Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

L’autre, ce n’est pas moi !

Par Marc NAAMAN
Je suis finalement rentré au Liban, mon pays d’origine, de naissance, mes racines, ma souche, ma raison d’être et toutes les broutilles que l’on essaie de se rabâcher pour adoucir la « connerie » que l’on fait.
Me voilà, après dix-huit ans passés à l’étranger, terre hostile et peu accueillante, rentré au pays du miel et de l’encens.
Il m’aura fallu quand même quatre ans pour décider de prendre ma plume et vous adresser le fond de ma pensée.
On m’a souvent demandé : « Alors ! Pas de regrets d’être rentré ? » Cette question résonne à mes oreilles encore et toujours depuis quatre ans que je subis le quotidien de ce qu’est devenue la vie au Liban, et ma réponse n’a pas toujours été « honnête ».
Nous entendons toujours la même rengaine : « Ils conduisent comme des fous », « Ils ne font pas la queue », « Ils jettent des ordures dans la rue », « Ils s’entre-tuent » et blablabla.
Tout cela, à mon sens, est issu d’un problème unique, ancré dans notre nature depuis la nuit des temps, un problème que la guerre n’a pas créé mais qu’elle a fortement accentué, et cela fait mal de se rendre à l’évidence. Pour cela, les critiques qui fuseront à la lecture de cette lettre ouverte ne feront que me conforter dans la conviction que je me suis faite de notre problème social.
Au Liban, l’autre n’existe pas ! Il n’y a pas de communauté, pas de société, pas de prochain... Rien que moi.
À cet effet, quand je conduis, je suis seul sur la route, l’autre n’est qu’un obstacle, un barrage ou une embûche que je dois braver à tout prix, au prix de ma vie ou de la sienne ; le feu rouge est un conseil, le panneau de sens interdit une hérésie, mon fils assis à la place du mort, sans ceinture... Comment un accident pourrait se produire puisque je suis seul ? De même, à la banque, la file d’attente n’est que virtuelle, les autres ne sont que des ombres.
La rue est loin de mon chez-moi, la poubelle que j’y jette n’affectera pas mon foyer, et ainsi de suite.
Mes chers compatriotes, l’inexistence de l’autre nous permet de nous comporter ainsi, rendant le quotidien insoutenable pour tous les altruistes et personnes qui, elles, ont appris à intégrer la présence d’autrui dans leur vie.
Alors de grâce, arrêtons de croire que nous sommes les plus intelligents, les plus civilisés, que notre pays est le plus beau du monde et que si ce n’était la guerre, nous serions redevenus la Suisse de l’Orient et le pays du miel et de l’encens.
Petite confidence, je doute vraiment que nous l’ayons été un jour ! Cela n’est que poudre aux yeux et déni total de la pure vérité.
La vérité est bien plus prosaïque que cela. Malgré les efforts de nos diverses religions et croyances qui prêchent l’amour du prochain, le respect d’autrui et les règles sociales, nous tombons tous dans les abysses de l’ignorance, la déraison et l’autoannihilation, nous y allons tous de pied ferme, mais chacun tout seul car décidément, dans notre petite cervelle, bien égoïste et individualiste, l’autre... ce n’est pas moi.
Je suis finalement rentré au Liban, mon pays d’origine, de naissance, mes racines, ma souche, ma raison d’être et toutes les broutilles que l’on essaie de se rabâcher pour adoucir la « connerie » que l’on fait. Me voilà, après dix-huit ans passés à l’étranger, terre hostile et peu accueillante, rentré au pays du miel et de l’encens. Il m’aura fallu quand même quatre ans pour décider de prendre ma plume et vous adresser le fond de ma pensée. On m’a souvent demandé : « Alors ! Pas de regrets d’être rentré ? » Cette question résonne à mes oreilles encore et toujours depuis quatre ans que je subis le quotidien de ce qu’est devenue la vie au Liban, et ma réponse n’a pas toujours été « honnête ». Nous entendons toujours la même rengaine : « Ils conduisent comme des fous », « Ils...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut