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Nos lecteurs ont la parole

L’alternative aux spas pour lolitas

Le dernier article de L’Orient-Le Jour sur les spas pour lolitas fait froid dans le dos. Le quidam y apprend malheureusement que des salons de beauté de tout poil poussent comme des champignons dans les rues et les malls de Beyrouth et de ses environs, répondant par là à une demande toujours plus accrue de pin-up de trois-quatre ans, vociférant à coups de pieds par terre qu’elles veulent un brushing et une manucure-pédicure rose, sous peine d’être regardées de haut dans le bac à sable.
Fut un temps où un caprice pour avoir une poupée vous attirait les foudres de votre mère qui refusait de vous acheter une énième Barbie, tout simplement parce qu’il est important d’apprendre à un moment donné la valeur de la frustration (on ne peut pas tout avoir dans la vie, tu as déjà 54 poupées, et continue à te rouler par terre jusqu’à demain après-midi tu ne l’auras quand même pas). Ce temps semble être révolu au profit (et c’est là le drame, la quête du profit parvenant à convaincre des parents crédules de modes stupides et inutiles), au profit donc de l’accession à tous les caprices des jeunes et des moins jeunes.
Cette tendance aux salons de beauté pour tout-petits est catastrophique avant tout car elle permet de répliquer à l’extrême des binaires de genres suffisamment nuisibles à la société en l’état sans en rajouter en formatant les enfants depuis la plus tendre enfance. En effet, cette mode conforte les préjugés de genre qu’il est ensuite impossible à déconstruire : les petites filles aiment le rose, aiment aller chez le coiffeur et s’occuper exclusivement de leur apparence alors que les petits garçons sont des aventuriers en herbe qui n’ont pas besoin de manucure. Soit dit en passant, c’est comme ça qu’on se retrouve avec des adultes assurant avec aplomb la supériorité du sexe dit « fort », comprenez les hommes, sur le sexe dit « faible », comprenez les fillettes qui resteront leur vie durant des fillettes qui n’ont rien d’autre à faire que de rester chez le coiffeur. Pour rappel, la loi libanaise continue à bien des égards à discriminer les femmes (droits relatifs à la citoyenneté dont l’impossibilité de transmettre sa nationalité à son mari et ses enfants, droit à la Sécurité sociale, divorce, héritage, mariage, violence contre les femmes), discrimination due à la société patriarcale qui a intérêt à garder les femmes en citoyennes de seconde zone. Au lieu de remettre en question ces schémas pour parvenir à une société plus égalitaire, les « entrepreneurs » et les personnes les soutenant n’ont aucun scrupule à enfoncer le clou de l’inégalité des genres.
D’autre part, ce phénomène social est dangereux pour les enfants eux-mêmes. Les petites filles ainsi habituées à accorder plus de temps que nécessaire à penser à leur apparence et à leur « beauté » n’apprendront à mesurer leur valeur qu’à l’aune de leur apparence physique, cherchant toujours de nouvelles techniques pour paraître plus belle. Voilà donc comment l’industrie des salons de beauté relaiera celle de la chirurgie esthétique. Dans un pays où une femme n’est considérée une réussite que lorsqu’elle est mariée avec un parti avantageux, parti qui ne dépend que de sa beauté, où les opérations de « tajmil » sont monnaie courante, et ce sur des filles de 16 ou 17 ans, la pression sociale de conformisme esthétique est suffisamment importante sans la faire commencer dès l’âge où normalement on court après des ballons en riant. Sans compter que cette pression finit par avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale des filles et des femmes, lesquelles se retrouvent avec des problèmes d’estime et d’image de soi qui peuvent les entraîner à avoir des comportements malsains vis-à-vis de la nourriture par exemple.
Il est par ailleurs choquant de voir les autorités religieuses et pseudo-civiles du Liban monter au créneau dès qu’il s’agit de respecter les droits de la femme qui lui sont dus, taxant ces droits d’importation de l’Ouest, tout en restant allègrement silencieuses sur les capitalistes assoiffés de profit utilisant la moindre excuse pour commercialiser tout ce qui peut l’être, en l’occurrence, l’enfance. Si l’on avait encore besoin de preuves de la collusion de l’establishment politico-religieux et économique, cet exemple serait le bon moment d’arrêter de douter et d’y croire.
Enfin, certaines mères pourront argumenter que « déposer » leurs filles au salon de beauté les libèrent pour faire des courses. Mesdames, voici quelques autres exemples d’activités qui vous libèreront de vos enfants pour quelques heures tout en vous coûtant moins cher et en développant leurs aptitudes intellectuelles et créatives : la danse, le dessin, la natation, le football, le basket-ball ou tout sport d’équipe, ou alors, et retenez votre souffle pour cette idée révolutionnaire, vous pourriez également les emmener avec vous, faire en sorte qu’elles vous aident pour les courses et par là les responsabiliser. Ou encore envoyer le père (oui, oui, le père, cette entité intouchable) faire les courses et allez vous promener sur la plage de Ramleh avec votre enfant, laissez-la courir et rire. En bref, tout, absolument tout vaut mieux que de la laisser, passive, vérifier si son esthéticienne ne déborde pas.
C’est pour toutes ces raisons que le collectif féministe Nasawiya propose une alternative aux parents qui aimeraient que leurs filles apprennent à réfléchir plutôt qu’à tortiller leurs mèches : chaque quelques semaines et selon la demande, Nasawiya propose un « salon » pour petites filles durant lesquelles des histoires de femmes fortes leur seront relatées et discutées, le tout dans un endroit sûr et fiable, bien encadré par plusieurs jeunes femmes ayant déjà l’expérience du travail avec les enfants. Ces sessions seront bien sûr gratuites. Si cela vous intéresse, merci de contacter Nasawiya, 01/565442 ou
rola.yasmine@gmail.com

