L’attention des pôles politiques s’est certes reportée ce week-end sur les retombées du double meurtre odieux de deux militaires à Ersal, avec ses cortèges funèbres et ses développements sécuritaires et judiciaires. Cependant, l’on n’en a pas moins oublié le débat sur la loi électorale, notamment au lendemain de l’initiative en quatre points lancée jeudi soir à l’antenne de la LBCI par le député et ancien Premier ministre Saad Hariri.
La proposition Hariri – adoption des petites circonscriptions à la majoritaire, création du Sénat, mise en branle de la décentralisation administrative, inclusion de la déclaration de Baabda, qui parle de neutralité du Liban, dans le préambule de la Constitution – a en effet été confrontée à une contre-attaque menée durant le week-end par le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL).
Habile comme d’accoutumée, le Hezbollah a laissé son allié du CPL monter au créneau pour attaquer frontalement, et dans une perspective chrétienne, la proposition Hariri, se contentant, pour sa part, de réaffirmer son attachement indéfectible au scrutin proportionnel.
Laconique, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, le député Mohammad Raad, a opposé hier un veto à la proposition Hariri des 50 circonscriptions uninominales au scrutin majoritaire, sans avoir l’air d’y toucher. « Après étude de toutes les lois électorales du monde, celui qui garantit la meilleure représentation du peuple est celui qui est basé sur la proportionnelle (...). Tous ceux qui défendent le scrutin majoritaire ne veulent pas d’une saine représentation au nouveau Parlement (...) et recherchent en réalité leurs intérêts personnels », a indiqué M. Raad.
Ce que le fer de lance parlementaire du Hezbollah ne dit pas directement, c’est le CPL qui s’en charge. « Une volonté de gagner du temps et d’émousser le débat ; en bref, une pure perte de temps » à quelques mois des élections. C’est, en substance, ainsi que le courant aouniste a perçu l’initiative Hariri. Pour le député aouniste Simon Abiramia, la proposition du chef du courant du Futur ne comporte rien de nouveau et « est inopportune à quatre mois des élections ». Elle est « de toute façon mort-née », selon lui. La proposition des 50 circonscriptions a déjà été présentée par les Forces libanaises et les Kataëb, souligne-t-il.
Pour son collègue Nabil Nicolas, la feuille de route proposée par Saad Hariri n’est que poudre aux yeux, puisque lui et son courant n’ont rien fait durant les quatre dernières années pour promouvoir l’idée d’un Sénat ou la décentralisation administrative. « L’objectif est de perdre du temps pour retourner à la loi de 1960, mais c’est peine perdue », dit-il.
Plus direct, le ministre Gebran Bassil s’est placé hier exactement sur la même longueur d’ondes que Mohammad Raad, mais en se positionnant en chantre de la défense du droit des chrétiens « minoritaires ». Il a ainsi défendu bec et ongles la proportionnelle et le projet du Rassemblement orthodoxe, seul capable de rendre leurs droits aux chrétiens, selon lui. M. Bassil a par ailleurs estimé que « le projet des 50 circonscriptions tel qu’il est actuellement proposé est très mauvais » et que « le scrutin majoritaire ne saurait être valable dans un système de minorités ».
Entretien Raï-Hariri
En fait, le souci du 8 Mars semble de continuer à coincer les partis chrétiens du 14 Mars dans leur logique de soutien au projet du Rassemblement orthodoxe, pour les éloigner de l’initiative Hariri. Cette crainte a été exprimée à demi-mot par le député du bloc du Hezbollah, Ismaïl Succarieh, selon qui le soutien de Saad Hariri aux 50 circonscriptions et au Sénat vise à « récupérer » les FL et les Kataëb et à séduire Walid Joumblatt.
Le chef du parti Kataëb, l’ancien président Amine Gemayel, a d’ailleurs saisi la balle au bond, affirmant hier que la proposition de l’ancien Premier ministre constitue « un document de travail sérieux » et « une entrée en matière pour la réforme du système politique au Liban ». Les députés Samy et Nadim Gemayel ont d’ailleurs conversé samedi par téléphone avec M. Hariri. Il reste à savoir quelle est l’opinion du président des FL, Samir Geagea, vis-à-vis de l’initiative. Ce dernier devrait donner son appréciation sur l’initiative, publiquement, dans les heures à venir.
En attendant, c’est de Bkerké que la surprise est venue. Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, s’est en effet longuement entretenu par téléphone samedi avec M. Hariri et a exprimé son « réconfort vis-à-vis de l’initiative, qui constitue un espace de dialogue et de rapprochement qui permet de dynamiser le dialogue interlibanais ». Le patriarche a également souhaité « la mise en place d’un climat de dialogue et d’ouverture entre les différents partis qui déboucherait sur l’élaboration d’une loi électorale reflétant les aspirations de tous les Libanais et garantissant leur représentation juste ».
Quant à Walid Joumblatt, il a exprimé son soutien à certains points de l’initiative, notamment la création du Sénat, ainsi qu’aux propos de Saad Hariri sur le mariage civil, mais il a de nouveau exprimé son rejet du projet des 50 circonscriptions qui « n’est pas opportun pour les fils de la Montagne et pour le PSP ».
C’est dans ce contexte que les députés du courant du Futur présenteront aujourd’hui à la Chambre une proposition de loi à partir des quatre points de l’initiative Hariri qui sera transmise aussitôt à la sous-commission parlementaire – laquelle reprend ses débats ce matin – et aux commissions conjointes.
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09 h 48, le 04 février 2013