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Moyen Orient et Monde - Révolte

Ankara absolument inflexible face au binôme Damas-Moscou

Un avion de chasse turc éloigne un hélicoptère syrien ; violents combats qui ont fait au moins 104 morts ; les rebelles ne baissent pas le rythme ; manifestations à Alep et Idleb.

La Turquie ne laisse plus rien passer au régime d’Assad...Photo AFP

La Turquie est restée ferme face aux protestations russes et syriennes en maintenant que l’avion de ligne qu’elle avait intercepté mercredi convoyait du matériel militaire pour la Syrie.


Après plusieurs démentis de responsables anonymes, la Russie a ainsi publiquement rompu le silence hier en confirmant, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, que l’avion syrien convoyait du « matériel radar tout à fait légal. C’est un équipement à double usage (civil et militaire) mais qui n’est interdit par aucune convention internationale », a précisé M. Lavrov, confirmant des informations publiées par le quotidien Komersant. « Il n’y avait et il ne pouvait y avoir aucune arme à bord de cet avion », a-t-il toutefois insisté.
Il faut rappeler que 24 heures après l’interception, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lui-même était monté au créneau jeudi pour assurer que la cargaison saisie à bord de l’Airbus A320 Moscou-Damas contenait « de l’équipement et des munitions à destination du ministère syrien de la Défense ». La Syrie avait vivement réagi jeudi soir via un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, en accusant M. Erdogan de « mentir » pour « justifier le comportement hostile de son gouvernement à l’égard de la Syrie ». Le ministère syrien de l’Intérieur l’a même mis « au défi de montrer ces équipements et les munitions saisis pour prouver ce qu’il dit ».

Chasseur turc
Dans cette guerre des mots, la Turquie s’est trouvée hier un allié avec le Canada, qui l’a félicitée pour avoir empêché la livraison « d’armes et autres engins de guerre à Bachar el-Assad, dans sa lutte sanglante pour s’accrocher au pouvoir ». Ottawa en a profité pour demander une nouvelle fois au Conseil de sécurité de l’ONU un embargo sur les livraisons d’armes à la Syrie.


Cette poussée de fièvre entre Moscou, fidèle soutien du régime Assad, et Ankara qui a juré sa perte, intervient alors que la tension est déjà à son comble entre la Turquie et la Syrie. Un avion de chasse turc basé à Diyarbakir a décollé en urgence pour éloigner un hélicoptère de l’armée syrienne qui s’approchait de la frontière commune. Selon un responsable turc, l’hélicoptère devait bombarder des positions des rebelles dans la localité syrienne d’Azmarin mais a été contraint de s’en éloigner par l’intervention turque. Depuis le bombardement du village frontalier turc d’Akçakale le 3 octobre, qui a tué cinq civils, l’armée turque riposte désormais systématiquement à chaque tir d’obus syrien qui atteint son territoire. Ses frappes ont déjà visé, à au moins quatre reprises en huit jours, les positions des troupes du régime de Damas. Même si les responsables politiques turcs ont répété qu’ils ne souhaitaient pas « faire la guerre » avec leur voisin, l’armée renforce régulièrement ses effectifs aux portes de la Syrie. Le quotidien Hürriyet a rapporté que quelque 250 chars turcs y étaient désormais déployés.


Même si les alliés de la Turquie n’ont cessé de louer sa « retenue » jusqu’à présent, certains n’ont pas masqué leur inquiétude. Après François Hollande, qui a jugé qu’il existait un risque d’escalade, le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle et le médiateur international en Syrie Lakhdar Brahimi sont attendus aujourd’hui à Istanbul pour y rencontrer le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu.

Arabie
M. Brahimi a par ailleurs évoqué avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite les moyens de faire cesser les violences. Dans un communiqué diffusé à New York, le porte-parole de M. Brahimi, Ahmad Fawzi, a indiqué que le souverain et le médiateur s’accordaient sur le fait que « la crise en Syrie s’aggrave de jour en jour ». Les deux hommes ont aussi souligné la « nécessité impérieuse » de faire cesser les combats et de fournir une aide humanitaire à 2,5 millions de Syriens affectés par le conflit et aux 348 000 réfugiés déclarés dans les pays voisins.


Toujours sur le plan diplomatique, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a affirmé de son côté que l’appui des États-Unis au processus de démocratisation des pays arabes et du Maghreb représentait dorénavant une « nécessité stratégique » pour Washington.

CNS
Dans le même temps, du côté de l’opposition syrienne, la réunion du Conseil national syrien (CNS), qui était supposé se réunir le 17 octobre au Qatar, pour renouveler ses instances et tenter par la suite de fédérer les autres forces d’opposition en vue d’un gouvernement provisoire, a été reportée, une décision qui reflète des divisions internes. Mais un membre du secrétariat général du CNS, Anass al-Abdi, a affirmé que « la réunion de l’assemblée générale a été reportée à début novembre après la réception d’un très grand nombre de demandes d’adhésion » à la coalition.

