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« Hollande a pris une bonne décision, mais il ne faut pas qu’il finisse comme le capitaine Achab dans Moby Dick »

Un retour de puissance risqué...

OLJ
21/01/2013
Guerre en Libye contre un dictateur honni, guerre au Mali actée en 24 heures « pour que le terrorisme soit vaincu » : de droite ou de gauche, la France, dite en déclin, a montré ces deux dernières années du ressort sur le plan mondial, mais son volontarisme risque de tourner à l’aventurisme, selon des experts.
« C’est un retour de puissance comme il y a des retours d’âge », ironise Bertrand Badie, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et auteur de La Diplomatie de connivence, en déplorant la guerre engagée au Sahel, qualifiée « de grave erreur » et que la France va, selon lui, « payer très cher ».
Si Paris, un des piliers de la « Vieille Europe » raillée il y a quelques années par l’ex-secrétaire à la Défense américain Donald Rumsfeld, a fait bouger les lignes sur les théâtres libyen et malien, les experts relativisent l’idée d’une nouvelle position mondiale, qui serait appelée à se répéter pour pallier la passivité de l’Amérique de Barack Obama. Au Mali, « la motivation de la France est très classique et dans la lignée de la Françafrique », commente Philippe Moreau-Defarges de l’Institut français des relations internationales (IFRI), allusion au pré carré de l’ex-État colonial en Afrique noire francophone, géré par à-coups militaires et réseaux d’influence. Avec l’emprise grandissante de la Chine, « cette partie du monde est en train d’échapper à la France, et il fallait rester présent dans cette région », ajoute l’expert. « On était sur le déclin » dans cette zone, précise-t-il.
Au cours des dernières décennies, le pays des droits de l’homme avait plutôt habitué ses partenaires étrangers à du suivisme américain lors de grosses interventions militaires hors missions de l’ONU ou en appui de son action, avec notamment la guerre du Golfe en 1991 et celle d’Afghanistan en 2003. « Il y avait une sorte d’automatisme à suivre les États-Unis », convient Bertrand Badie.

Sables mouvants
Aujourd’hui, la France en est à 2 000 militaires au Mali, mais jusqu’à 4 000 pourraient être rapidement mobilisés pour l’opération, selon Paris, qui n’a pas eu jusqu’à présent de soutien de ses alliés en combattants ou avions d’attaque.
L’Europe est en panne d’unité et de volonté politique, arc-boutée sur des intérêts de plus en plus particuliers en temps de crise économique. « La France espère un relais africain et européen, mais les Européens sont très lâches », déplore Philippe Moreau-Defarges. « Il y a une défiance européenne à l’égard de l’interventionnisme », confirme Bertrand Badie.
Le président François Hollande a outrepassé l’UE pour l’aventure malienne, en brandissant l’étendard de la lutte antiterroriste qui a aussitôt entraîné l’assentiment d’une grande partie de la communauté internationale. Mais sans la faire bouger à la hauteur de son approbation verbale. Entrée dans sa seconde semaine de guerre, la France se fait de plus en plus insistante pour voir entrer en action « le plus vite possible » la force africaine prévue par l’ONU, en n’assurant n’avoir « pas vocation » à rester indéfiniment au Mali.
La déstabilisation en Afrique de l’Ouest « est un dossier difficile dont il aurait fallu débattre », relève Bertrand Badie. Ce n’est pas une guerre contre « une bande de terroristes », c’est une intervention « dans un immense espace en rupture ». Il s’agit « de sociétés guerrières qui ont besoin de la guerre pour s’alimenter », juge-t-il. La guerre française « ne va pas mettre fin » au terrorisme, à la pose de bombes ou aux prises d’otages, insiste-t-il, en évoquant « un espace social profondément malade » dont l’Occident s’est désintéressé « depuis plus de 50 ans ». Avec les « mêmes causes », terrorisme et islamisme radical, les États-Unis ont échoué en Somalie avec l’opération de 1993 « Restore Hope » (redonner espoir). Dans le Sahel et ses sables mouvants, « on retrouve le scénario à la somalo-afghane », met en garde Bertrand Badie.

(Source : AFP)

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