Des milliers de manifestants hier soir devant le Parlement, en plein centre d’Athènes. John Kolesidis/Reuters
Les Grecs vont subir de nouvelles coupes dans leurs salaires et retraites alors que le chômage avoisine les 23 %, dont plus de 50 % touche les jeunes. Le ministre grec des Finances Yannis Stournaras a tenté de tempérer la grogne de la rue en reconnaissant « les sacrifices » consentis par les citoyens qui ont contribué « à une baisse importante du déficit public ». Le gouvernement table sur un déficit autour de 5,2 % du PIB en 2013 contre 6,6 % cette année « alors qu’en 2009 le déficit était à 15,5 % du PIB », a indiqué samedi soir M. Stournaras au Parlement. Il a appelé les députés à soutenir les objectifs budgétaires et poursuivre « l’effort pour maintenir le pays dans la zone euro ».
Hier, le ministre adjoint aux Finances, Christos Staïkouras, a annoncé que « pour la première fois depuis des années, la Grèce pourrait avoir un excédent primaire en 2013 tandis que l’inflation est prévue à 0,8 % contre 1,1 % attendu cette année ».
L’adoption du budget est attendue impatiemment par la zone euro, dont les ministres des Finances doivent se réunir aujourd’hui à Bruxelles pour examiner la situation toujours difficile de l’économie grecque et faire face au carcan de son énorme dette. Ayant bénéficié de deux lignes de crédit de 240 milliards d’euros auprès de ses partenaires, la Grèce prévoit une explosion de sa dette en 2013 à 189,1 % du PIB, soit 346,2 milliards d’euros, contre 175,6 % en 2012.
La zone euro attend également le rapport des experts de la troïka (UE-BCE-FMI), retardé en raison des divergences entre eux, afin de débloquer une aide de 31,2 milliards d’euros, retenue depuis juin et vitale pour Athènes dont les caisses sont à sec.
Le gouvernement de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras rassemble une majorité confortable de 168 députés sur les 300 du Parlement, dont 126 de la droite Nouvelle démocratie, 26 socialistes Pasok et 16 de la Gauche démocratique Dimar. Mais s’il n’y a pas d’enjeu majeur sur l’adoption du budget 2013, le risque d’éventuelles défections des députés surtout dans les camps du Pasok ou de Dimar ne sont pas exclues. « La situation du pays est à la limite. La stabilité du gouvernement est une condition nécessaire pour sortir de la crise », a déclaré hier Evangélos Vénizélos, chef du Pasok, au quotidien grec Ethnos (centre-gauche). Appelant « à l’unité de la nation », M. Vénizélos a mis en garde contre « tout retard » de décision de la part des Européens sur la Grèce. Un tel retard serait dirigé « non seulement contre la Grèce, mais aussi contre les pays de la zone euro qui appliquent des plans d’ajustement budgétaire ».
Les dernières tractations ont eu lieu sur fond de mobilisation, quelques milliers de manifestants ont afflué hier en fin d’après-midi devant le Parlement dans le centre d’Athènes pour protester contre le budget de rigueur. Selon la police, 15 000 personnes étaient présentes dans deux défilés distincts. En colère contre la poursuite des politiques d’austérité, les syndicats du privé GSEE et du public Adedy ont appelé à des manifestations contre les mesures « antipopulaires » du budget. Dans un communiqué, la GSEE demande « de ne pas voter ces mesures et de changer la politique de rigueur suivie en Europe et en Grèce qui annulent les droits sociaux ». « Arrêtons la catastrophe, organisons le renversement » du gouvernement, proclamait une banderole du principal parti d’opposition Syriza (gauche radicale). « Qu’on les chasse », lisait-on sur une autre banderole.
L’autre défilé organisé par le Front de lutte des travailleurs (PAME), proche des communistes, a rejoint le cortège des syndicats sur la place Syntagma.
(Source : AFP)

