Ce jour-là, je me dirigeais vers ton bureau, ma deuxième demeure. Mais cette fois, c’était des rubans blancs qui papillonnaient bien haut, dans le ciel bleu... Pas l’ombre d’un nuage. Là, je sentis soudainement l’air s’échapper de mes poumons, et l’idée de ta disparition m’était devenue réalité. Ces rubans volaient partout pour célébrer ton départ, ces rubans que je ne croyais exister que pour les autres, cette fois, ils l’étaient pour toi, papa.
J’essaye toujours de comprendre, de chercher le pourquoi, le comment, de m’adapter à ton absence, d’expliquer pourquoi tu nous as quittés.
C’est absurde de t’imaginer appartenir à un autre monde, toi qui mets un sourire sur le visage de chaque personne que tu rencontres, toi qui, à ta manière, fais plaisir à chaque personne que tu côtoies.
La maison n’est plus la même sans toi. Je comprends maintenant comment une seule personne peut être tellement aimée et respectée par des milliers de personnes. Mes larmes coulent toujours, mais je suis persuadée que tu es toujours là, toujours à nos côtés.
Quand je pense à ton départ, je me dis que ce n’est qu’un voyage vers d’autres horizons, d’autres cieux peut-être. Je sais que, même si tu es loin de nous, et même si tu ne nous parles plus comme avant, tu nous entends encore, je le sens.
Nous étions heureux certes, mais insouciants. Nous ne savions pas à quel point ces précieux moments de bonheur avec toi allaient se terminer si brusquement. Il y a des événements qui marquent tellement la vie d’un individu que tout se retrouve classé par avant ou après celui-ci. Dorénavant, notre vie sera imprégnée par le choc de ton départ. Plus rien ne sera jamais pareil.
Le choc est dur, un vrai séisme. On tente de rationaliser, de se contrôler, de comprendre, d’assimiler l’indigeste, mais rien n’y fait. Plus on y pense, plus on tourne en rond ; mais une chose est sûre, c’est que tu as toujours cru, toi si fervent, que la vie sur terre est un passage, un chemin vers le royaume de Dieu, vers la vraie lumière et la vie éternelle.
Ta disparition nous a tous rapprochés. Nous sommes soudés dans le chagrin en un bloc indissociable. Fallait-il que tu partes pour nous rappeler à quel point nous nous aimions ?
Grace, l’élue de ton cœur, c’est la montagne qui désormais redresse notre famille. La vie m’a offert une mère combattante. Je voudrais qu’elle crie haut et fort sa douleur. C’est d’elle que nous puisons notre force : elle est notre phare dans la mer agitée.
Tu as toujours cru en Karl, tu l’as accompagné dans ses décisions et aujourd’hui il tient ton flambeau afin de diriger la famille avec toutes ses connaissances et ce que tu lui as appris.
Je pense à Sammy, à son regard évadé et à son obstination à nier l’évidence. Il pense que ta bonté se reflétera uniquement dans le son de ta voix emplie de souvenirs que vous aviez tous les deux, rien que vous deux.
Je puise dans ma foi pour pouvoir surmonter l’insurmontable.
J’essaie de croire qu’il y a une raison pour ta mort et j’y cherche l’immense amour de Dieu.
Il y a certains mots que j’aurais aimé ne devoir jamais prononcer, mais la réalité nous rattrape. Aujourd’hui, nous sommes tous orphelins de ton absence. Il y a des adieux qui déchirent et dont on saigne. Tu as touché chaque être que tu as rencontré avec ta personnalité hors du commun, avec ton charme, ta présence qu’on apprécie même avant de te connaître.
Tu m’as appris que je peux sourire, que je peux scintiller à l’intérieur. Tu m’as appris à aimer, que donner est meilleur que recevoir et de voir le côté positif de toute chose.
Nous n’avons pas diminué en nombre sur terre, au contraire, nous avons augmenté en nombre au ciel, où nous attend un ange nommé Zahi. Ce qu’ils doivent être contents et chanceux de t’avoir à leurs côtés là-haut. Je les envie. Merci pour cette leçon de vie et de courage que tu nous as tous donnée, toi la plus scintillante des étoiles qui nous guide sur le bon chemin.
Joy Z. Abou Mansour

