Les préparatifs vont bon train à la faculté de pharmacie, rue de Damas. Photo Michel Sayegh
L’Université Saint-Joseph (USJ) fait cette année du neuf, avec de l’ancien. Aujourd’hui, une dizaine de milliers d’étudiants à travers le pays se dirigeront vers les urnes pour élire leurs représentants au sein des amicales des différentes facultés. Au programme, une loi proportionnelle mise en vigueur il y a quatre ans, un système de vote électronique flambant neuf, de nouveaux visages, de nouvelles luttes. Mais dans les bas-fonds de cette marmelade électorale aux mille couleurs, rien n’a vraiment changé. En effet, les rivalités antiques et les tensions partisanes dans le paysage chrétien, notamment entre le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL), savent refaire surface en cette période de l’année, au grand malheur des indépendants qui tentent de grignoter chaque année chez les clans politiques, sans grand succès.
Il y a un an, les élections de 2011 accouchaient d’une USJ aux couleurs orange, la machine électorale du CPL assurant au parti une victoire incontestable. Force est de dire qu’en 2012, les partis du 14 Mars (Kataëb, Futur, Parti national libéral et FL) aimeraient assouvir leur désir de revanche. Un désir renforcé par leur incompréhension de la victoire du 8 Mars à l’USJ, une institution autrefois reconnue comme « le berceau de la résistance contre la tutelle syrienne ».
Aujourd’hui, la bataille continue, toutes facultés confondues.
Huvelin
Dans les facultés de la rue Huvelin, mère de toutes les batailles, c’est une compétition au coude-à-coude entre le 14 et le 8 Mars. À la faculté de droit, conquise l’an dernier par le 14 Mars après jeu égal et tirage au sort, les deux candidats à la présidence Carl Khoury (soutenu par le 14 Mars) et la jeune Abir Nakhlé (soutenue par le 8 Mars) affirment qu’il faudra attendre jusqu’au soir pour connaître les résultats. « La bataille sera chaude comme d’habitude », indique Abir Nakhlé qui espère un changement à l’amicale de droit cette année. « Le jeu égal en 2011 a causé beaucoup de problèmes au sein de l’amicale et a constitué un obstacle à plus d’un projet présenté », dit-elle. De son côté, Carl Khoury aimerait mettre en application un point essentiel de son programme électoral, « la création d’un centre d’orientation pour les étudiants de droit à partir de la 3e année, pour les diriger vers les débouchés et les métiers appropriés ». À Huvelin, c’est aussi la faculté de gestion qui se prépare à une vraie lutte électorale, après la victoire du CPL l’an dernier. En sciences politiques, le CPL fait face aux indépendants pour la première fois, et une bataille favorable au 14 Mars se profile en assurance.
Rue de Damas
Rue de Damas, au campus des sciences médicales, reconnu pour une allégeance au CPL, il y a du nouveau. En effet, le jeu électoral à la faculté de médecine a été substitué par l’élection d’office d’une amicale consensuelle à l’initiative du doyen de la faculté, le Dr Roland Tomb. Des 18 membres de l’amicale, 9 relèvent du CPL et de ses alliés, et 8 des FL et de leurs alliés. Un seul est indépendant. Pourtant, ce consensus a gêné plus d’un étudiant en médecine, certains affirmant qu’on n’a tout simplement pas pris leur avis en considération. En pharmacie, par contre, le CPL devra multiplier les efforts pour préserver sa victoire de 2011. Le candidat à la présidence, Johnny Khoueiry, précise que « la différence sera moindre entre les deux parties et que la bataille se jouera sur une dizaine de voix ». Christophe Mansour, son rival, estime qu’ « il a ses chances ». « Nous avons toujours travaillé pour les étudiants, même quand nous n’étions pas à l’amicale. Nous ne changerons pas cela », ajoute-t-il. Toujours au campus des sciences médicales, un consensus en faveur du 8 Mars a été décidé en nutrition, et un autre en faveur du 14 Mars en laboratoire. Une bataille est prévue en sciences infirmières et à l’école des sages-femmes, et dans quelques classes de dentaire, un président indépendant ayant déjà été choisi.
De l’autre côté de la rue, à la faculté des lettres et des sciences humaines, la bataille entre indépendants, 8 et 14 Mars sera rude, alors que le CPL a déjà consommé sa victoire en lettres, et les indépendants leur victoire en théologie. À la faculté des sciences économiques, Pascal Watwat, indépendant élu l’an dernier président avec le soutien du 8 Mars, fait face à Pascale Esraoui (14 Mars). Carine Yazbeck, représentante des FL, affirme qu’« il y a des tensions au sein du campus, mais cela reste dans le cadre du dialogue. La bataille sera difficile mais nous sommes déjà désavantagés par une défaite en deuxième année, la candidature en retard de nos candidats ayant été refusée ». La jeune étudiante a indiqué que « le CPL a présenté un programme électoral différent de celui du candidat indépendant », s’interrogeant sur le programme qu’ils adopteront en cas de victoire.
Campus des sciences
et technologie
Sur la colline de Mar Roukoz, le consensus a eu raison du jeu démocratique, en faveur du 14 Mars à l’institut de gestion des entreprises, et du 8 Mars à l’institut national de la communication et de l’information. À la faculté des sciences, les indépendants se multiplient, alors que la faculté de génie, qui fête ses cent ans cette année, témoigne d’un duel ancestral entre le CPL et les FL. La victoire du CPL l’an dernier n’est pas suffisante pour rassurer Tony Rouhana, candidat à la présidence de l’amicale, qui ne veut pas formuler de pronostics. Pour Jad Tanios, candidat des FL, « le challenge n’est pas facile ». « La bataille n’est pas que politique et les amitiés et le programme électoral jouent leur rôle », dit-il, signalant un point important de son programme, « la création d’un club de coordination entre différents étudiants de génie dans les pays francophones, sous le parrainage du doyen de la faculté ».
Liban-Nord
Enfin, à Kalamoun, au Nord, le 8 Mars, composé essentiellement des partisans du Marada et du Premier ministre Mikati, faisait face jusqu’à hier aux FL et au courant du Futur, dont la victoire était presque consommée. Pourtant, suite à la publication d’une vidéo montrant un des étudiants du mouvement « Jeunes de la détermination » (pro-Mikati) proposant de l’argent à une étudiante en échange de son vote, le 8 Mars s’est retiré de la compétition, ayant déjà considéré il y a quelques jours l’administration de l’université comme n’étant pas impartiale. Dans un communiqué, le Mouvement de la détermination a précisé que « la vidéo était truquée et que la personne filmée ne fait pas partie de ses membres », accusant encore l’université de « servir certaines fins politiques ».
Pour mémoire
L’USJ, pionnière, lance un système de vote électronique aux élections estudiantines
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Victoire à l’arraché du 14 Mars aux élections des amicales de la LAU

