J’appartiens à l’Ancien Liban AL, le Liban de la douceur de vivre, des manières galantes et raffinées, de la joie de vivre, des belles odeurs de man’ouché et de thym ; oui, j’appartiens à l’AL mais je ne me sens plus du tout proche du Nouveau Liban NL, mais alors là, pas du tout ! J’en suis venue à exécrer tout, je dis bien tout ce qui y touche : je ne peux plus supporter l’agressivité des gens, à tort ou à raison, les insultes qu’on essuie à tout bout de champ en conduisant, même quand nous avons raison, surtout quand nous avons raison ! Les pneus brûlés pour un oui ou un non, les blocages de rues et les manifs, le fait de se parler à soi quand on est coupé à tout bout de champ sur son portable, les pancartes annonçant une coupure de la route à la fin de la bahriyé mais pas au début, pas d’eau, pas de courant et j’en passe.
Où sont nos rues dignes de ce nom ? On attend qu’un pont commence à tomber en ruine pour trouver un palliatif. Pourquoi nos responsables ne prévoient-ils rien ? Envoyez des équipes à l’avance pour vérifier ponts, routes, égouts, canaux au bord des routes. Mais non, on fait tout par réaction à, jamais d’action pour.
Messieurs les responsables, de grâce épargnez-nous vos discours débiles à l’approche de l’année électorale. Et vous, chers concitoyens, de grâce ne soyez pas des moutons de Panurge, en votant pour des v... des s... et des m... (essayez de remplir les pointillés à votre convenance ; moi, je les garde pour moi).
Le NL, je le hais et ne me dites plus : ciel bleu (il est bleu partout), vert incroyable de la végétation (de végétation, il n’en reste presque plus), mer superbe (une des plus polluées de la planète), citoyens (on les cherche à la loupe, ceux qui respectent les lois et œuvrent à mettre sur pied un État digne de ce nom). Je le hais et j’en suis convaincue, il faudra des siècles pour nous redonner confiance, et ce temps-là, on ne l’a pas.
Joumana KASSAB

