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À La Une - Conflit

Au Mali, de nouvelles accusations d'exactions

Hollande en visite samedi au Mali, trois semaines après le début de l'intervention française.

Des soldats français patrouillant jeudi 31 janvier 2013 dans Tombouctou, la ville historique du nord du Mali, libérée des islamistes. Fred Dufour/AFP

Trois semaines après le début de l'intervention de l'armée française au Mali pour en chasser les groupes islamistes armés, Amnesty International a dénoncé vendredi dans un rapport une "vingtaine" d'exécutions extrajudiciaires de civils par l'armée malienne dans le nord du pays, et réclamé une enquête sur un raid aérien qui a tué des civils le 11 janvier au premier jour de l'intervention militaire.

 

"Il est absolument impératif que la France et le Mali ouvrent une enquête afin de déterminer qui a effectué cette attaque" aérienne qui a visé la ville de Konna (centre) et aurait tué cinq civils -dont une mère et ses trois jeunes enfants- au début de l'offensive, affirme un porte-parole, Gaëtan Mootoo. "Les résultats doivent être rendus publics dans leur intégralité afin que l'on puisse déterminer s'il y a eu violation du droit international ", ajoute-t-il.

Selon l'ONG, des responsables français ont assuré qu'ils n'avaient "pas effectué" de frappe à Konna à l'heure avancée, le 11 janvier au matin.

 

Amnesty International affirme par ailleurs avoir recueilli des témoignages indiquant que, le 10 janvier, soit la veille de l'intervention française, "l'armée malienne a arrêté et exécuté de manière extrajudiciaire plus d'une vingtaine de civils", principalement à Sévaré (centre). Là encore, "les autorités doivent ouvrir immédiatement une enquête indépendante et impartiale sur tous les cas d'exécutions extrajudiciaires par les forces armées, et suspendre tout membre du personnel de sécurité soupçonné d'implication dans des violations des droits humains", estime l'ONG, qui s'inquiète également de "disparition forcées" dues à l'armée malienne.

 

Le responsable de la communication de l'armée malienne, le colonel Souleymane Maïga, a démenti ces accusations. "L'armée malienne est une armée républicaine qui ne commet aucune exaction", a-t-il déclaré.

Son adjoint, le lieutenant-colonel Souleyname Dembélé, a estimé que le Mali était "dans une situation sensible pendant laquelle les rumeurs sont dangereuses et très nuisibles". "En plus de la reconquête des villes, il faut les sécuriser pour que les populations puissent vaquer à leurs occupations, a-t-il ajouté.

 

Amnesty, dont le rapport a été rédigé à l'issue d'une enquête de dix jours dans les villes de Ségou, Sévaré, Niono, Konna et Diabali, fait également état d'"allégations d'homicides arbitraires et délibérés" de la part de groupes islamistes armés, notamment d'exécutions de soldats capturés. Ces groupes armés auraient ainsi exécuté cinq soldats maliens blessés, le 14 janvier à Diabaly, ainsi qu'un civil, selon le rapport.

L'ONG dénonce en outre le recrutement d'enfants soldats par ces groupes islamistes armés.

 

De son côté, dans un rapport publié jeudi à Londres, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a accusé l'armée malienne d'avoir "exécuté sommairement au moins 13 partisans présumés des islamistes" et d'avoir "fait disparaître" cinq autres hommes dans la ville-garnison de Sévaré et à Konna en janvier. HRW accuse par ailleurs les groupes armés islamistes à Konna d'avoir "exécuté au moins sept soldats maliens, dont cinq étaient blessés", et d'avoir "utilisé des enfants comme soldats dans les combats. "

 

"Les autorités maliennes ont fermé les yeux sur ces crimes très préoccupants", a indiqué Corinne Dufka de Human Rights Watch, qui demande l'ouverture d'une "enquête immédiate".

 

Sur le front diplomatique, le président français François Hollande doit effectuer une visite samedi au Mali. "Le président de la République sera accompagné par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian et le ministre chargé du Développement, Pascal Canfin", a indiqué la présidence française. Le communiqué ne précise pas où précisément se rendront le chef de l'Etat et ses ministres.

 

Cette visite intervient alors que les armées française et malienne ont pris en quelques jours les trois grandes villes du nord : Gao, Tombouctou et Kidal.

 

L'intervention française avait débuté le 11 janvier au lendemain d'une offensive en direction du sud du Mali menée par les groupes islamistes armés liés à el-Qaëda qui occupaient le Nord depuis dix mois. La veille, ils avaient pris la ville de Konna (centre). Les choses se sont accélérées le week-end dernier avec la reprise, coup sur coup, de Gao et Tombouctou et l'arrivée mardi soir de soldats français à l'aéroport de Kidal, ville tenue par des rebelles touareg et des islamistes dissidents s'affirmant "modérés".

 

Signe d'un lent retour à la normale, une première école a rouvert à Tombouctou vendredi. "La réouverture de l'école, c'est la fin de la guerre", a estimé un responsable de l'école, Ahmed Mohamed Coulibaly, 42 ans.

 

La situation est plus compliquée à Kidal, ville longtemps tenue par le groupe islamiste Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), allié à el-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi) et passée, avant l'arrivée des soldats français, sous le contrôle du Mouvement islamique de l'Azawad (MIA, dissident d'Ansar Dine) et du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg).

Des militaires maliens sont arrivés jeudi, a affirmé à Bamako le colonel Maïga, parlant d'une "petite unité de reconnaissance, partie préparer le terrain au reste de la troupe". Le MIA, qui affirme rejeter le "terrorisme" et prôner "le dialogue" avec Bamako, avait dit mercredi s'opposer à la venue à Kidal, à 1.500 km au nord-est de Bamako, de soldats maliens et ouest-africains.

 

Kidal et sa région, le massif des Ifoghas, près de la frontière algérienne, sont le berceau des indépendantistes touareg et, selon Paris, le lieu de détention "probable" de sept otages français. C'est aussi le dernier refuge des combattants islamistes chassés des villes du nord.

 

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