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Hommage à Camille Aboussouan

Lynn TÉHINI
Cher Camille ou plutôt devrais-je dire « excellence », comme j’avais pour habitude de t’appeler – tout en te tutoyant – pour te témoigner de ma grande considération, non seulement due aux soixante années qui nous séparaient, mais également au respect que tu imposais à tous ceux qui croisaient ton chemin. Je t’écris depuis mes profondeurs beyrouthines, d’ici, de ces contrées libanaises que tu aimais tant et dans lesquelles tu ne pouvais retourner ces dernières années.
Je me souviens de nos rencontres dominicales dans le capharnaüm de ton appartement parisien, « le grenier » comme tu l’appelais. Nous étions une poignée de fidèles, passionnés d’art, épris d’histoire et férus de culture à t’écouter parler, captiver ton auditoire des heures durant, l’œil extrêmement vif et pénétrant, l’intelligence toujours en alerte, sans jamais te répéter. Chacune de tes phrases portait en elle un segment du monde ou un épisode de la vie.
« Excellence », que pourrais-je écrire sur cette riche existence diplomatique qui fut la tienne et ces fonctions que tu as si bien remplies ? Devrais-je parler de la vie culturelle et de ton inestimable contribution tant au Liban qu’en France ? Devrais-je mentionner tes multiples écrits ? Devrais-je citer ton rôle auprès de l’Unesco et le nombre d’années consacrées à y porter haut le nom de notre pays ? Devrais-je rappeler, au-delà de ton parcours exemplaire, tes grandes qualités humaines et humanistes ainsi que la ferveur avec laquelle tu t’attachais à soutenir et promouvoir artistes et intellectuels de tous bords ? Devrais-je parler de nos discussions qui me plongeaient dans un état d’ivresse intellectuelle ; et comment aurait-il pu en être autrement puisque dans la fougue de ma jeunesse tu parvenais à me faire rêver d’un Liban à la culture vaste et aux convictions justes et inébranlables. Devrais-je évoquer la fierté qui était la mienne lorsque tu me demandais mon avis sur les extraits de ton dernier et superbe ouvrage intitulé De la montagne du Liban à la Bastide Royale de Fleurance ? Un testament qui revêt, au-delà du témoignage de ce que la francophonie a apporté aux fondements de notre culture, un intérêt « civilisationnel », comme le souligne si bien Jean Lacouture dans sa préface.
« Excellence », tout ce que je pourrais dire ou écrire ne réussira jamais à refléter l’immense honneur que je ressens d’avoir, un jour, croisé ta route. Les hommes exceptionnels acquièrent, par leur mérite, l’immortalité, au-delà même du monde abstrait des souvenirs. Tu fais incontestablement partie de ceux-là.

Lynn TÉHINI
Cher Camille ou plutôt devrais-je dire « excellence », comme j’avais pour habitude de t’appeler – tout en te tutoyant – pour te témoigner de ma grande considération, non seulement due aux soixante années qui nous séparaient, mais également au respect que tu imposais à tous ceux qui croisaient ton chemin. Je t’écris depuis mes profondeurs beyrouthines, d’ici, de ces contrées libanaises que tu aimais tant et dans lesquelles tu ne pouvais retourner ces dernières années.Je me souviens de nos rencontres dominicales dans le capharnaüm de ton appartement parisien, « le grenier » comme tu l’appelais. Nous étions une poignée de fidèles, passionnés d’art, épris d’histoire et férus de culture à t’écouter parler, captiver ton auditoire des heures durant, l’œil extrêmement vif et pénétrant,...