Moyen Orient et Monde

La tuerie de Newtown a libéré et transformé Obama

États-Unis Le massacre commis par Adam Lanza a relancé le débat sur le contrôle des armes, la NRA et la violence des jeux vidéo.
OLJ
21/12/2012
Barack Obama donne l’image d’un homme transformé depuis la tuerie de Newtown, désormais déterminé à faire valoir son point de vue aussi bien sur le contrôle des armes à feu que sur la réduction du déficit budgétaire quitte à bousculer ses adversaires conservateurs. Bouleversé par la mort de 20 enfants tués vendredi à Sandy Hook, une école primaire du Connecticut, le président américain laisse entendre que cette tuerie a modifié sa vision du monde. Et il ne comprend pas qu’il n’en soit pas de même pour les autres.
« Bon sang, si la semaine écoulée a pu servir à quelque chose, c’est à nous donner un peu de recul », a-t-il dit mercredi au cours d’une conférence de presse organisée le jour même où il a été désigné « personnalité de l’année » par le magazine Time. D’après la Maison-Blanche, cette conférence de presse devait servir à amorcer un plan de lutte contre la violence après la tuerie de Newtown. Devant les journalistes, Barack Obama a aussi évoqué le lobby des armes à feu, les négociations sur le « mur budgétaire », la scène politique américaine et les difficultés du Parti républicain avec sa frange conservatrice du Tea Party. Le ton était nettement moins consensuel que le 14 novembre, lors de sa première conférence de presse après sa victoire contre Mitt Romney à l’élection présidentielle huit jours plus tôt.
Barack Obama a ainsi donné l’image d’un président libéré de toute contrainte électorale, puisque ce deuxième mandat sera son dernier, soucieux avant tout de son héritage. Mercredi, il a chargé une commission dirigée par son vice-président Joe Biden de lui remettre d’ici à un mois des recommandations concrètes et il s’est engagé à les soumettre ensuite rapidement (dès janvier) au Congrès. « Ce n’est pas une commission de plus à Washington. Ce ne sont pas des personnes qui vont réfléchir à une question pendant six mois et publier un rapport qui sera lu avant d’être rangé dans un tiroir. C’est une équipe qui a une mission très précise consistant à élaborer dès maintenant de véritables réformes », a-t-il dit.
En quatre ans à la Maison-Blanche, Barack Obama ne s’est guère attaqué à la culture des armes à feu aux États-Unis. Les responsables américains sont généralement réticents à aborder la question en raison notamment de la puissance du lobby pro-armes, la National Rifle Association (NRA). Le président démocrate semble toutefois déceler les signes d’un retournement de l’opinion américaine après la tuerie de Newtown. Il a clairement placé cette question parmi les priorités de son second mandat. Et quand un journaliste lui a demandé mercredi « Où avez-vous été » jusqu’à présent sur le sujet, Barack Obama lui a lancé un regard noir du haut de son pupitre avant de répondre : « J’ai été le président des États-Unis confronté à la pire crise économique depuis la Grande Dépression, à une industrie automobile au bord de l’effondrement, à deux guerres. Je n’ai pas l’impression d’avoir été en vacances. »
La tuerie du Connecticut « devrait constituer une alerte pour nous tous », a-t-il toutefois ajouté. Le président américain n’a pas mâché ses mots non plus à l’égard de la NRA. « La NRA est une organisation qui a pour membres des mères et des pères dont je m’attends à ce qu’ils aient été touchés par tout ça, eux aussi, a jugé Barack Obama. Et j’espère qu’ils se lanceront dans une forme d’introspection. »