Lourdes pertes
Parallèlement, sur le terrain, l’armée syrienne a encore subi de nouvelles pertes dans ses rangs, au lendemain du bilan le plus lourd pour l’armée depuis le début de la révolte, une centaine de soldats ayant été tués. Avec une moyenne de 20 morts par jour, l’armée a perdu environ 10 000 soldats.
Hier encore, une attaque rebelle à Khirba, dans la province de Deraa, a tué 14 soldats et six insurgés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Nouvelles victoires
Ailleurs dans le pays, au moins 104 personnes ont trouvé la mort, selon la chaîne satellitaire al-Jazira.
Dans la province d’Idleb, où les rebelles ont pris ces derniers jours le contrôle de positions-clés à Maaret al-Noomane et Saraqeb, l’armée a mené des bombardements aériens intenses autour de la base militaire de Wadi Daif et d’autres localités. Les rebelles ont intercepté un message radio du commandant de cette base, la plus importante de la zone, appelant à l’aide : « Si les avions ne nettoient pas les abords de la base, je me rendrai à la fin de la journée. » 
« Des corps sont tombés sur moi, j’ai senti leur sang couler » : Mourad Hakoura accuse des militaires syriens dans la ville de Maaret al-Noomane d’avoir perpétré une tuerie dont il affirme être l’un des rares survivants. Selon son témoignage, près de 65 prisonniers ont été exécutés lundi sur leur lieu de détention par leurs geôliers, membres des services de renseignements militaires, juste avant leur fuite précipitée face à l’avancée des rebelles.
Par ailleurs, selon l’OSDH, les rebelles ont fait prisonniers 256 soldats en une semaine de combats à Khirbet el-Joz et d’autres localités de la région de Jisr el-Choughour, dans cette même province. L’ONG a ajouté qu’« après trois jours de combats, l’armée s’est retirée du village de Darcouche » et les rebelles contrôlaient désormais « une vaste bande frontalière de la Turquie dans la région ».


À Alep, des combats féroces ont eu lieu dans le quartier Sakhour que les forces du régime essaient de reprendre alors que des rebelles ont indiqué avoir pris un site de l’armée proche d’Alep. De gros nuages de fumée s’élevaient dans la zone d’al-Taana près de la ville. Toujours à Alep, le directeur de l’hôpital universitaire d’Alep, accusé par l’opposition de soutenir le régime et enlevé en juillet, a été assassiné et son corps retrouvé hier, a annoncé un ami de la victime.

Manifestations
Malgré les violences, des manifestations hostiles au régime ont eu lieu comme tous les vendredis, notamment dans les provinces d’Idleb et d’Alep. À moins de 10 km de Maaret al-Noomane, des centaines de personnes ont défilé, scandant des slogans hostiles à la Russie. Des cortèges sont également sortis à Alep, où les troupes ont tiré sur des manifestants dans le quartier de Halab-Jdidé, faisant des blessés, selon l’OSDH. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans le secteur de Fardoss à la sortie de la prière, scandant « la mort, plutôt que l’injustice » ou « Dieu est le plus grand ».


Enfin, sur le plan humanitaire, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) s’est dit « prêt » à affronter l’hiver en Syrie et dans la région mais reconnaît avoir toujours beaucoup de difficultés à venir en aide aux personnes dans le pays en conflit. « Nous voulons être sûrs que la situation est vivable » pour les réfugiés, grâce notamment à la distribution de couvertures, a déclaré une porte-parole de l’organisation, Melissa Fleming, précisant par ailleurs que le HCR prévoit de dépenser 64 millions de dollars pour mener à bien ce plan hivernal.

 

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La Turquie est restée ferme face aux protestations russes et syriennes en maintenant que l’avion de ligne qu’elle avait intercepté mercredi convoyait du matériel militaire pour la Syrie.
Après plusieurs démentis de responsables anonymes, la Russie a ainsi publiquement rompu le silence hier en confirmant, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, que l’avion syrien convoyait du « matériel radar tout à fait légal. C’est un équipement à double usage (civil et militaire) mais qui n’est interdit par aucune convention internationale », a précisé M. Lavrov, confirmant des informations publiées par le quotidien Komersant. « Il n’y avait et il ne pouvait y avoir aucune arme à bord de cet avion », a-t-il toutefois insisté.Il faut rappeler que 24 heures après l’interception, le...
commentaires (1)

Il est très probable que la 3ème guerre mondiale débute par une attaque de la Turquie sur la Syrie en déduisant aussi que le début de la période finale de l’effondrement économique, financier et des états pourrait avoir lieu dans ce même temps. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

04 h 22, le 13 octobre 2012

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Commentaires (1)

  • Il est très probable que la 3ème guerre mondiale débute par une attaque de la Turquie sur la Syrie en déduisant aussi que le début de la période finale de l’effondrement économique, financier et des états pourrait avoir lieu dans ce même temps. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 22, le 13 octobre 2012

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