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À La Une - Syrie

Les rebelles avancent, Damas organise des milices pour suppléer l’armée

Un hélicoptère abattu pour la première fois par un missile ; au moins 61 morts hier.

Des rebelles syriens posent sur un char qu’ils prétendent avoir conquis de haute lutte à l’armée. Shaam News Network/Reuters

Les rebelles grignotent inexorablement du terrain dans le nord et l’est de la Syrie, face au régime qui compte sur son armée renforcée par des milices pour gagner la bataille vitale de Damas, estiment des experts.


Contrairement aux rebelles qui peuvent recruter dans le large vivier sunnite, l’armée doit composer avec « un recrutement de soldats limités et des restrictions (de mouvement et d’approvisionnement) dues à l’état de guerre », note Aram Nerguizian, expert militaire auprès du Centre d’études stratégiques et internationales à Washington. Pour éviter d’aggraver ses pertes déjà considérables, l’armée préfère « multiplier les raids aériens et surtout le pilonnage par l’artillerie », selon cet expert. L’armée, formée à la guerre conventionnelle, n’a d’ailleurs quasiment jamais reconquis les quartiers et localités perdus après des combats de rue. Faute de disposer d’assez de troupes, « le régime travaille à renforcer l’organisation des alaouites, des milices de quartier et des chabbiha », explique M. Nerguizian.


Phénomène récent, « l’armée a fait appel aux réservistes dans les régions alaouites pour tenter d’éviter le risque de nouvelles défections », affirme Barah Mikaïl, chercheur à l’Institut de géopolitique espagnol Fride. Quant aux chabbiha, « ils jouent un rôle paramilitaire. Ils ont plutôt vocation à terroriser la population pour la dissuader de se soulever », précise M. Mikaïl. « Pour des raisons logistiques et communautaires, ce sont souvent les mêmes bataillons qui ont été mis à contribution et déplacés d’un coin à l’autre du pays depuis mars 2011 », note Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). « Le moral des troupes s’en ressent forcément, d’autant plus qu’elles perçoivent bien le fait que le régime est de plus en plus isolé », ajoute-t-il.

La « Syrie utile »
Compte tenu de la difficulté de renouveler ses troupes, « il semble que l’armée ait choisi de tenir le terrain dans le nord autant que possible, mais d’accepter des retraits stratégiques quand cela est nécessaire », affirme M. Nerguizian. Les rebelles ont ainsi récemment coupé l’accès à Alep depuis le nord-est et ont pris le contrôle d’une importante zone au sud de Deir ez-Zor, à la lisière de l’Irak. Mais l’armée garde la mainmise sur les importants centres urbains, son objectif essentiel, selon une source de sécurité. En plus des villes, le régime défend pied à pied la « Syrie utile », soit une bande ouest reliant le sud au nord-ouest alaouite, en passant par la région de Damas. Dans cette dernière zone, l’objectif est de prendre le contrôle total de la capitale et d’un rayon de huit kilomètres autour, pour pouvoir négocier le moment venu, selon cette même source.


Cependant, « s’il sent la débandade proche, le régime pourrait se transformer en milice et ce sera le début d’un processus de désintégration de la Syrie, qui d’ailleurs ressemble de plus en plus au Liban des années 1970 et 1980 », note M. Bitar. « On retrouve à Damas l’atmosphère et les prémices de la bataille d’Alep. La bataille de Damas sera probablement encore plus meurtrière et pourrait changer les règles du jeu. Ce sera une bataille véritablement existentielle pour le régime, et les combats existentiels sont propices à toutes les folies et à tous les dérapages », prévient-il. « Si les rebelles parviennent à réaliser de véritables avancées autour de la capitale, ce sera le début de la fin pour Assad, mais le régime n’a sûrement pas dit son dernier mot et les semaines qui viennent seront celles de tous les périls », ajoute-t-il.

142 jihadistes tués
Sur le terrain hier, les rebelles ont abattu pour la première fois un hélicoptère de l’armée avec un missile sol-air près d’Alep, autour de laquelle ils ont resserré l’étau en s’emparant d’une position de défense antiaérienne. L’hélicoptère a été touché alors qu’il bombardait les alentours de la base militaire de Cheikh Souleimane, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Selon l’OSDH, les rebelles ont reçu récemment des dizaines de missiles de ce genre. Toujours dans la région d’Alep, à Efrine, un attentat a visé la voiture d’un responsable kurde qui n’a pas été blessé. Signe de la tension entre les rebelles et cette communauté, six employés de la compagnie d’électricité ont été enlevés à Khandarat (banlieue nord d’Alep).


De son côté, l’aviation a causé la mort d’au moins cinq personnes et en a blessé une trentaine dans un bombardement à proximité de la ville d’Idleb, selon l’OSDH. Les comités locaux de coordination ont, eux, fait état de 20 personnes tuées et de dizaines d’autres blessées. Dans la banlieue sud de Damas, un attentat à la voiture piégée contre un barrage de la police militaire a tué au moins deux soldats, selon l’OSDH. Dans la même région, des combats se déroulaient dans deux villes acquises à la rébellion, Mouadamiya al-Cham et Daraya. Au total, au moins 61 personnes ont été tuées dans les violences hier.


Par ailleurs, les autorités syriennes ont dressé, dans une lettre adressée à l’ONU, la liste de 142 jihadistes venus de 18 pays, tués alors qu’ils combattaient avec les rebelles, selon le quotidien al-Watan. Parmi eux figurent 47 Saoudiens, 24 Libyens, 10 Tunisiens, 9 Égyptiens, 6 Qatariotes et 5 Libanais. Il y a aussi 11 Afghans, 5 Turcs, 3 Tchétchènes, 1 Tchadien et 1 Azéri. Cette liste envoyée mi-novembre aux Nations unies détaille les noms, la date et les lieux du décès de chaque combattant. Pour sa part, Londres a souhaité que l’UE revoie tous les trois mois, et non une fois par an, son embargo sur les armes à destination de la Syrie afin de faciliter, le cas échéant, l’armement des rebelles, a-t-on appris de source diplomatique à Bruxelles. Enfin, Moscou n’entretient pas de « relations privilégiées » avec le président Bachar el-Assad, a affirmé le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, estimant qu’on pouvait parler de relations « spéciales » à l’époque de l’URSS et du président Hafez el-Assad.

Les rebelles grignotent inexorablement du terrain dans le nord et l’est de la Syrie, face au régime qui compte sur son armée renforcée par des milices pour gagner la bataille vitale de Damas, estiment des experts.
Contrairement aux rebelles qui peuvent recruter dans le large vivier sunnite, l’armée doit composer avec « un recrutement de soldats limités et des restrictions (de mouvement et d’approvisionnement) dues à l’état de guerre », note Aram Nerguizian, expert militaire auprès du Centre d’études stratégiques et internationales à Washington. Pour éviter d’aggraver ses pertes déjà considérables, l’armée préfère « multiplier les raids aériens et surtout le pilonnage par l’artillerie », selon cet expert. L’armée, formée à la guerre conventionnelle, n’a d’ailleurs quasiment jamais...
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