Collectif féministe Nasawiya
Le dernier article de L’Orient-Le Jour sur les spas pour lolitas fait froid dans le dos. Le quidam y apprend malheureusement que des salons de beauté de tout poil poussent comme des champignons dans les rues et les malls de Beyrouth et de ses environs, répondant par là à une demande toujours plus accrue de pin-up de trois-quatre ans, vociférant à coups de pieds par terre qu’elles veulent un brushing et une manucure-pédicure rose, sous peine d’être regardées de haut dans le bac à sable. Fut un temps où un caprice pour avoir une poupée vous attirait les foudres de votre mère qui refusait de vous acheter une énième Barbie, tout simplement parce qu’il est important d’apprendre à un moment donné la valeur de la frustration (on ne peut pas tout avoir dans la vie, tu as déjà 54 poupées, et continue à te rouler par...
commentaires (3)

Un Grand BRAVO a NASAWIYA ...Il est grand temps que les femmes de têtes réagissent à la superficialité et la bêtise de toutes celles qui se laissent entraîner et qui entraînent surtout leur fille dans un monde qui n'appartient pas à celui de l enfance ! Quel genre de societé sommes-nous ? pourrie…malade…à la limite perverse… Encore une fois toutes mes felicitations à NASAWIYA pour cette merveilleuse initiative !

Tabet Ama

01 h 25, le 03 décembre 2012

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Commentaires (3)

  • Un Grand BRAVO a NASAWIYA ...Il est grand temps que les femmes de têtes réagissent à la superficialité et la bêtise de toutes celles qui se laissent entraîner et qui entraînent surtout leur fille dans un monde qui n'appartient pas à celui de l enfance ! Quel genre de societé sommes-nous ? pourrie…malade…à la limite perverse… Encore une fois toutes mes felicitations à NASAWIYA pour cette merveilleuse initiative !

    Tabet Ama

    01 h 25, le 03 décembre 2012

  • Je ne suis pas un dingue de féminisme en général...tant le bouchon a été poussé loin...en Occident...mais alors là,Nasawia a mille fois et une fois raison...comment peut-on aider?

    GEDEON Christian

    22 h 44, le 02 décembre 2012

  • Grand, Courageux et Clairvoyant, ce Collectif féministe NASAWIYA..... Chapeau bas !

    Antoine-Serge Karamaoun

    01 h 48, le 01 décembre 2012

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