Beate Gordon a été amenée à co-rédiger en 1946 la Constitution japonaise au sortir de la Seconde guerre mondiale guerre. Crédit photo : "The Sirota Family and the 20th Century" at Japan Society, NYC
Beate Sirota Gordon est peu connue en Occident. Et pourtant, celle qui s’est éteinte le 30 décembre 2012 à 89 ans à New York, emportée par un cancer, est à l’origine de l’introduction du principe d’égalité entre les sexes dans la Constitution japonaise. Une révolution alors.
De parents juifs russes, Beate Sirota Gordon a été amenée, alors qu'elle n'avait que 22 ans, à co-rédiger, en 1946, une Constitution pour le Japon au sortir de la Seconde guerre mondiale. Discrète, cette Américaine gardera longtemps le silence sur sa contribution majeure au droit des femmes dans la Constitution nippone, rappellent le New York Times et la chaîne française d’infos en continu France 24.
Née en 1923 à Vienne, en Autriche, Beate Gordon a 5 ans lorsqu’elle débarque, avec ses parents, au Japon, un pays où elle passera dix années. Son père, pianiste, a en effet décroché un poste à l'Académie impériale de Tokyo. A 16 ans, elle est admise à l’Université de Mills, en Californie. En décembre 1941, alors que les Japonais attaquent Pearl Harbor, elle perd tout contact avec ses parents restés dans l’archipel. Elle ne les retrouvera que quatre ans plus tard à la fin de la guerre, épuisés, dans la campagne japonaise.
La jeune femme, qui parle l'anglais, le français, le russe, l'allemand, l'espagnol et le japonais, a en effet réussi à rejoindre le Japon en décrochant un poste d’interprète auprès du commandant des forces alliées, le général MacArthur. Elle est rapidement intégrée par ce dernier au comité de rédaction de la Constitution, constitué uniquement d’hommes, qui avaient la lourde tâche d’écrire le texte en une semaine.
Pour pouvoir contribuer à la rédaction de la Constitution, Mme Gordon se rend dans toutes les bibliothèques de Tokyo, emprunte des copies de Constitutions de différents pays et s'y plonge.
Le grand apport de Beate Gordon à la Constitution japonaise, consiste en l'introduction, dans une société foncièrement patriarcale, de dispositions sur l’égalité entre les sexes, et du rejet de tout discrimination dans les relations politiques, économiques ou sociales. C’est également à elle que les Japonaises doivent "l’égalité des droits entre mari et femme, notamment sur les questions d’héritage", souligne France 24.
"Elle a jeté les fondements d’une société meilleure et plus égalitaire", déclare au New York Times Carol Gluck, professeur d’histoire japonaise à l’Université de Columbia. "En écrivant simplement ces choses dans la Constitution, qui n’existent pas d’ailleurs dans la nôtre, Beate Gordon est intervenue à un moment critique de l’histoire du Japon. Quelle jeune fille de 22 ans est appelée à rédiger une Constitution ?", s’interroge Mme Gluck.
"Les femmes japonaises étaient traitées comme du bétail, elles étaient des propriétés à acheter ou à vendre sur le tas", avait déclaré Mme Gordon au Dallas Morning en 1999, rappelle le New York Times. "Les femmes n’avaient aucun droit, quel qu’il soit", disait-elle encore.
Après l'adoption de la Constitution japonaise, en 1947, Mme Gordon s’éclipse et se consacre à l’art asiatique, introduisant de nombreux artistes asiatiques aux États-Unis et au Canada.
Ce n'est que dans les années 80, avec la publication de ses mémoires "La seule femme dans la pièce", d'abord en japonais en 1995, puis en anglais deux ans plus tard, que Beate Sirota Gordon évoquera son rôle dans la rédaction de la Constitution japonaise. A partir de là, l'américaine reprendra activement sa lutte pour les droits des femmes dans le monde et deviendra une icône pour nombre de Japonaises.
"Elles veulent tout le temps être prises en photo avec moi, elles veulent tout le temps me saluer, elles me disent tout le temps qu’elles me sont redevables", affirmait Mme Gordon à la chaîne ABC en 1999 dans l'une de ses rares interviews. Beate Sirota Gordon était la seule survivante du comité américain de rédaction de la Constitution japonaise.
De parents juifs russes, Beate Sirota Gordon a été amenée, alors qu'elle n'avait que 22 ans, à co-rédiger, en 1946, une Constitution pour le Japon au sortir de la Seconde guerre mondiale. Discrète, cette Américaine gardera longtemps le silence sur sa contribution majeure au droit des femmes dans la Constitution nippone, rappellent le New York Times et la chaîne française d’infos en continu France 24.
Née en 1923 à Vienne, en Autriche, Beate Gordon a 5 ans lorsqu’elle débarque, avec ses parents, au Japon, un pays où elle...

