Sylvio Ferrera pose avec son nouveau diplôme d'ingénieur, qu'il compte bien accroché au mur de sa maison de Portland, aux Etats-Unis. Pascal Pavani/AFP
« Sylvio Ferrera, je vous remets votre diplôme d'ingénieur en génie électrique et automatique ». Cette phrase, prononcée solennellement par Alain Ayache, le directeur de la prestigieuse école nationale supérieure d'électrotechnique, d'électronique, d'informatique, d'hydraulique et des télécommunications (ENSEEIHT), Sylvio Ferrera, 96 ans, l'aura attendue 74 ans. Devant l'ovation des 420 étudiants de la promotion 2012 de l'école toulousaine qui allaient recevoir le leur après lui, le vieil homme est visiblement ému.
Sylvio Ferrera, né en Turquie, venu du Liban et passé par Paris, avait 19 ans quand il est entré en 1935 à l'Institut d'électrotechnique, devenu depuis l'ENSEEIHT, l'une des plus grandes écoles d'ingénieurs de France. Il a passé dans la Ville rose « les meilleures années de (sa) vie ». En 1938, le moment venu de passer son diplôme, une malaria ancienne le rattrape et le force à se rapatrier au Liban. Puis la Seconde Guerre mondiale s'en mêle. A Beyrouth, le jeune homme s'engage dans les Forces françaises libres. Il n'eut plus l'occasion de se voir remettre son diplôme.
Malgré tout, il construit une carrière longue de 60 ans en parcourant le monde. Il participe à de nombreux travaux d'électrification au Moyen-Orient où il crée son entreprise, en Asie avec la construction du premier port en eau profonde du Cambodge, en Europe du Sud et Amérique Centrale. Il travaille au Liban, en Syrie, à Hong Kong, Taïwan, et revient en France en 1963, mais « j'avais pas de diplôme, je pouvais rien faire », se rappelle-t-il, l'esprit vif, la voix rocailleuse. Enfin, il s'établit à Portland aux Etats-Unis en 1967. C'est d'ailleurs à cette date, qu'il se verra remettre un diplôme d'équivalence d'ingénieur.
Ce n'est que fin 2011 qu'il revoit Toulouse, à l'instigation de son neveu, le journaliste et écrivain André Bercoff. Il retourne dans son ancienne école. Quand il rencontre le directeur, il commence par lui reprocher de ne pas reconnaître l'établissement d'autrefois. Il lui dit aussi combien il regrette de ne pas avoir son diplôme.
L'école a réparé l'oubli de l'histoire et a déroulé le tapis rouge pour lui vendredi 12 octobre. La ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso a fait envoyer un message. La consule générale des États-Unis à Paris, Lisa Piascik, a fait le déplacement pour saluer une personnalité qui « symbolise l'Amérique, un homme multiculturel, ambitieux et volontaire qui a su surmonter les obstacles pour réaliser son rêve ». « C'est la reconnaissance d'une vie », a dit le lauréat qui ne trouve pas d'ironie à ce tête-à-queue de l'histoire. « A 96 ans, maintenant que j'ai un diplôme, je vais travailler », a plaisanté le vieil homme chenu qui, diplôme français ou pas, a pris à 80 ans une retraite paisible à Portland.
Irma, sa femme depuis 44 ans, badine, elle, d'un souci nouveau : « Vous vous rendez compte combien ma vie va être affreuse maintenant qu'il est une célébrité ».
Sylvio Ferrera, né en Turquie, venu du Liban et passé par Paris, avait 19 ans quand il est entré en 1935 à l'Institut d'électrotechnique, devenu depuis l'ENSEEIHT, l'une des plus grandes écoles d'ingénieurs de France. Il a passé dans la Ville rose « les meilleures années de (sa) vie ». En 1938,...

