Dans le cadre de sa réforme sanitaire, le gouvernement entend économiser sept milliards d’euros par an, un effort qui se répercute sur les finances des régions, en charge des lourds budgets de l’éducation et de la santé. « Nous sommes là pour deux raisons, parce que les coupes budgétaires portent préjudice aux services médicaux pour les citoyens et parce que les conditions de travail du personnel empirent », résume Jaime Rodriguez, un jeune médecin de 33 ans, spécialiste en gériatrie, de l’hôpital de Leganes en banlieue de Madrid. Dans le défilé qui déferle sur les avenues de Madrid, une marée de banderoles et pancartes dénoncent le malaise du monde de la santé. « Les coupes dans la santé tuent », clame une pancarte illustrée d’une paire de ciseaux. Déjà, la population est lourdement mise à contribution : les retraités, qui jusque-là bénéficiaient d’un système de santé totalement gratuit, doivent désormais régler 10 % de leurs factures de pharmacie, tandis que la note s’est alourdie aussi pour les actifs. Et pour les médecins et infirmières, la politique d’économies se fait déjà sentir dans les hôpitaux madrilènes, parfois cruellement : Jaime Rodriguez donne l’exemple « d’un patient de 90 ans qui a dû passer cinq jours aux urgences parce qu’il n’y avait aucun lit de libre » dans un service. « Les coupes sont visibles dans l’approvisionnement en pharmacie. Certains malades doivent réclamer pour obtenir leur traitement », témoigne aussi Daniel Domingo, gastro-entérologue de 34 ans à l’hôpital de Parla, en banlieue, qui est venu manifester en blouse blanche. Médecins et infirmières craignent que les privatisations à venir, ajoutées aux coupes budgétaires, ne soient synonymes de licenciements massifs, tout comme d’un appauvrissement de la qualité des soins. « Dans le public, il y a une infirmière pour 4 à 6 malades, dans le privé il y en a une pour 8 à 10 malades », explique Daniel Domingo.
« En plus des coupes salariales, de la suppression de la prime de Noël (qui frappe cette année tous les fonctionnaires espagnols), nous avons de moins en mois de moyens. Déjà, ils ont fermé des lits », raconte Yolanda Abebes, 48 ans, infirmière depuis 25 à Gregorio Marañon, l’un des grands hôpitaux madrilènes.
« J’ai été infirmière dans un hôpital privé, témoigne-t-elle, je sais qu’il y a moins de matériel, mois de personnel. » « Les infirmières mettent beaucoup plus de temps à arriver quand un malade les appelle, parce qu’elles sont moins nombreuses », ajoute Montserrat Ribera, 47 ans et 24 ans d’ancienneté. Infirmières de nuit, Yolanda et Montserrat participent à tour de rôle, avec leurs collègues, à l’occupation des locaux de Gregorio Marañon. « Je ne sais pas pour combien de temps », confie Yolanda. « En principe, c’est pour une durée indéterminée. »
(Source : AFP)


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