Photo Dalati et Nohra
Palais de Baabda, 19h. Pour la première fois depuis le lancement de la campagne nationale de sensibilisation à l’importance du dépistage précoce du cancer du sein, en 2002, le palais de Baabda s’est habillé hier en rose, en guise de solidarité avec toutes les femmes qui ont été victimes d’une tumeur au sein et celles qui luttent toujours contre la maladie. Simultanément, le ministère de la Santé a également été illuminé en rose.
Placée sous l’égide de Mme Wafa’ Michel Sleiman, cette onzième édition de la campagne nationale a pour thème « Fais une mammographie et oublie l’inquiétude ». Et pour cause, puisqu’une détection précoce d’une tumeur au sein sauve les vies dans 90 % des cas.
Cette campagne donc vise à pousser les femmes âgées de plus de 40 ans à ne pas manquer leur rendez-vous annuel avec la mammographie. Dans cet objectif et jusqu’au 31 décembre, la mammographie sera gratuite dans les hôpitaux gouvernementaux et offerte au prix réduit de 40 000 LL dans les hôpitaux et centres privés qui y participent.
« Je suis heureuse de constater le sérieux et l’efficacité de la sensibilisation des femmes à la nécessité de faire face à cette maladie dans le cadre de la culture de la prévention et de la lutte contre la négligence qui constituent les piliers de la médecine moderne », a déclaré Mme Sleiman au cours de la cérémonie marquant le coup d’envoi de la campagne, organisée hier au palais de Baabda. En effet, plus de dix ans après son lancement, la campagne commence à porter ses fruits. En 2011, 35 % des femmes âgées de plus de 40 ans ont répondu présent à l’appel contre 11 % en 2002, 18 % en 2005 et 27 % en 2008.
Mme Sleiman a en outre exprimé le souhait de constater qu’« un jour, cette culture de la prévention dépasse le contexte de la détection précoce pour atteindre une vision globale de la santé, en adoptant un mode de vie sain susceptible de diminuer les risques de développer un cancer ». « Générer une culture scientifique globale pour la santé et la prévention doit constituer le principal objectif de toute politique de santé », a ajouté Mme Sleiman, insistant sur la nécessité d’atteindre les femmes dans les régions lointaines.
Un tabou enfin brisé
Le ministre de la Santé, Ali Hassan Khalil, a, quant à lui, rappelé que le cancer du sein constitue 41 % des cancers féminins et 21 % de l’ensemble des cancers. Dans une allocution, il a souligné que le ministère « assure le traitement médical à toutes les femmes qui ne bénéficient d’aucune forme d’assurance médicale ».
Et de préciser que le défi qu’a choisi le ministère de la Santé de relever en œuvrant de plus en plus en faveur de la prévention « n’est qu’une mise en œuvre des recommandations de l’Assemblée générale des Nations unies tenue à New York sur les maladies non transmissibles et qui insistent sur la nécessité de renforcer les soins de santé primaires qui constituent une partie fondamentale des systèmes de santé ». M. Khalil a enfin affirmé que les campagnes de détection précoce engloberont également d’autres maladies non transmissibles comme les maladies cardiaques et l’hypertension artérielle. Cette campagne sera lancée vers la mi-novembre en collaboration avec l’ordre des pharmaciens.
Le directeur général du ministère de la Santé, le Dr Walid Ammar, a pour sa part indiqué que la campagne « n’a pas pour but de limiter les mammographies aux seuls mois couverts par la campagne, mais de sensibiliser à la nécessité de recourir à cet examen à n’importe quel moment de l’année ». « La campagne cible essentiellement les femmes aux revenus limités qui ne se font pas examiner, a-t-il poursuivi. Dans ce cadre, des conférences de sensibilisation seront organisées dans les régions lointaines, en collaboration avec la société civile. »
Quant au président de la Société libanaise d’oncologie, le Dr Georges Chahine, il a constaté une évolution dans la mentalité de la société libanaise, faisant remarquer dans ce cadre que « le tabou a enfin été brisé », puisque désormais on appelle le cancer par son nom et on ne le désigne plus comme étant « cette autre maladie ».
Rappelant que selon le registre national du cancer, 40 % des cancers du sein surviennent au Liban chez des femmes âgées de moins de 50 ans, le Dr Chahine a expliqué que « quinze années sont nécessaires pour aboutir au changement souhaité dans les taux de mortalité, conformément aux critères adoptés dans les pays en voie de développement ».
« Une femme sur huit développera durant sa vie un cancer du sein », a noté le Dr Chahine, soulignant que grâce aux campagnes de sensibilisation, 10 % des tumeurs au sein découvertes sont inférieures à un centimètre. Et de conclure en insistant sur les avancées médicales dans le traitement des cancers.
La campagne nationale de sensibilisation au cancer du sein est organisée par le ministère de la Santé, en collaboration avec les laboratoires Hoffmann-La Roche et avec le soutien des ordres des médecins et des pharmaciens, et de la Commission nationale du cancer du sein.
Pour plus d’informations, appeler le numéro vert du ministère de la Santé au 1214.
N. M.

