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À La Une - Liban

Joumblatt défend avec acharnement la voie centriste

Je n’agirais qu’en concertation avec Sleiman, Mikati et Berry, affirme le leader druze.

Le leader druze, Walid Joumblatt.

C’est à une défense acharnée de la voie centriste, incarnée, selon lui, par le président Michel Sleiman, associé au Premier ministre Nagib Mikati et à Nabih Berry, que s’est livré hier Walid Joumblatt, au cours d’un entretien télévisé sur la LBC. « C’est en concertation avec ces derniers, et pas autrement, que je prendrais position à l’égard du gouvernement », a-t-il dit en substance, refusant d’emboîter le pas au 14 Mars et de réclamer le départ de M. Mikati, et consommant par là-même sa rupture avec Saad Hariri.
M. Joumblatt a justifié sa position par le souci, primordial, de maintenir la stabilité au Liban, d’empêcher la création d’un vide constitutionnel où s’engouffreraient la crise syrienne et ses retombées confessionnelles, notamment une discorde sunnite-chiite.


C’est la raison pour laquelle le leader du PSP a refusé d’emboîter le pas au 14 Mars en réclamant une démission du gouvernement, comme le lui a demandé expressément, au téléphone, Saad Hariri, au soir de l’attentat.
Envers et contre tout, M. Joumblatt s’est dit attaché au gouvernement actuel, en attendant qu’un consensus soit atteint sur une autre formule ministérielle, que ce soit un gouvernement d’union ou une équipe de technocrates.
Un sondage en cours d’émission devait d’ailleurs donner un très large avantage à la formation d’un gouvernement neutre de technocrates (74 % des personnes sondées), sur toute autre formule gouvernementale. Pour sa part, M. Joumblatt s’est dit favorable à un gouvernement d’entente nationale.

 

(Lire aussi : Liban : Vaste offensive diplomatique du 14 Mars)


Si M. Joumblatt redoute tellement le vide politique que créerait une démission du gouvernement, c’est, dit-il, parce que la conjoncture internationale est très différente de celle qui, après l’assassinat de Rafic Hariri, en 2005, a permis le retrait de l’armée syrienne du Liban.
« La conjoncture actuelle n’est plus la même, a-t-il dit, et l’on ne peut rééditer cet exploit. Aujourd’hui, la communauté internationale regarde le président syrien massacrer son peuple, sans sourciller, et semble-t-il en y trouvant son compte. »


C’est ainsi que M. Joumblatt considère que les États-Unis trouvent quelque part leur intérêt dans la perpétuation de la guerre civile en Syrie, car elle épuise financièrement ...l’Iran. Au passage, il a affirmé qu’il ne croit pas à une frappe américaine contre l’Iran.

L’exportation de la crise syrienne
Pour M. Joumblatt, la crise syrienne va durer encore très longtemps. Le leader druze a rappelé qu’à un certain moment, il était favorable à un armement de la révolution syrienne dans l’espoir qu’un tel développement hâterait la chute du président Bachar el-Assad. Il regrette que la Turquie n’ait pas suivi, en dotant la révolution de missiles sol-air.
À mesure que cette crise se prolonge, a-t-il dit, les risques de contamination augmentent. Et de souligner que le président syrien tente d’exporter sa crise en Turquie, en tentant d’y faire bouger les alaouites et le PKK . Beaucoup d’alaouites de la région d’Iskenderun sont en train de discrètement quitter cette région, de crainte qu’ils ne fassent les frais de heurts confessionnels, a-t-il indiqué.
Par ailleurs, le président syrien est en train d’envoyer des combattants palestiniens en Jordanie pour y semer le désordre. Des Palestiniens radicaux et salafistes. Qu’est-ce qui empêcherait M. Assad d’expulser tous les Palestiniens qui se trouvent sur le territoire syrien, pour embarrasser la Jordanie, s’est-il encore demandé.
Et de répéter que le Liban ne doit reculer devant aucun sacrifice pour préserver sa stabilité et empêcher une discorde de le miner, même si c’est au prix, realpolitik oblige, d’un dialogue avec... Nabih Berry.
M. Joumblatt a donné comme exemple d’un dérapage qui aurait pu mal finir les heurts qui ont éclaté dans l’Iqlim el-Kharroub après la mort d’un chiite, le soir de l’attentat d’Achrafieh. L’homme, a-t-on dit, avait été abattu par un franc-tireur. Il est apparu par la suite qu’il avait été tué d’un coup de carabine de chasse, donc à bout portant, et l’on a pu ainsi éviter des actes de vengeance qui auraient pu embraser la région.
Au cours de l’émission, un porte-parole de l’armée, à laquelle M. Joumblatt a rendu un vibrant hommage, a appelé pour annoncer qu’un suspect dans cette affaire a été arrêté.

L’attentat d’Achrafieh
M. Joumblatt a considéré comme une très grave erreur du 14 Mars d’avoir réagi à la mort du chef des renseignements des FSI, Wissam el-Hassan, comme s’il s’agissait d’un coup porté à la communauté sunnite.
Wissam el-Hassan est le martyr du Liban, a-t-il dit, et non des sunnites.
M. Joumblatt a sévèrement critiqué les débordements qui ont suivi les obsèques de Wissam el-Hassan, place des Martyrs. On aurait pu se rendre devant le domicile de l’ambassadeur syrien au Liban, a-t-il affirmé.


Pour M. Joumblatt, il ne fait aucun doute que l’attentat est l’œuvre de Damas. Les Syriens ont introduit la culture de l’assassinat politique au Liban, en assassinant Kamal Joumblatt, et ont quitté le Liban sur un autre assassinat, celui de Rafic Hariri, tout en affirmant qu’il ne faut pas minimiser la capacité de nuisance des Syriens. « Je vois encore des attentats politiques se produire », a-t-il annoncé sombrement, des attentats auxquels il faudra répondre comme nous le faisons maintenant, avec sang-froid.
En réclamant l’accélération de la publication de l’acte d’accusation dans l’affaire Michel Samaha, le chef de l’État lui-même accrédite, indirectement, l’hypothèse que l’attentat contre Wissam el-Hassan est d’inspiration syrienne, a-t-il souligné.

 

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