pour demain, Zeid fonde le groupe «The new government », succédant à «Government», groupe créé quelques années plus tôt. Sur fond de punk, le musicien exprimera son indignation suite à «l’ordre noir qui s’est imposé en 2005», à ses dires. Et faire de la musique sera, derechef, synonyme de choquer. «Ce que je reproche chez les groupes libanais, c’est leur souci de créer une musique esthétique et aseptisée. Pour moi, l’ambition consiste à pousser les gens à dire à la fin de mes concerts : C’est dingue ce qu’il dit!» conclut-il, sur un ton malicieux.
Créateur d’une musique de revendication, décloisonnant les tabous de leur carcan libanais, Zeid Hamdan se définit comme artiste faisant du pays du Cèdre son champ de
bataille.

Maya KHADRA
Site web : zeidhamdan.com

En 1991, Zeid Hamdan, ne connaissant du Liban que son mirage féerique, débarque dans un pays ravagé par la guerre. «Les maisons beyrouthines éventrées par les roquettes, les murs lézardés et les ruelles fantomatiques s’offraient tragiquement à mes yeux d’adolescent de 15 ans », indique-t-il. Charriant les valeurs de l’Hexagone où il a passé son enfance : la tolérance, la...

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