Les frères el-Ali, deux grands militants pour l’environnement de renommée internationale, en pleine action.
De nouvelles idées surgissent ainsi régulièrement, et voilà notre compatriote du Sénégal, Ibrahim el-Ali, engagé dans l’association RJLiban depuis cinq ans (voir notre édition du 19 novembre 2007), qui nous entraîne dans une nouvelle aventure passionnante : planter un arbre pour tout émigré disparu dans son village d’origine au Liban.
Un militantisme écologique international
En effet, le premier geste effectué par les descendants de Libanais, visitant pour la première fois le pays du Cèdre, est de prélever de la terre du village de leurs ancêtres, pour la ramener précieusement avec eux. Combien n’ont-ils pas eu la chance de voir le Liban ? Des milliers, voire plus d’un million, qui ont déjà disparu ou disparaissent régulièrement, sans contact physique avec leur pays d’origine.
Quoi de plus beau alors que de planter pour chaque émigré disparu un arbre, un cèdre ou autre, qui évoquerait pour l’éternité son nom, l’enracinant au plus profond de la mémoire libanaise !
Conférenciers infatigables au Sénégal et de par le monde pour la cause de l’environnement, Ibrahim el-Ali et son frère Haïdar, plongeur biologiste très actif contre la surpêche, sont originaires du village de Chaqra (Nabatiyeh). Leur couronnement est venu le 3 avril dernier, avec la nomination de Haïdar au gouvernement sénégalais d’Abdoul Mbaye, comme ministre de l’Écologie et de la Protection de la nature. En 2009, il avait insufflé une dynamique qui a permis de replanter 30 millions de palétuviers en Casamance, pour lutter contre les déséquilibres engendrés en particulier dans la mangrove.
L’histoire d’Ibrahim el-Ali
Président des associations Mawassem Khair (moissons de la bienfaisance) et Blue Green France, Ibrahim nous livre ce message : «J’étais au marché de Colombes, et comme à mes habitudes je venais saluer le vieux Sénégalais qui, depuis des années, avait quitté sa région de Fatick, quand une jeune dame d’origine éthiopienne vient lui annoncer : Tu sais Tata, elle est partie, ils viennent d’enlever son corps et elle sera enterrée au Sénégal. Tata vivait seule, dans un petit appartement d’un HLM de cette banlieue parisienne. »
Ibrahim poursuit : « Je parlais en ouolof avec le vieux vendeur ; il me faisait tellement penser au vieil homme et la mer, parti chercher sa prise qui forcerait le respect de tous ses petits-enfants. Il s’adressa à la jeune dame pour lui dire à mon propos : Tu vois lui aussi est Sénégalais... J’avais bien compris que Tata était sénégalaise, que son corps, au moment où l’on parlait, venait de rejoindre le sable fin de Yoff, entouré de tous ses proches. Mais je n’ai saisi toute la dimension de cette phrase que lorqu’il me précisa : Elle était libanaise du Sénégal comme toi, et une fois morte, elle retourne rejoindre sa terre natale. »
« Alors un sentiment d’effroi me saisit en pensant à cette femme, qui n’avait certainement plus personne pour venir prier pour elle au Liban, fille d’un de nos villages du Sud, du Chouf, du Nord... et qui avait demandé, avant son dernier jour, de se faire enterrer à l’endroit où ses enfants viendraient prier ou déposer une gerbe sur sa tombe. Qui avait-elle encore comme parents au Liban ? »
« Voilà les enfants du Liban. Ils sont des lampes que le vent ne peut éteindre, le sel qui demeure pur et intact à travers les âges. Combien sont-ils au Brésil, en Argentine, à Dakar, à Abidjan, en Australie, au Canada... les enfants du Liban, lumière de l’universalité, restés si loin de notre pays jusqu’à leur jour du destin ? Tous ont mangé du tabboulé, rajouté du taratour à leurs plats et épicé avec du sumac leurs différentes préparations du fattouche... Tous ont parlé notre langue libanaise ou ont rêvé de la parler... Tous ont souffert pendant les différentes guerres qui ont touché notre pays. »
« Et pourtant une fois morts... Pour ne pas oublier qu’ils ont été eux aussi libanais, plantons un arbre, un cèdre en leurs noms. Afin qu’à chaque fois que le cèdre Liban perd une de ses racines, un nouveau cèdre vienne raviver sa mémoire à jamais. »


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