En deux ans à la tête du gouvernement, le Premier ministre Nagib Mikati a effectué au moins six courtes visites en Arabie saoudite. Et à chaque fois, il ravalait sa déception et revenait bredouille, les autorités de ce pays refusant de le recevoir et de reconnaître son gouvernement. Il s’en est même ouvert une fois à l’émir Bandar ben Sultan qui lui aurait clairement répondu : « Nous n’avons rien de personnel contre vous. Mais nous n’acceptons pas ce qui a été fait au gouvernement de Saad Hariri. » Mikati ne s’est pas pour autant découragé et il a persévéré, à sa manière discrète, dans ses tentatives de renouer les liens avec les autorités saoudiennes. Il a finalement obtenu gain de cause. Et sa visite à Riyad pour participer au sommet économique est devenue celle de sa reconnaissance en tant que Premier ministre du Liban par les dirigeants saoudiens.
D’abord, c’est l’ambassadeur au Liban Ali Abdallah Assiri qui lui a demandé de prolonger de 24 heures son séjour à Riyad à l’origine prévu pour une journée seulement, et ensuite, il a été reçu par le ministre des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal puis par le prince héritier l’émir Salmane ben Abdel Aziz, tout comme il a reçu le vice-ministre des AE, le prince Abdel Aziz ben Abdallah, qui est aussi le fils du roi.
L’information pourrait être banale s’il s’agissait d’un autre pays que l’Arabie, mais le fait qu’il s’agisse du royaume wahhabite dont l’influence est considérable au Liban et surtout au sein de la communauté sunnite, et du courant du Futur en particulier, mérite qu’on s’y arrête.
Il est donc clair que les dirigeants du royaume saoudien ont décidé désormais, deux ans après sa désignation, de reconnaître Nagib Mikati comme Premier ministre du Liban. Avec cette reconnaissance, c’est le dernier appui du chef du courant du Futur cheikh Saad Hariri qui tombe. Ce dernier n’a en effet cessé depuis le renversement de son gouvernement de faire campagne contre le gouvernement Mikati, d’abord auprès des instances internationales, ensuite auprès des pays arabes. Mais l’un après l’autre, les dirigeants du monde ont reconnu Mikati, saluant son savoir-faire et allant jusqu’à envoyer leurs ambassadeurs au Liban chez le président de la République pour demander le maintien du gouvernement après l’assassinat du général Wissam el-Hassan. Seule l’Arabie saoudite refusait encore de recevoir Mikati en tant que Premier ministre. C’est désormais chose faite.
Pour Saad Hariri, c’est sans conteste une mauvaise nouvelle et il a décidé de riposter à sa manière dans le cadre d’un entretien télévisé avec la LBCI qui devrait être diffusé avant la fin du mois à partir de Paris.
En attendant ce que dira Hariri, on peut d’ores et déjà deviner que sa revendication de faire chuter le gouvernement ne tient plus la route. Les sources du courant du Futur révèlent qu’elle pourrait être remplacée par la demande d’un changement de gouvernement dès l’adoption d’une nouvelle loi électorale pour qu’une équipe neutre puisse organiser les législatives. D’autant que Mikati lui-même a posé récemment l’équation suivante : une nouvelle loi électorale contre la démission de son gouvernement. Mais on n’en est pas encore là.
Pour l’instant, on peut s’étendre longuement sur les erreurs commises par le courant du Futur au cours de l’année écoulée et qui lui ont fait perdre une partie de sa crédibilité sur le plan interne et sur le plan externe. Mais le pire reste son appréciation erronée de la situation en Syrie. Le courant du Futur a, en effet, totalement appuyé l’opposition syrienne, affichant une position extrême et ne mesurant pas l’importance des groupes islamistes au sein de cette opposition ainsi que le danger qu’ils pourraient représenter pour la communauté internationale et pour le Liban. On se souvient de la fameuse déclaration de Saad Hariri dans laquelle il annonçait son retour au Liban via l’aéroport de Damas. Or, presque deux ans après le déclenchement de la rébellion en Syrie, les combats se poursuivent et le régime, qui a certes perdu du terrain, voire des régions, est encore présent, avec son appareil d’État et ses moyens, alors que les puissances concernées sont à la recherche d’un compromis.
Plus grave encore – et ce sont les médias occidentaux qui le disent –, il y a une sorte de désamour entre la population syrienne et l’opposition. Celle-ci ne réussit pas vraiment à s’imposer comme une alternative au régime, ni d’ailleurs à s’unifier autour d’un projet précis, alors que le régime est en train de bénéficier d’une conjoncture plus favorable, surtout depuis que certains pays du Golfe ont commencé à vouloir renouer le contact avec lui. C’est notamment le cas du Koweït, des Émirats, mais aussi de l’Arabie qui a envoyé récemment des officiers du renseignement rencontrer des officiers syriens en Jordanie. Il ne s’agit pas d’un changement radical, mais d’une amorce, qui pourrait d’ailleurs ne pas aboutir. Selon les observateurs, elle va en tout cas dans le sens de la nouvelle attitude saoudienne à l’égard du Premier ministre Nagib Mikati, qui montre que l’Arabie saoudite a décidé de ne plus considérer le courant du Futur comme le seul représentant de la communauté sunnite au Liban. Cette visite de Mikati à Riyad a permis aux Saoudiens d’ouvrir une nouvelle page dans leurs relations avec le Liban.
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Merci ma'ame Scarlett pour votre précieuse analyse! Il y a des signes qui ne trompent pas n'est-ce pas. Y a lachage et/ou mise au frais, oui car le couple sakr-hariri (on leur souhaite longue vie heureuse et beaucoup d'enfants genre abou brahim et an-nousra), n'est plus très fréquentable dans les palais où la discrétion est la règle d'or, depuis qu'ils ont été surpris, forniquant dans l'affaire de fourniture d'armes et de terroristes en Syrie.. Nuls et grillés donc, il fallait pas se faire magnéto-enregistrer pendant et les délicieux moments intimes durant la lune de miel en Turquie. Alors de là, on ne peut plus tourner le dos à ce sunnite au pouvoir qui, en fin compte, est modéré, riche, beau et sait diriger la caravane sans perdre la boussole, à pas de chameau, tranquillement malgré les "tempêtes de sable du désert" ce qui, pour un chamelier aguerri saoudien est une insigne valeur... mais bon, si seulement il se faisait pousser une barbichette...
05 h 58, le 24 janvier 2013