Alors que M. Ahmadinejad affirme que la Constitution lui donne le droit de visiter les prisons, les responsables judiciaires ont justifié leur refus en estimant qu’il voulait faire un coup d’éclat pour défendre M. Javanfekr. Ils ont aussi estimé que le président ferait mieux de s’attacher à résoudre la grave crise économique créée par les sanctions occidentales. M. Ahmadinejad a vertement répliqué, en mettant en cause l’impartialité de la justice dans sa lettre à l’ayatollah Larijani. « Si vous accusez aussi facilement le président, comment les Iraniens ordinaires peuvent-ils espérer bénéficier de procédures judiciaires qui les protègent ? » a-t-il demandé. Le président a également affirmé que la solution des problèmes économiques du pays passait aussi par « le contrôle de l’application de la justice, et notamment de la façon dont sont poursuivies certaines personnes impliquées dans des cas de corruption économique ». Une formulation laissant entendre que la justice pourrait se montrer un peu trop bienveillante avec des personnes impliquées dans des scandales, mais proches des adversaires du gouvernement.
La publication de cette lettre par M. Ahmadinejad a suscité des critiques parmi ses opposants ultraconservateurs mais aussi réformateurs, qui l’ont accusé de vouloir créer une diversion aux problèmes économiques et de créer de nouvelles tensions au sein du régime. M. Ahmadinejad a déjà accusé à de nombreuses reprises la justice de harceler ses partisans, depuis la crise ouverte du printemps 2011 qui l’a opposé au courant ultraconservateur se réclamant du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. L’autorité judiciaire et les ultraconservateurs ont répliqué en accusant en retour le président et ses partisans de ne pas respecter la séparation des pouvoirs et même d’avoir des visées « dictatoriales ». Cette nouvelle polémique vient en outre s’ajouter à la reprise d’escarmouches avec le Parlement, renouvelé en juin. Les parlementaires, très critiques à l’égard de la gestion de la crise par le gouvernement, ont agité la menace de convoquer plusieurs ministres et même M. Ahmadinejad avant d’y renoncer, au moins pour l’instant. Le président a de son côté accusé début octobre le Parlement et les autres institutions du pays de lui mettre des bâtons dans les roues, suscitant un tollé parmi ses adversaires ultraconservateurs.
Rappelons que l’ayatollah Khamenei avait appelé la semaine dernière à une trêve politique, affirmant que la priorité face aux sanctions occidentales était de préserver le « calme » dans le pays. Mais l’hodjatoleslam Ali Saïdi, représentant du guide auprès des gardiens de la révolution, est reparti à l’attaque en accusant lundi M. Ahmadinejad, avant même l’affaire de la lettre, de « confondre son rôle et son autorité avec ceux du guide suprême ».
(Source : AFP)

