La seconde semaine du dix-huitième sommet du changement climatique (COP 18) a commencé hier à Doha, un jour avant l’arrivée des ministres et de quelques chefs d’État dont le nombre n’a pas été précisé. La première semaine a été, selon des sources concordantes, assez peu productive en matière de négociations. Des divergences importantes continuent d’opposer les pays en développement et les pays développés sur plusieurs points, notamment le financement de l’adaptation au changement climatique.
À ce propos, une nouveauté est à noter dans le paysage : une nouvelle revendication avancée par les pays en développement, le groupe appelé G77, en vue d’un financement de 60 milliards de dollars pour le Fonds sur le climat, comme nous l’a confirmé Liz Gallagher, de l’association E3G, membre de la coalition Climate Alliance Network (CAN). À titre de rappel, le Fonds pour le climat, lancé il y a deux ans lors du sommet de Cancun (Mexique), devrait être renfloué d’une somme de trente milliards de dollars fournie par les pays développés pour aider les pays en développement à l’adaptation au changement climatique. L’objectif de ce financement climatique est d’atteindre la somme de 100 milliards de dollars en 2020.
Or les premiers 30 milliards de dollars promis n’ont pas encore été versés et le flou le plus total continue d’entourer cette affaire du financement climatique. Une des questions les plus communément posées est la suivante : si 30 milliards de dollars sont promis en 2012 et 100 milliards en 2020, qu’est-ce qui se passera entre les deux dates ? D’où la récente revendication du G77.
De telles divergences risquent de miner le très fragile cours des discussions sur le processus de coopération à long terme, qui devrait être finalisé au cours de l’actuel sommet et qui jettera les bases des discussions autour de l’accord contraignant qui devrait être finalisé d’ici à 2015 (des discussions qui ont commencé à Doha). Un texte présenté dans le cadre de ces négociations vient de soulever les protestations des pays en développement, qui estiment qu’il a été vidé de son sens par certains pays développés : aucune mention de l’adaptation, du financement climatique...
Bref, selon les observateurs avertis, les négociations ont atteint ce point si familier où chacun fait monter les enchères, où les inquiétudes sont à leur comble, probablement juste avant les compromis. Liz Gallagher, dont l’organisation (CAN) a tenu une conférence de presse pour faire le point, n’est pas exactement pessimiste. « Il ne faut pas attendre de Doha des réalisations extraordinaires comme à Durban, dit-elle. Mais un compromis sera possible pour permettre aux négociations d’aller de l’avant jusqu’à 2015, date à laquelle un nouvel accord serait adopté (à être appliqué dès 2020). »
Kyoto en marche
Malgré tous ces bruits qui courent, Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies pour le changement climatique (UNFCCC), et Abdallah ben Hamad al-Attyah, président du COP, ont transmis, lors d’une conférence de presse commune, des signaux positifs à propos de la progression des pourparlers. Mme Figueres a qualifié la première semaine de « très productive », annonçant que des brouillons de textes ont été préparés dans le courant des négociations sur la prorogation du protocole de Kyoto et des nouvelles négociations sur le futur accord qui sera finalisé en 2015. Le président du COP s’est pour sa part déclaré « très optimiste » sur le fait que ce congrès aboutira à des conclusions importantes.
Rappelons que le protocole de Kyoto, seul accord contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, expire fin décembre et devrait être prorogé de cinq ou huit ans, et ce bien qu’il ne couvre qu’environ 15 % des émissions mondiales (beaucoup de grands émetteurs n’y sont pas affiliés). Selon des sources concordantes, le processus de prorogation n’est pas en danger, les pourparlers se concentrent désormais surtout sur des détails comme la durée de prorogation (5 ou 8 ans).
Un engagement du Qatar ?
Par ailleurs, des rumeurs sur des négociations secrètes derrière des portes fermées, menées par la présidence du COP, commencent à s’ébruiter. Au cours de sa conférence de presse, al-Attya a catégoriquement nié toute négociation « derrière des portes closes », revendiquant, en plus de mots qu’il ne faut pour le dire, « une transparence totale ». Mais des sources interrogées au sein du COP assurent qu’une « surprise » promise par la délégation qatarie lors d’une conférence de presse portera sur un engagement précis concernant des mesures de réduction des gaz à effet de serre – rappelons que ce pays pétrolier est le champion mondial en matière d’émissions par tête d’habitant. Ces sources de la société civile espèrent que cet engagement aura bien lieu et qu’il résultera en un effet domino auprès des autres pays arabes.
Par ailleurs, selon CAN, il faudra s’attendre à de nombreux engagements des pays dans les deux jours à venir, ce qui aurait un impact positif sur les négociations.

