Il me plaît de te situer au sein d’une haute lignée d’érudits, de savants, d’hommes de lettres, une lignée où l’intelligence du cœur et l’intelligence tout court rivalisaient dans ton discours, une lignée dans laquelle, homme d’une seule parole, tu pouvais dialoguer d’égal à égal avec les plus grands, le verbe manié comme on manie une épée, comme on conquiert la vérité à la pointe de l’esprit.
C’est ce verbe altier qui t’a rapproché, dans les années 70, de l’imam qui nous fut enlevé. « Fouad ici, chez moi, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire », s’exclamait l’an dernier le président de la Chambre, chez qui je me suis rendu en ta compagnie. À ses yeux, rien ne valait ce jour-là que la joie d’être en ta présence.
Le présent n’était pas moins précieux pour l’ordre des médecins et l’auteur de ces lignes.
Homme de style, homme d’éthique, homme de science et de discours national, tu étais tout cela à la fois. Ta devise a toujours été l’homme, et ta tâche : aider.
Ton éthique venait de la pureté de ta vision, celle d’un homme qui, d’un seul regard, embrasse le visible et l’indivisible, l’intérieur et l’extérieur.
Le linceul qui t’enveloppe aujourd’hui, c’est l’humilité dont tu as fait ta couronne. Tu n’emportes rien d’ici que le halo d’une présence qui, un demi-siècle durant, a su se faire science et pardon, et c’est bien d’eux que s’élève l’odeur d’encens qui s’attarde en ces lieux où nous te faisons nos adieux.
Président, c’est cette humilité qui t’a grandi, c’est elle qu’exaltent ceux qui s’honorent de ton amitié. Tes connaissances ne t’ont pas grandi indûment, ni les honneurs, ni les positions, et aujourd’hui, même si ton visage s’efface, ton legs perdure.
Charaf ABOU CHARAF
Président de l’ordre des médecins


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