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L’autre dimension de la crise syrienne...

Éclairage
02/11/2012

La crise syrienne ne se limite plus aux frontières de ce pays. Elle est en train de s’étendre de plus en plus, pour devenir à la fois régionale et internationale. Ce n’est pas le président syrien qui le dit, mais un diplomate appartenant à un pays du Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud). Selon ce diplomate, la crise syrienne a pris désormais une nouvelle dimension pour se transformer en conflit géo-énergétique. Ce qui ne rend pas sa solution plus facile, bien au contraire. Pour ce diplomate, à toutes les dimensions existant déjà, il faut donc désormais ajouter celle de l’énergie qui oppose essentiellement la Turquie à la Russie. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’appui de la Russie au régime de Bachar el-Assad est devenu une position de principe et il n’est donc plus tributaire d’un contexte précis ni susceptible d’être modifié selon l’évolution d’éventuelles tractations.
Le diplomate du Brics précise à cet égard qu’une succession de développements a poussé la Russie à durcir sa position et à s’engager plus totalement dans le conflit syrien aux côtés du régime. Mais c’est surtout l’attitude du Premier ministre turc Erdogan qui est à l’origine de la nouvelle position de la Russie. Selon le diplomate précité, Erdogan a multiplié ces derniers temps les déclarations et les démarches qui ont inquiété les autorités russes. Il y a eu d’abord l’incident de l’avion syrien, dans lequel les Russes ont été directement mis en cause, alors qu’ils ont affirmé à maintes reprises n’avoir pas envoyé du matériel interdit. Mais, de plus, au cours du 14e congrès de son parti, qui s’est tenu au début du mois d’octobre, le Premier ministre turc a déclaré dans son discours – qui avait été qualifié dans les médias d’« ottoman » – que la sécurité d’Ankara passe par Kaboul, Damas et Sarajevo. Il s’est aussi référé au roi seljoukide qui a vaincu les Byzantins, en reprenant une de ses célèbres citations lorsqu’il a dit : « En entrant dans la politique, je me suis enveloppé d’un linceul », donnant ainsi une connotation confessionnelle et religieuse à ses propos. La réalité, estime le diplomate du Brics, c’est qu’en plus des conflits traditionnels avec la Turquie, dans le Caucase et en Arménie, la Russie est désormais convaincue que ce pays projette de se transformer de pays transporteur de gaz en pays producteur, entrant ainsi en concurrence avec le gaz russe et le mettant en danger. Ce qui est considéré comme une ligne rouge pour la Russie. Les Russes pensent ainsi que les Turcs souhaitent mettre indirectement la main sur le gaz syrien et libanais, ainsi que sur le gaz au large de la partie turque de l’île de Chypre, puisqu’ils ne peuvent pas s’emparer du gaz palestinien sur lequel Israël a mis la main et sur celui au large des côtes de la partie grecque de Chypre. Le diplomate assure ainsi que le gaz est donc aujourd’hui au cœur du conflit syrien, ajoutant que la Turquie souhaite affaiblir la Syrie pour pouvoir contrôler ses gisements de gaz, tout en réglant une fois pour toutes le fameux conflit des frontières entre les deux pays, la Syrie n’ayant jamais reconnu l’annexion de la région d’Alexandrette à la Turquie qui est devenue la province de Hatay. Même lorsque les relations étaient idylliques entre les deux pays, la Syrie avait refusé de reconnaître cette annexion et les deux pays avaient décidé de mettre de côté ce conflit, qui redevient d’actualité avec la découverte des gisements de gaz au large des côtes de la Méditerranée. Par la même occasion, la Turquie serait intéressée par le gaz libanais, estimant, toujours selon le diplomate du Brics, que l’État libanais, notamment le gouvernement actuel, est trop faible pour trouver une formule d’exploitation de ses gisements gaziers et par conséquent, il serait possible de mettre en avant les compagnies turques dans un tel contexte, surtout après l’affaiblissement de la Syrie.
Le diplomate précité est ainsi convaincu que ce n’est pas par hasard si l’émir du Qatar s’est rendu récemment à Gaza avec pour objectif de participer à l’exploitation du gaz au large de cette bande, en accord avec les Turcs. Pour toutes ces raisons, les Russes se sentent donc menacés et encerclés par un gaz qui concurrencerait le leur et par la dimension religieuse de la montée en flèche de la Turquie d’Erdogan, qui affiche clairement sa proximité avec les Frères musulmans et son alliance avec le Qatar, lequel protège lui aussi cette organisation islamique. La seule riposte possible est à leurs yeux un appui sans réserves au régime de Bachar el-Assad, qui a d’ailleurs montré sa solidité, plus d’un an et demi après le déclenchement de la révolution. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre le report soudain de la visite que comptait effectuer le président russe Vladimir Poutine à Ankara. D’autant que, selon le même diplomate, aucun nouveau rendez-vous n’a été fixé. Il s’agit donc d’un message fort de mécontentement que la Russie a voulu envoyer à la Turquie, laquelle s’est empressée de répondre en tentant un rapprochement avec l’Iran, par le biais de la rencontre entre Erdogan et Ahmadinajad qui s’est tenue en Azerbaïdjan. Les deux hommes se sont entendus pour former un comité de liaison au sujet de la Syrie, mais les points de vue restent éloignés et la crise syrienne ne peut plus être résolue indépendamment de ces dimensions régionales et énergétiques.

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