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Liban - En Dents De Scie

Flying Cocotte

Cinquante-deuxième semaine de 2012.
Il est cruel, Imad Kozem.
Cet homme vient de réunir ses souvenirs des années beyrouthines chimériques et fabuleuses (1950-1975) dans Pure Nostalgia aux éditions GraphiShop. Un ticket pour un concert de Dalida à 25 LL au Piccadilly. Les cascades du Summerland. Des litres de gin tonic et un peu de sang sous les narines à l’Acapulco. Tom Jones au Blow Up – Antonioni aurait adoré. Casper le fantôme le soir sur Télé-Liban, juste avant Abou Salim. Le backgammon au Coral Beach. L’insensé Tramps. Le Concorde 002 qui atterrit sur le tarmac de ce qui est loin encore d’être l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. La plage du Saint-Simon.
C’est sublime, la nostalgie, mais c’est terriblement cruel. Pire : la cracher, somptueux opium/venin, aux yeux d’un peuple noyé dans les crises tous azimuts (politique, économique, sociale, sociétale, etc.), c’est dangereux. L’impossibilité très tragédie grecque de ce terrible On ne peut pas être et avoir été est anxiogène, étouffante, stérilisante et castratrice. Dépressive. C’est subversif aussi. Schizophrène. Entre le régressif et le réactionnaire, parfois, il n’y a qu’un pas, que le nostalgique franchit à la vitesse du son. C’est gentiment criminel, enfin, un tel volume de nostalgie quand tout va mal : écœurés par un landernau politique, tout entier ou presque, vautré dans l’incompétence ; conscients qu’il faudra des décennies pour que la société civile libanaise réussisse éventuellement à changer, un minimum, les mentalités, et affolés par le manque d’opportunités financières et de challenges intellectuels dans ce Liban mille fois maudit, les Libanais se précipitent encore plus en masse vers les guichets visas des ambassades.
Infiniment cruelle, cette Pure Nostalgia, mais, bizarrerie encore plus cruelle, elle reste, jusqu’à ce jour, le seul remède contre un désenchantement de plus en plus putride, le seul espoir qu’un jour, au Liban, on aura/fera mieux, plus haut, plus loin, plus fort, plus glam et surtout plus smart qu’entre 1950 et 1975. Qu’un jour, les capacités d’affronter une crise économique mondiale seront optimisées. Qu’un jour, il y aura un véritable État, débarrassé du vampirisme sangsue et milicien d’un Hezbollah, par exemple. Qu’un jour, il n’y aura plus de ministre des Affaires étrangères inféodé au gang Assad ou aux ayatollahs perses. Qu’un jour, il y aura à la fois de quoi extraire et exploiter le pétrole et... des idées. Qu’un jour, il y aura un réel, un énergique, un indiscutable ministère du Tourisme. Qu’un jour, il y aura des touristes à la Saint-Sylvestre. Comme avant. Mieux qu’avant.
C’est d’une cruauté indicible, la nostalgie. Le gâchis. Et ce concept, atroce, que les Anglo-Saxons résument très efficacement en trois mots : le could have been.
Bonne année 2013, quand même. Bien sûr.
Cinquante-deuxième semaine de 2012.Il est cruel, Imad Kozem. Cet homme vient de réunir ses souvenirs des années beyrouthines chimériques et fabuleuses (1950-1975) dans Pure Nostalgia aux éditions GraphiShop. Un ticket pour un concert de Dalida à 25 LL au Piccadilly. Les cascades du Summerland. Des litres de gin tonic et un peu de sang sous les narines à l’Acapulco. Tom Jones au Blow Up – Antonioni aurait adoré. Casper le fantôme le soir sur Télé-Liban, juste avant Abou Salim. Le backgammon au Coral Beach. L’insensé Tramps. Le Concorde 002 qui atterrit sur le tarmac de ce qui est loin encore d’être l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. La plage du Saint-Simon.C’est sublime, la nostalgie, mais c’est terriblement cruel. Pire : la cracher, somptueux opium/venin, aux yeux d’un peuple noyé dans les...
commentaires (1)

De la plage du Saint-Simon au vampirisme actuel de ces belles plages le Liban vit en effet un cauchemar des miliciens plus forts que l ' Etat . Triste Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

09 h 24, le 29 décembre 2012

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Commentaires (1)

  • De la plage du Saint-Simon au vampirisme actuel de ces belles plages le Liban vit en effet un cauchemar des miliciens plus forts que l ' Etat . Triste Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    09 h 24, le 29 décembre 2012

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