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Au nord de Beyrouth, Wadi el-Salib, un coin de paradis réhabilité

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Anne ILCINKAS | olj.com
03/12/2012

A 30 minutes de Beyrouth, dans le Kesrouan, la vallée de la Croix (Wadi el-Salib) abandonnée par les hommes depuis 70 ans.

 

C’est une vallée sauvage, aux flancs escarpés, au fond de laquelle coule le Nahr el-Salib. Sur les berges de la rivière, 48 maisons, trois moulins, une église et une chapelle, datant du XVIIIe siècle. Un pont ottoman en pierre relie les deux rives, ainsi qu’une passerelle en bois. Le dernier habitant, un meunier dont le moulin à eau tournait encore, a quitté les lieux il y a plus de 70 ans, lorsque la route reliant Zouk Mosbeh à Ouyoun el-Simane a été ouverte, apportant avec elle électricité et eau courante. Les habitants de la vallée sont donc partis s’installer en hauteur, dans les villages actuels de Kleiate et Kfardebian. Rapidement, la nature a repris ses droits dans la vallée de la Croix. Le temps a fait le reste.

 

Il y a huit ans, un projet a néanmoins été mis en place pour redonner vie au village abandonné. Un projet visant aussi à promouvoir l'écotourisme dans le Kesrouan, à lutter contre l’exode rural et à préserver le patrimoine bâti et culturel de la région.

Aujourd’hui, après avoir surmonté maintes difficultés, trois maisons du village sont entièrement restaurées, ainsi que le pont en pierre et la passerelle en bois. Onze kilomètres de sentiers ont été défrichés, des chemins qui relient de nouveau la vallée aux villages environnants, Kleiate, Kfardebian, Reyfoun, Mayrouba et Daraya. Et une maison traditionnelle a été restaurée, et inaugurée le 6 novembre dernier à Reyfoun pour accueillir un office de tourisme local, afin de promouvoir la vallée et les itinéraires de randonnée.

 

« C’est un rêve. Au début, personne n'y croyait. Il fallait insister pour que les gens mettent les pieds dans la vallée. Mais une fois qu’ils y sont, la magie opère », se réjouit Charbel Sfeir, cofondateur du projet et membre de l’association Développement, patrimoine et culture, qui gère le projet sur le terrain. Originaire du village avoisinant de Daraya, l’homme avait l’habitude, enfant, de se promener dans Wadi el-Salib. Au printemps prochain, le public pourra parcourir des chemins de randonnée sécurisés, et se reposer dans les trois maisons restaurées, transformées en gîtes.

 

Derrière ce projet se trouvent également l'Union européenne et le gouvernement libanais qui, en 2004, ont signé un accord pour la mise en œuvre d’un programme d’appui au développement local et à la décentralisation. Le Bureau du ministre d’État pour la réforme administrative (OMSAR) est chargé de la mise en place du programme. Douze regroupements de municipalités sont choisis sur le territoire, dont celui du Kesrouan-Ftouh, qui regroupe 21 municipalités, et qui est dirigé par la municipalité de Reyfoun.

« Au début, les réunions se faisaient à grande échelle. Plus d’une centaine de personnes y participaient, des personnes issues des municipalités et de la société civile », se souvient Charbel Sfeir. Plusieurs projets ont été proposés, la création d’un bureau de développement local, la construction d’une pépinière d’entreprises ou encore la structuration des filières de production de pommes.

Finalement, après études de faisabilité, c’est le projet de valorisation touristique de Wadi el-Salib qui a été retenu par le regroupement des municipalités, « notamment parce qu’on a eu l’accord de l’Église maronite qui est propriétaire d’une grande partie des terrains », rapporte Charbel Sfeir.

 

Pour réaliser le projet, l’Union européenne donnera 624.000 euros (plus de 800.000 dollars). « C’était un grand projet, explique Maciej Madalinski, chef de la section développement durable de la délégation de l’Union européenne au Liban, lourd à porter pour le regroupement des communes, qui n’y sont pas habituées. Il a fallu par deux fois étendre la durée du contrat. Mais finalement, le regroupement, emmené par Reyfoun, a accompli un travail colossal et le projet a réussi. Il y a eu une bonne participation des habitants, c’est ce qui est important pour moi ».

 

« Les municipalités ont eu un peu de mal à suivre les procédures dictées par l’Union européenne, précise de son côté Samer Hatoum, qui à travers le International Management Group est chargé de fournir une assistance technique au Liban. Sur le terrain, les maisons ont été restaurées pierre par pierre, pour reconstituer l’aspect original des bâtiments. On a même eu recours à un âne pour transporter les matériaux ».

 

Pendant la restauration, il a aussi fallu faire attention à préserver la vallée, notamment contre les carrières et les constructions qui menaçaient de la défigurer. « Aujourd’hui, du fond de la vallée, on ne voit qu’un bâtiment, dont on a demandé au propriétaire d’arrêter la construction. On est en train de travailler avec les municipalités pour changer le zoning au bord des falaises, afin que les terrains situés à moins de 30 mètres du bord soient désormais inconstructibles. Ce, afin de préserver la beauté du site. En cinq ans, on a aussi empêché l’implantation de deux carrières », se rappelle Charbel Sfeir.

 

Aujourd’hui, la Fédération des municipalités du Kesrouan-Ftouh a pris la responsabilité du projet soulageant ainsi le regroupement des communes, et un nouveau financement a été trouvé : une subvention de 105.000 euros (136.000 dollars) de la part du département français des Yvelines sur un an, pour meubler les maisons de la vallée, les doter de fosses septiques, réaliser une brochure d’information…

 

« L’objectif, à terme, est de continuer la restauration des maisons appartenant à l’Église et d’encourager les propriétaires privés à rénover les leurs dans la vallée. Mais ce ne se sera pas réalisé avant que l'on fasse une expérience de fonctionnement d’un an. On espère pouvoir s’autofinancer au bout de deux ans, explique Charbel Sfeir. Je suis confiant. J’ai vu des endroits beaucoup moins beaux qu’ici qui fonctionnent très bien ».

 

 

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