Quatre jours...
La NRA, un temps incarné par l’acteur Charlton Heston, se retrouve ainsi à nouveau dans le collimateur des militants qui luttent contre les armes, une situation qu’il a l’habitude de gérer mais qui s’avère délicate après le choc de la fusillade de Newtown. En effet, à chaque fusillade meurtrière qui endeuille l’Amérique, les regards se tournent vers la National Rifle Association, cette association de quatre millions de membres qui personnifie à elle seule le 2e amendement de la Constitution et le droit pour les Américains de porter des armes. Mais il a fallu cette fois-ci quatre jours pour que l’association, restée silencieuse après la fusillade de l’école Sandy Hook (26 morts, dont 20 enfants), publie un bref communiqué en s’annonçant « prête à proposer sa contribution pour aider à ce que ceci n’arrive plus jamais ». Et elle a annoncé une conférence de presse, très attendue, pour aujourd’hui à Washington. Pour ceux qui veulent une réglementation plus stricte sur les armes, la NRA est surtout considérée comme le plus puissant groupe de pression à travailler dans les couloirs du Congrès à Washington et dans les États. Elle a ainsi réussi à bloquer à peu près toute initiative tendant à réglementer l’usage des armes et aidé à faire passer, au cours de ces 30 dernières années, de trois à 41 le nombre d’États ayant des lois plus souples sur les armes et à 25 le nombre de ceux qui absolvent un meurtrier en cas de légitime défense. Mais il va bien falloir qu’elle modère ses positions si elle veut survivre, ajoute Douglas Kellner, de l’université de Californie, car « même les plus fervents amateurs d’armes pensent que la situation dégénère ».

Dynasty Warriors
La tuerie de Newtown a également relancé les discussions sur les difficultés grandissantes d’accéder aux soins psychiatriques aux États-Unis en raison du manque de ressources publiques et des lois qui rendent très difficile de traiter un malade mental contre son gré. Mais encore et surtout, elle a relancé le débat sur la violence des jeux vidéo et leur impact sur la psychologie des tueurs. « Il doit bien y avoir un rapport direct chez les gens mentalement instables qui à un moment donné basculent, s’évadent, deviennent un personnage de ces jeux vidéo », a fait valoir sur CNN John Hickenlooper, le gouverneur du Colorado. Cet État de l’ouest américain avait été frappé en juillet par le massacre de 12 personnes, tuées dans un cinéma, en pleine projection du dernier Batman.
La fusillade survenue vendredi à Newtown, dans le Connecticut, est « une piqûre de rappel » soulignant la nécessité de légiférer, estime pour sa part le sénateur Jay Rockfeller. Il a présenté mercredi au Congrès un projet de loi qui, s’il est adopté, chargera l’Académie nationale des sciences d’étudier les liens entre les jeux vidéo violents et la violence dans la société américaine. Adam Lanza, le jeune homme de 20 ans responsable de la tuerie à Newtown, jouait, selon des médias américains, fréquemment aux jeux vidéo, notamment la saga Dynasty Warriors. L’État de Californie avait interdit la vente de jeux vidéo violents aux mineurs, mais la Cour suprême des États-Unis avait rendu caduque cette disposition en juin 2011, estimant qu’elle allait à l’encontre de la liberté d’expression, garantie par la Constitution américaine. Nombre d’experts et de développeurs de jeux vidéo soutiennent que les preuves manquent pour démontrer avec certitude un impact néfaste de leurs produits. Mais pour Brad Bushman, professeur de psychologie à l’Université d’Ohio et coauteur d’une étude publiée le mois dernier, il est clair que plus un joueur passe du temps devant ce type de jeux, plus il adopte un comportement agressif. Et un jeu vidéo peut avoir plus d’effet qu’un film car, en jouant, « vous n’êtes pas simplement assis sur un canapé, vous êtes pleinement impliqué, note-t-il. Et on apprend bien plus quand on est impliqué ».
(Source : agences)

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Jaber Kamel

obama style transformé en quoi?? ses drones tuent encore plus d'enfants que adam lanza, au fait qui est adam lanza au juste ?? juste pour savoir, si ça avait été un muslim , on en serait encore à parler de lui et ce jusqu'à la 7eme génération.

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