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Antoine Tabet, un précurseur modeste et à l’écoute de son prochain

Hommage
Michel EDDÉ | OLJ
17/01/2013

J’ai eu dans ma vie des relations sociales et professionnelles avec un certain nombre de personnes honorables, avec qui je me suis aussi lié d’amitié. Deux d’entre elles m’ont particulièrement marqué. Ce sont Pierre Hélou et Antoine Tabet. Pierre était pour moi plus qu’un frère. Tout le monde au Liban l’a connu et admiré. Son charisme, son dévouement à la chose publique et sa générosité étaient sans limites. Cette année 2013 coïncide avec le dixième anniversaire de son départ qui ne sera jamais comblé.


Antoine et moi étions aussi extrêmement proches. Pendant plus de trente ans nous avons vécu et travaillé ensemble presque sans interruption et nos deux familles étaient devenues une seule et même famille.


Antoine est né en 1921 au Sénégal où son père originaire de Deir el-Qamar avait émigré. Orphelin à 8 ans, il avait dû interrompre ses études à 14 ans pour commencer à travailler. Incorporé dans l’armée française, il avait fait la guerre pendant près de cinq ans et c’est en partance avec l’armée pour l’Indochine en 1945 qu’il avait débarqué à Beyrouth et qu’il avait eu son premier contact avec son pays d’origine, ce qui lui avait laissé une profonde impression.


Après avoir été démobilisé, il s’était lancé dans les affaires et en quelques années il avait brillamment réussi dans le domaine des transports routiers et son entreprise était devenue une des premières de l’Afrique de l’Ouest.


Au cours d’un voyage au Liban, il avait fait la connaissance d’une cousine éloignée, Nouhad Tabet, qu’il a épousée en 1962. Dès 1965, après que les pays d’Afrique Occidentale et Équatoriale eurent obtenu leur indépendance, les dirigeants de la plupart de ces pays, avec lesquels il avait de solides relations d’amitié depuis l’époque de la colonisation, lui avaient demandé de coopérer en vue de développer leurs infrastructures qui étaient encore insuffisantes. Ses liens étaient particulièrement étroits avec les présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Denis Sassou-Nguesso, lequel s’est fait représenter à ses funérailles par son représentant personnel.


En quelques dizaines d’années, Antoine avait contribué à doter plusieurs de ces pays, avec le concours de sociétés françaises, autrichiennes, anglaises, suédoises, allemandes et américaines, de raffineries, d’usines de toutes sortes, de moyens de transport, de routes, d’électricité et d’autres infrastructures.


Malgré tous les succès qu’il a accumulés dans ses affaires, et la position dominante qu’il a occupée dans plusieurs pays d’Afrique, Antoine est resté d’une modestie sans pareille.


Mais ce que je retiens tout d’abord, c’est son attachement à la fois à son pays d’origine le Liban, dont il a gardé la nationalité, à son pays natal le Sénégal et à son pays d’adoption le Congo.


À l’heure où nous nous activons en vue de resserrer les liens entre le Liban et les chrétiens de la diaspora, grâce à la « Fondation maronite dans le monde », créée par le patriarcat maronite, nous souhaitons et nous agissons, afin que ces chrétiens gardent leur nationalité libanaise et la transmettent à leurs enfants, en les enregistrant dans les registres d’état civil libanais, tout en gardant leur nationalité d’adoption. Antoine était dans ce domaine un précurseur et un exemple pour tous.


Par ailleurs, je me dois de souligner un trait du caractère d’Antoine que seule sa proche famille connaît. L’amour de son prochain était ce qui a surtout distingué Antoine. Tout au long de sa vie, il n’a cessé de consacrer des sommes énormes, pour ne pas dire incalculables, pour aider les gens dans le besoin, qu’il ne connaissait souvent pas, tant au Liban que dans la plupart des pays d’Afrique.


Le Christ, dans l’Évangile selon saint Matthieu, avait dit aux sadducéens :
« Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. C’est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes ».


Antoine était un chrétien.


Paix à son âme.

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